Une cession de fonds de commerce impose aux créanciers un délai d’opposition de 10 jours, tandis que le prix reste généralement séquestré pendant 30 à 90 jours. Entre l’acte de vente, l’enregistrement fiscal, les publications et la reprise des contrats, chaque échéance conditionne la sécurité du vendeur comme celle de l’acquéreur.
Cession fonds de commerce : séquestre, opposition et formalités en clair
Lors d’une cession fonds de commerce, l’acquéreur reprend un ensemble organisé permettant d’exploiter une clientèle. La vente porte notamment sur la clientèle, l’enseigne, le nom commercial, le droit au bail, le matériel et certains droits de propriété intellectuelle. Les stocks sont valorisés séparément. Les créances, les dettes et la trésorerie restent en principe chez le vendeur, sauf clause contraire acceptée par les parties et, pour une dette, par le créancier concerné.
Le séquestre reçoit temporairement le prix de vente. Il ne constitue pas une obligation légale générale, mais sécurise l’opération. Le prix n’est versé au vendeur qu’après l’expiration du délai d’opposition des créanciers, le traitement des oppositions reçues et la maîtrise du risque fiscal prévu par l’article 1684 du CGI.
La règle à retenir : le paiement du prix au vendeur avant l’expiration du délai d’opposition n’est pas libératoire à l’égard des créanciers. L’acquéreur risque alors de payer une seconde fois, dans la limite du prix de cession.
Une opposition ne remet pas automatiquement la vente en cause. Elle bloque la distribution du prix à hauteur de la créance déclarée. Le fonds appartient donc à l’acquéreur, qui poursuit l’exploitation, tandis que le séquestre conserve les sommes nécessaires au règlement des créanciers.
Les formalités d’une cession de fonds de commerce dans l’ordre
1. Vérifier les salariés, le bail et le droit de préemption
Dans une entreprise de moins de 50 salariés, les salariés doivent en principe être informés du projet au moins 2 mois avant la vente, afin de leur permettre de présenter une offre. Des règles distinctes s’appliquent aux entreprises de 50 à 249 salariés dotées d’un comité social et économique. Le défaut d’information expose à une amende civile pouvant atteindre 2 % du prix de vente.
Lorsque le fonds se situe dans un périmètre de sauvegarde du commerce de proximité, une déclaration préalable est adressée à la commune. Celle-ci dispose normalement de 2 mois pour exercer son droit de préemption, conformément aux articles L.214-1 et suivants du Code de l’urbanisme.
Le bail commercial doit aussi être relu avant la signature. L’article L.145-16 du Code de commerce rend inopposable une clause interdisant la cession du bail avec le fonds. Le contrat conserve toutefois le droit d’imposer des formalités : convocation du bailleur, acte authentique, agrément sur la forme ou remise d’un exemplaire de l’acte.
2. Signer un acte de cession suffisamment précis
Depuis la suppression des anciennes mentions obligatoires, l’omission d’une information ne provoque plus automatiquement la nullité. L’acte doit néanmoins identifier les parties, le fonds, le bail, l’origine de propriété, le chiffre d’affaires, les résultats, les nantissements, les salariés repris et les conditions de paiement.
TransmettreCession de parts sociales de SCI : droits d’enregistrement de 5 % et agrément des associésLe prix est ventilé entre les éléments incorporels, le matériel et les marchandises. Cette ventilation sert au calcul des droits d’enregistrement, des amortissements futurs et des plus-values du vendeur. L’acte organise également les garanties d’actif, l’accompagnement du repreneur, la non-concurrence et la date de transfert des risques.

3. Enregistrer l’acte et payer les droits
L’acte doit être enregistré auprès du service fiscal compétent dans le délai de 1 mois. En pratique, l’enregistrement intervient avant les publications, car l’avis de cession reprend les références de cette formalité. Les droits sont généralement supportés par l’acquéreur, sauf répartition différente prévue dans l’acte.
4. Publier la vente et déclarer la modification
L’acquéreur fait publier un avis dans un support habilité à recevoir des annonces légales dans les 15 jours suivant la signature, conformément à l’article L.141-12 du Code de commerce. Le greffe assure ensuite la publication au BODACC. Le délai d’opposition commence à courir à compter de cette dernière publication.
L’acquéreur déclare l’acquisition ou la création de son établissement sur le guichet unique de l’INPI. Les anciens formulaires papier M0 et M2 ne sont plus déposés directement. Si le vendeur cesse toute activité, sa cessation passe également par le guichet unique, en remplacement de l’ancien formulaire M4 pour une société.
Opposition des créanciers et libération du prix séquestré
Les créanciers du vendeur disposent de 10 jours calendaires après la publication au BODACC pour former opposition, selon l’article L.141-14 du Code de commerce. L’opposition est signifiée par un commissaire de justice ou adressée par lettre recommandée avec avis de réception au domicile élu dans l’avis de vente.
Elle doit indiquer le montant et la cause de la créance. Une simple relance, une facture envoyée au vendeur ou un courrier adressé uniquement à l’acquéreur ne suffit pas. Le séquestre bloque alors la somme réclamée jusqu’à l’accord des parties ou jusqu’à une décision judiciaire.
Le vendeur dispose de plusieurs options :
- reconnaître la dette et autoriser son paiement sur le prix ;
- négocier une mainlevée totale ou partielle avec le créancier ;
- consigner la somme contestée afin de libérer le solde ;
- saisir le président du tribunal pour obtenir la mainlevée d’une opposition irrégulière ou sans titre sérieux.
