Une SAS peut être créée avec 1 € de capital, tandis qu’une SA exige au moins 37 000 €. Entre ces deux montants, le bon niveau dépend surtout des dépenses de départ, du besoin de financement et du signal adressé aux partenaires.
Capital social : définition, minimum légal et rôle dans la société
Le capital social correspond à la valeur des apports effectués par les associés ou les actionnaires en échange de parts sociales ou d’actions. Son montant figure dans les statuts et sur les documents commerciaux de la société. Il ne constitue ni un chiffre d’affaires, ni un bénéfice, ni une réserve fiscale.
Les apports peuvent être réalisés en numéraire, donc en argent, ou en nature, par exemple avec un véhicule, du matériel, un fonds de commerce ou un brevet. Les apports en industrie reposent sur un travail, un savoir-faire ou des compétences. Ils donnent parfois droit à des titres et à une quote-part des bénéfices, mais ils n’entrent pas dans le capital social.
Le capital fixe les droits initiaux des associés, finance le démarrage et constitue un indicateur pour les partenaires. Il ne représente toutefois pas une somme bloquée pendant toute la vie de la société et ne garantit pas, à lui seul, le paiement des créanciers.
Une fois la société immatriculée, les fonds sont débloqués et utilisés pour ses besoins professionnels : dépôt de garantie, stock, matériel, honoraires, communication ou trésorerie. Le capital devient alors un élément du patrimoine social. Les créanciers poursuivent la société sur l’ensemble de ses actifs, et non sur une enveloppe séparée qui resterait intacte.
| Forme juridique | Capital minimum en 2026 | Libération minimale à la création |
|---|---|---|
| EURL ou SARL | 1 € en pratique | 20 % des apports en numéraire |
| SASU ou SAS | 1 € en pratique | 50 % des apports en numéraire |
| SA | 37 000 €, article L.224-2 du Code de commerce | 50 % des apports en numéraire |
| SNC | Pas de minimum légal | Selon les statuts |
| Société civile | Pas de minimum légal | Selon les statuts |
L’entreprise individuelle et la micro-entreprise n’ont pas de capital social. Elles ne créent pas une société dotée de parts ou d’actions.

Comment fixer un montant de capital adapté au projet
Le minimum légal ne constitue pas une recommandation financière. Une société créée avec 1 € respecte la loi, mais elle ne dispose d’aucune marge pour régler ses premières dépenses. Le montant doit être rapproché du budget de lancement et du délai prévisible avant les premiers encaissements.
Calculer les dépenses des premiers mois
Le besoin initial comprend les investissements, le stock, les assurances, le loyer, les honoraires, les salaires et la TVA à décaisser. Une marge couvrant plusieurs mois de charges limite le recours immédiat au découvert ou aux avances des associés.
Exemple : une SAS de conseil créée à Lyon prévoit 180 000 € de chiffre d’affaires annuel. Elle doit financer 4 000 € de matériel, 3 000 € de dépôt de garantie et 11 000 € de charges avant le premier règlement client. Un capital de 1 € serait juridiquement valable mais financièrement incohérent. Les associés retiennent 10 000 € de capital et apportent 8 000 € supplémentaires en compte courant d’associé.
Arbitrer entre capital et compte courant d’associé
Le capital stabilise les ressources de la société. Son remboursement suppose une réduction de capital, une liquidation ou une opération particulière. Le compte courant d’associé constitue une créance de l’associé contre la société. Son remboursement reste plus souple, sous réserve de la trésorerie disponible et des conventions conclues.
- Un capital élevé renforce les capitaux propres et la présentation du bilan.
- Un compte courant facilite le remboursement futur des avances.
- Un prêt bancaire peut imposer le blocage temporaire du compte courant.
- La répartition du capital détermine les droits de vote et les droits financiers, sauf aménagement statutaire autorisé.
Un capital trop faible fragilise également les capitaux propres. Une perte de 6 000 € sur un capital de 10 000 € les fait passer sous la moitié du capital si aucune réserve ne compense la perte. Les articles L.223-42 et L.225-248 du Code de commerce imposent alors une procédure spécifique selon la forme sociale.

