Un financeur examine généralement 3 exercices prévisionnels avant de statuer sur un prêt professionnel. Une trame Word structurée et un tableur financier cohérent transforment une idée en projet finançable, avec des hypothèses vérifiables et une trésorerie suivie mois par mois.
Business plan modèle : les deux fichiers à préparer
Un business plan modèle comprend deux documents complémentaires. La trame Word expose le projet, le marché, l’équipe, la stratégie commerciale et les risques. Le tableur traduit ces éléments en chiffre d’affaires, charges, investissements, besoin de financement et trésorerie.
La partie rédigée répond à une question simple : pourquoi l’entreprise trouvera-t-elle des clients et dégagera-t-elle une rentabilité durable ? Le prévisionnel financier mesure ensuite les conséquences de cette stratégie sur 3 ans, avec un budget de trésorerie mensuel couvrant au moins les 12 premiers mois.
Le business plan n’est pas un document imposé par le Code de commerce. Aucun dépôt au greffe ou au guichet unique de l’INPI n’est requis. Il devient toutefois une pièce déterminante lors d’une demande de prêt, d’une levée de fonds, d’une recherche d’associé ou d’une demande d’aide.
La règle à retenir : chaque chiffre du tableur doit reposer sur une hypothèse expliquée dans la trame Word. Une prévision non justifiée reste une affirmation, pas un argument de financement.

La trame Word recommandée
Le document rédigé tient généralement sur 15 à 25 pages, hors annexes. Sa structure doit permettre à un lecteur extérieur de comprendre rapidement l’activité et le montage financier.
- Résumé opérationnel : activité, clientèle, implantation, besoin de financement et objectifs à 3 ans.
- Porteurs du projet : parcours, compétences, répartition des fonctions et apport personnel.
- Offre : produits ou services, prix, marge, avantages concurrentiels et contraintes réglementaires.
- Marché : zone de chalandise, segments de clientèle, concurrence et saisonnalité.
- Stratégie commerciale : acquisition, devis, taux de transformation, récurrence et délais de paiement.
- Organisation : locaux, fournisseurs, recrutements, sous-traitance et outils de production.
- Cadre juridique : statut, régime fiscal, régime social du dirigeant et répartition du capital.
- Financement : investissements, apport, compte courant d’associé, emprunt et garanties envisagées.
Remplir le modèle dans l’ordre du projet
1. Fixer le périmètre juridique et fiscal
Le choix entre entreprise individuelle, micro-entreprise, EURL, SARL, SASU ou SAS influence la rémunération, les cotisations sociales, l’impôt et la trésorerie. Le modèle doit préciser le statut retenu, sans confondre forme juridique et régime fiscal.
Pour une société soumise à l’impôt sur les sociétés, le taux normal d’IS est de 25 %. Le taux réduit de 15 % s’applique jusqu’à 42 500 € de bénéfice sous les conditions prévues par l’article 219 du CGI, notamment un chiffre d’affaires inférieur ou égal à 10 millions d’euros et un capital entièrement libéré détenu à au moins 75 % par des personnes physiques.
Les dividendes versés à une personne physique supportent par défaut le prélèvement forfaitaire unique de 30 %, soit 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. Cette fiscalité concerne l’associé. Elle ne doit pas être enregistrée comme une charge d’exploitation de la société.
2. Construire le chiffre d’affaires
Le chiffre d’affaires ne se saisit pas sous la forme d’un montant annuel arbitraire. Il se calcule à partir d’unités observables : nombre de clients, panier moyen, jours facturés, abonnements, capacité de production ou taux d’occupation.
Idée & projetAnalyse de la concurrence : le tableau en 12 critères qui évite le hors-sujetUn cabinet facturant 750 € la journée avec 12 jours vendus par mois sur 11 mois prévoit ainsi 99 000 € HT de chiffre d’affaires annuel. Le modèle doit expliquer comment les 12 jours sont obtenus : volume de prospects, taux de signature, durée des missions et délai de démarrage.
3. Recenser les moyens nécessaires
Les dépenses doivent être séparées entre investissements et charges. Une machine utilisée pendant plusieurs exercices entre à l’actif et donne lieu à des amortissements. Le loyer, l’assurance, la publicité ou les honoraires sont enregistrés en charges de l’exercice.
Les recrutements sont budgétés en coût employeur, pas en salaire net. Le calcul intègre le salaire brut, les cotisations patronales, les avantages, la médecine du travail, les équipements et les éventuels frais de recrutement. La date réelle d’embauche doit apparaître dans le plan de trésorerie.