Un créancier inscrit ou opposant estimant le prix insuffisant dispose aussi, sous conditions, d’une procédure de surenchère du sixième prévue par l’article L.141-19 du Code de commerce. Le fonds est alors remis en vente sur une base augmentée d’un sixième du prix des éléments incorporels.
Le délai fiscal de solidarité
L’acquéreur est solidairement responsable de certains impôts dus par le vendeur au titre de l’exploitation, dans la limite du prix de cession. Cette solidarité dure normalement 90 jours à compter du dépôt de la déclaration de résultats du vendeur. Elle est ramenée à 30 jours lorsque les obligations déclaratives sont respectées dans les délais et que la situation fiscale du vendeur répond aux conditions de l’article 1684 du CGI.
Le vendeur signale la cession à l’administration fiscale dans les 45 jours de sa publication et dépose sa déclaration de résultats dans les 60 jours. Une société soumise à l’impôt sur les sociétés transmet notamment une déclaration 2065. Les déclarations de TVA, dont la CA3 au régime réel normal, restent à déposer selon le calendrier applicable.
Coût et calendrier de la cession
| Opération | Délai ou montant | Personne concernée |
|---|---|---|
| Information des salariés | Jusqu’à 2 mois avant la vente | Vendeur |
| Enregistrement de l’acte | Dans le mois de la signature | Acquéreur |
| Annonce légale | Dans les 15 jours ; souvent 180 à 300 € HT selon la longueur et le département | Acquéreur |
| Publication au BODACC | Environ 150 € TTC selon le tarif du greffe en vigueur | Acquéreur |
| Opposition des créanciers | 10 jours calendaires après le BODACC | Créanciers |
| Traitement courant au guichet unique | Environ 3 à 10 jours ouvrés, hors régularisation | Acquéreur et vendeur |
| Séquestre | Souvent 30 à 90 jours, davantage en cas de litige | Séquestre |
Les droits d’enregistrement prévus par l’article 719 du CGI sont calculés, hors marchandises, selon trois tranches : 0 % jusqu’à 23 000 €, 3 % de 23 001 € à 200 000 €, puis 5 % au-delà de 200 000 €. Un minimum de perception de 25 € s’applique.
TransmettreCéder son entreprise : les 8 étapes, de la valorisation à la garantie de passifExemple : une boulangerie située à Lyon réalise 620 000 € de chiffre d’affaires. Elle est vendue 310 000 €, dont 250 000 € d’éléments incorporels, 45 000 € de matériel et 15 000 € de stocks. La base taxable aux droits atteint 295 000 €. Les droits sont de 5 310 € sur la tranche à 3 %, puis de 4 750 € sur la tranche à 5 %, soit 10 060 €.
À ces montants s’ajoutent les honoraires de rédaction, d’audit et de séquestre. Ils sont librement négociés et dépendent du prix, du nombre de salariés, du bail, des autorisations administratives et des garanties demandées.
Pièges fiscaux, contrats et cas particuliers
Ne pas confondre fonds de commerce et titres de société
L’acquéreur d’un fonds ne reprend pas automatiquement le passif de la société vendeuse. Lors d’une cession d’actions ou de parts sociales, il reprend au contraire la société avec ses dettes, ses créances, ses contrats et ses risques antérieurs. Les droits d’enregistrement et les garanties diffèrent donc fortement.
Identifier les contrats réellement transférés
Les contrats de travail suivent automatiquement l’activité transférée en application de l’article L.1224-1 du Code du travail. Le bail commercial est cédé avec le fonds, sous réserve des formalités contractuelles. Les contrats fournisseurs, de maintenance, de crédit ou de location financière ne sont pas transmis automatiquement : l’accord du cocontractant reste souvent requis.
Traiter correctement la TVA et la plus-value
La transmission d’une universalité totale ou partielle de biens relève généralement de la dispense de TVA de l’article 257 bis du CGI lorsque l’acquéreur poursuit une activité économique autonome. Une vente isolée de matériel ou de stock suit les règles ordinaires de TVA.
La plus-value du vendeur relève de son régime fiscal. Une exonération totale fondée sur l’article 238 quindecies du CGI est envisageable lorsque la valeur transmise ne dépasse pas 500 000 €, puis une exonération partielle entre 500 000 € et 1 000 000 €, sous réserve des conditions requises. Une société soumise à l’IS applique normalement le taux de 25 %, ou le taux réduit de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice lorsqu’elle remplit les critères. Une distribution ultérieure aux associés personnes physiques relève en principe du prélèvement forfaitaire unique de 30 %.
Ne pas remettre les clés sans garanties opérationnelles
L’acte doit organiser le transfert des licences, des accès techniques, des fichiers clients conformes au RGPD, des contrats utiles et des dépôts de garantie. Un inventaire contradictoire du matériel et des stocks limite les contestations. La clause de non-concurrence doit rester proportionnée quant à sa durée, son territoire et l’activité visée.
Ce qu’il faut retenir
- L’annonce légale doit paraître dans les 15 jours suivant la vente.
- Les créanciers disposent de 10 jours calendaires après le BODACC.
- Le séquestre conserve généralement le prix pendant 30 à 90 jours.
- Les droits d’enregistrement atteignent 3 % puis 5 % selon le prix taxable.
- Le vendeur dépose sa déclaration de résultats dans les 60 jours.
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