Constituer et déposer le capital social dans le bon ordre
Déterminer les apports et leur répartition
Les fondateurs fixent le montant, la nature des apports et le nombre de titres attribués à chacun. Ces données sont reprises dans les statuts. La répartition mérite une attention particulière : une participation de 50 % chacun dans une société à deux associés crée un risque de blocage si aucun mécanisme statutaire ne départage les décisions.
Les apports en nature doivent être évalués. En SARL, l’article L.223-9 du Code de commerce autorise les associés à écarter le commissaire aux apports à l’unanimité si aucun bien ne dépasse 30 000 € et si l’ensemble des apports en nature ne représente pas plus de la moitié du capital. Des seuils comparables s’appliquent en SAS. En cas de dispense, les associés répondent de la valeur retenue pendant cinq ans.

Déposer les apports en numéraire
Les fonds sont déposés sur un compte ouvert au nom de la société en formation auprès d’une banque ou d’un professionnel habilité. Le dépositaire remet une attestation de dépôt. Les associés de SARL versent au moins 20 % de leurs apports en numéraire, conformément à l’article L.223-7. En SAS et en SA, au moins 50 % sont versés lors de la constitution.
Créer sa sociétéCabinet d’expertise comptable pour une SASU : missions et calendrierLe solde doit être libéré dans un délai maximal de 5 ans à compter de l’immatriculation. Les statuts ou une décision du dirigeant peuvent prévoir un appel anticipé. Un associé qui ne verse pas la somme appelée s’expose aux intérêts de retard et aux sanctions prévues par les statuts ou la loi.
Signer les statuts et immatriculer la société
Après le dépôt, les fondateurs signent les statuts, publient l’avis de constitution et déposent la formalité sur le guichet unique de l’INPI. Le dossier comprend notamment les statuts, l’attestation de dépôt, l’attestation de parution, le justificatif du siège, les pièces des dirigeants et la déclaration des bénéficiaires effectifs.
Le guichet unique remplace l’ancien formulaire M0. Après validation par le greffe du tribunal de commerce, l’immatriculation permet d’obtenir l’extrait d’immatriculation et de débloquer les fonds. Si la société n’est pas constituée dans les six mois du premier dépôt, les apporteurs disposent d’une procédure de restitution prévue par le Code de commerce.
Coût et délai d’une constitution de capital en 2026
Le versement du capital n’est pas une charge : l’argent reste la propriété de la société. Les coûts réels proviennent du dépôt, de l’évaluation des biens, de l’annonce légale et de l’immatriculation.
| Poste | Montant indicatif 2026 | Délai courant |
|---|---|---|
| Dépôt du capital | 0 à 100 € HT | 1 à 5 jours ouvrés |
| Commissaire aux apports | 500 à 2 000 € HT, davantage pour un actif complexe | 5 à 15 jours ouvrés |
| Annonce légale de constitution | EURL : environ 123 € HT ; SARL : 147 € HT ; SASU : 141 € HT ; SAS : 197 € HT | 1 à 2 jours ouvrés |
| Immatriculation et bénéficiaires effectifs | Environ 55 à 60 € pour une société commerciale | 3 à 10 jours ouvrés si le dossier est complet |
Les forfaits d’annonces légales varient selon la forme, le département et les tarifs réglementés applicables à la date de publication. Une SA supporte un forfait nettement supérieur à celui d’une SASU. Les départements d’outre-mer appliquent aussi des montants spécifiques.
Après l’immatriculation, le déblocage prend généralement 1 à 3 jours ouvrés. Une anomalie dans l’adresse du siège, l’identité d’un associé, la répartition des apports ou la déclaration des bénéficiaires effectifs prolonge le traitement.
Modifier le capital après l’immatriculation
Augmentation de capital
L’augmentation finance le développement, accueille un investisseur, convertit une créance en titres ou reconstitue les capitaux propres. Elle suppose une décision collective prise selon la forme sociale et les statuts, puis la modification de la clause relative au capital.