4. Chiffrer le financement initial
Le besoin initial additionne les investissements hors taxes récupérables, les frais de lancement, les dépôts de garantie, le besoin en fonds de roulement et une réserve de trésorerie. Les ressources comprennent l’apport en capital, le compte courant d’associé, l’emprunt, le crédit-bail et les aides suffisamment certaines.
L’immatriculation s’effectue sur le guichet unique de l’INPI. Les anciennes déclarations papier M0, M2 et M4 correspondent respectivement à la création, à la modification et à la cessation d’une société, mais elles sont remplacées par la formalité électronique. Ces démarches juridiques restent séparées du business plan.
Tableur financier : onglets, formules et contrôles
Le tableur doit permettre de modifier une hypothèse sans reprendre tous les calculs. Les montants saisis manuellement sont regroupés dans un onglet dédié. Les comptes de résultat, bilans et flux de trésorerie utilisent ensuite des formules reliées à ces hypothèses.
| Onglet | Contenu attendu | Contrôle principal |
|---|---|---|
| Hypothèses | Prix, volumes, délais, salaires, taux fiscaux | Chaque donnée est datée et justifiée |
| Chiffre d’affaires | Ventes mensuelles par activité | Volume compatible avec la capacité réelle |
| Charges | Achats, loyers, honoraires, assurances, énergie | Charges fixes séparées des coûts variables |
| Personnel | Salaires bruts, cotisations, dates d’embauche | Rémunération du dirigeant incluse |
| Investissements | Immobilisations, dates, durées d’amortissement | Décaissement distinct de l’amortissement |
| Financement | Apports, emprunts, intérêts, échéances | Capital remboursé exclu des charges |
| Trésorerie | Encaissements et décaissements mensuels | Solde jamais négatif sans financement prévu |
| Synthèse | Résultat, bilan, seuil de rentabilité et ratios | Total actif égal au total passif |
Les états financiers à produire
Le compte de résultat prévisionnel présente les produits et les charges. Il fait apparaître la marge brute, l’excédent brut d’exploitation, le résultat d’exploitation, le résultat avant impôt et le résultat net. Une société à l’IS déclare ensuite son résultat au moyen de la liasse fiscale et du formulaire 2065.
Le plan de trésorerie raisonne selon les dates d’encaissement et de paiement. Une facture comptabilisée en janvier mais réglée en mars augmente le résultat de janvier sans alimenter immédiatement le compte bancaire. Cet écart explique de nombreuses tensions de trésorerie.
Le bilan prévisionnel présente les immobilisations, stocks, créances, disponibilités, capitaux propres, emprunts et dettes. Il doit être équilibré. Une différence entre actif et passif révèle une formule manquante, une dette oubliée ou une mauvaise reprise du résultat.
TVA, BFR et seuil de rentabilité
La TVA collectée n’est pas du chiffre d’affaires. La TVA déductible n’est généralement pas une charge. Leur différence entraîne un paiement ou un crédit de TVA, notamment déclaré sur le formulaire CA3 au régime réel normal.
Pour la franchise en base prévue à l’article 293 B du CGI, les seuils de référence sont, sous réserve de la situation propre à l’entreprise, de 85 000 € pour les ventes de biens et de 37 500 € pour les prestations de services, avec des seuils majorés respectifs de 93 500 € et 41 250 €. Un prévisionnel franchissant ces niveaux doit intégrer la TVA à la bonne date.
Le besoin en fonds de roulement correspond aux stocks et créances clients, diminués des dettes fournisseurs et d’exploitation. Le seuil de rentabilité se calcule en divisant les charges fixes par le taux de marge sur coûts variables. Ces deux indicateurs répondent à des questions différentes : le premier mesure le financement du cycle d’exploitation, le second le niveau de ventes nécessaire pour couvrir les charges.
Exemple chiffré d’un business plan sur 3 ans
Une SARL de menuiserie implantée à Tours prévoit 420 000 € HT de chiffre d’affaires la première année. Son carnet de commandes repose sur 28 chantiers à 15 000 € HT en moyenne. Les matériaux représentent 35 % des ventes, soit 147 000 €.