L’opération comprend la décision, le dépôt des fonds lorsqu’il existe des apports en numéraire, la constatation de la réalisation, la publication d’une annonce légale et le dépôt de la modification sur le guichet unique. L’ancien formulaire M2 n’est plus transmis sous sa forme papier, mais ses données sont intégrées à la formalité dématérialisée.
Le budget courant atteint 350 à 500 € hors accompagnement et commissaire aux apports : environ 150 à 250 € pour l’annonce selon sa longueur et 190 à 210 € de frais de formalité. Le traitement demande souvent 5 à 15 jours ouvrés après réception d’un dossier complet.
Réduction de capital
La réduction absorbe des pertes ou rembourse une partie des apports. Lorsqu’elle n’est pas motivée par des pertes, les créanciers disposent d’un droit d’opposition. Le délai est notamment de 1 mois en SARL à compter du dépôt de la décision et de 20 jours en SA. La SAS suit les règles applicables à sa forme et aux textes auxquels renvoie l’article L.227-1 du Code de commerce.
Le remboursement aux associés ne doit pas intervenir avant l’expiration du délai d’opposition. La décision, les statuts mis à jour et l’avis de modification sont ensuite déposés par le guichet unique. L’ancien formulaire M2 reste une référence administrative courante, mais la déclaration est désormais saisie en ligne.
Pièges fiscaux, comptables et juridiques à éviter
Le capital ne réduit pas le bénéfice imposable. Un apport de 20 000 € n’est ni un produit taxable ni une charge déductible. La société soumise à l’impôt sur les sociétés reste imposée au taux normal de 25 %. Le taux réduit de 15 % s’applique, sous conditions, jusqu’à 42 500 € de bénéfice, notamment lorsque le chiffre d’affaires n’excède pas 10 millions d’euros et que le capital est entièrement libéré et détenu à au moins 75 % par des personnes physiques, selon l’article 219 du CGI.
Une SAS dont seulement 50 % du capital a été versé risque donc de perdre le taux réduit tant que le solde n’est pas libéré. Sur 40 000 € de bénéfice, l’écart entre 15 % et 25 % représente 4 000 € d’IS. La libération différée doit être comparée à ce coût fiscal.
Créer sa sociétéKbis pour auto-entrepreneur : l’extrait qui le remplace et où le téléchargerLes dividendes ne correspondent pas à un remboursement du capital. Pour un associé personne physique soumis au prélèvement forfaitaire unique, ils supportent en principe une imposition globale de 30 %, composée de 12,8 % d’impôt sur le revenu et de 17,2 % de prélèvements sociaux.
Un autre risque consiste à surévaluer un apport en nature. Cette pratique fausse la répartition des titres, gonfle artificiellement les capitaux propres et engage la responsabilité des associés. À l’inverse, sous-évaluer un actif transfère une part excessive du pouvoir aux apporteurs en numéraire.
Le capital variable offre davantage de souplesse. Une clause statutaire fixe un capital plancher et un plafond autorisé. Les entrées, sorties et variations comprises dans cette fourchette évitent certaines modifications statutaires. Le capital plancher d’une société commerciale ne peut pas être inférieur à 10 % du capital fixé dans les statuts, selon l’article L.231-5 du Code de commerce.
Enfin, une société qui perd plus de la moitié de son capital doit faire statuer les associés dans les 4 mois suivant l’approbation des comptes ayant révélé la perte. La décision de poursuivre ou de dissoudre fait l’objet d’une publicité. Une poursuite sans reconstitution des capitaux propres expose la société à de nouvelles obligations de régularisation et, dans certains cas, à une demande de dissolution judiciaire.
Ce qu’il faut retenir
- 1 € suffit en EURL, SARL, SASU ou SAS, contre 37 000 € en SA.
- La libération minimale atteint 20 % en SARL et 50 % en SAS ou SA.
- Le solde des apports en numéraire doit être versé sous 5 ans.
- Un capital entièrement libéré conditionne notamment le taux réduit d’IS de 15 %.
- Une perte dépassant 50 % du capital déclenche une procédure légale.