La masse salariale chargée atteint 150 000 €. Le loyer, les assurances, les véhicules, l’énergie et les honoraires totalisent 54 000 €. La sous-traitance représente 21 000 €. L’excédent brut d’exploitation prévisionnel ressort donc à 48 000 €.
| Indicateur année 1 | Montant |
|---|---|
| Chiffre d’affaires HT | 420 000 € |
| Achats de matériaux | 147 000 € |
| Sous-traitance | 21 000 € |
| Masse salariale chargée | 150 000 € |
| Autres charges d’exploitation | 54 000 € |
| Excédent brut d’exploitation | 48 000 € |
| Amortissements | 24 000 € |
| Intérêts d’emprunt | 6 000 € |
| Résultat avant IS | 18 000 € |
Les investissements atteignent 120 000 €. Le BFR initial est évalué à 42 000 € et la réserve de sécurité à 20 000 €. Le besoin total s’élève donc à 182 000 €, financé par 40 000 € de capital, 22 000 € de compte courant d’associé et 120 000 € d’emprunt.
Idée & projetBusiness plan pour la banque : ce que le chargé d’affaires vérifie en premierAvec 24 000 € d’amortissements, la capacité d’autofinancement approche 39 300 € après un IS de 2 700 € au taux réduit de 15 %. Elle doit être rapprochée du capital annuel remboursé sur l’emprunt. Le scénario reste fragile si les clients règlent à 60 jours au lieu de 30 ou si le prix des matériaux augmente de 8 %.
Coût et délai de préparation
Un business plan produit directement par le dirigeant coûte 0 € hors temps de travail. Un accompagnement comptable ou financier représente couramment 800 à 3 000 € HT, selon le nombre d’activités, la complexité du financement et le niveau de justification demandé.
La préparation demande généralement 5 à 10 jours ouvrés lorsque les devis, prix, contrats et hypothèses commerciales sont disponibles. Un projet comprenant un local, des travaux, plusieurs salariés ou une autorisation administrative nécessite plutôt 15 à 30 jours ouvrés.
L’examen par un financeur prend souvent 10 à 20 jours ouvrés après remise d’un dossier complet. Ce délai ne comprend ni l’édition des offres de prêt, ni les garanties, ni le déblocage des fonds. Les frais d’immatriculation, d’annonce légale et de greffe concernent la création de la société ; ils ne constituent pas le prix du business plan.
Pièges et cas particuliers à traiter
Confondre résultat et trésorerie
Une entreprise bénéficiaire reste exposée à un découvert si ses clients paient tard, si elle constitue un stock élevé ou si elle rembourse un emprunt. Le remboursement du capital réduit la trésorerie mais n’apparaît pas dans le compte de résultat. À l’inverse, l’amortissement réduit le résultat sans provoquer de décaissement au moment de sa comptabilisation.
Oublier la rémunération et les cotisations
Un projet affichant une rentabilité uniquement parce que le dirigeant ne se rémunère pas manque de crédibilité. En micro-entreprise, les cotisations sociales sont calculées sur les recettes encaissées. Les taux à intégrer en 2026 sont notamment de 12,3 % pour la vente de marchandises, 21,2 % pour les prestations de services BIC et 26,1 % pour les activités libérales BNC non réglementées hors régime spécifique.
En société, le coût dépend du statut social. Le président de SAS relève du régime général en qualité d’assimilé salarié. Le gérant majoritaire de SARL relève de la sécurité sociale des indépendants. Utiliser un pourcentage unique pour ces deux situations fausse le besoin de trésorerie.
Présenter un seul scénario
Le scénario central doit être accompagné d’un test dégradé : chiffre d’affaires inférieur de 15 %, marge réduite, recrutement décalé ou paiement client retardé de 30 jours. Le tableur doit montrer le niveau minimal de trésorerie et la capacité à payer les échéances d’emprunt dans cette configuration.
Traiter une aide comme acquise
Une subvention demandée mais non attribuée ne finance pas le plan initial. Elle figure dans un scénario séparé ou comme ressource conditionnelle. Le même traitement s’applique à une levée de fonds non signée, à un prêt en cours d’instruction et à un apport promis sans justificatif bancaire.
Ce qu’il faut retenir
- Préparer une trame Word de 15 à 25 pages et un prévisionnel sur 3 ans.
- Construire une trésorerie mensuelle sur au moins 12 mois.
- Relier chaque montant à une hypothèse commerciale ou opérationnelle vérifiable.
- Tester une baisse de chiffre d’affaires d’au moins 15 %.
- Prévoir 5 à 10 jours ouvrés pour un dossier standard complet.
Sur la même ligne
- Business plan pour la banque : ce que le chargé d'affaires vérifie en premier
- Comment faire un business plan en 10 parties (ordre de rédaction conseillé)
- Exemple de business plan rédigé : une boulangerie, section par section
- Ligne 1 · Idée & projet — le terminus et toutes ses stations
- L’Itinéraire — l’outil de la ligne



