Une marque française protège un signe pendant 10 ans, mais son dépôt exige de choisir parmi 45 classes de produits et services. Une classe oubliée, un libellé imprécis ou un droit antérieur suffit à fragiliser plusieurs années d’investissement commercial.
Déposer une marque à l’INPI : la règle en clair
Pour déposer une marque en France, il faut identifier son titulaire, vérifier que le signe est distinctif et disponible, sélectionner les produits et services à protéger, puis déposer la demande en ligne auprès de l’INPI. Le tarif officiel est de 190 € pour une classe, puis de 40 € par classe supplémentaire.
Le dépôt donne une date de priorité, mais il ne crée pas immédiatement un titre définitif. La demande est examinée, publiée au Bulletin officiel de la propriété industrielle, puis soumise à un délai d’opposition de 2 mois. Sans objection bloquante, l’enregistrement intervient généralement dans un délai d’environ 5 à 6 mois.
Une marque enregistrée confère un monopole d’exploitation pour les produits et services visés. Sa durée est de 10 ans à compter de la date de dépôt. Elle est renouvelable indéfiniment par périodes de 10 ans.
La protection dépend moins du nombre de classes choisies que de la précision du libellé. Après le dépôt, aucun produit ou service ne peut être ajouté à la demande initiale.
Le droit des marques est principalement encadré par les articles L.711-1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. Un nom commercial, une dénomination sociale ou un nom de domaine ne remplace pas un dépôt de marque. Ces signes répondent à des régimes distincts et n’accordent pas le même monopole.

Choisir le signe et les classes de marque
Vérifier que le signe peut constituer une marque
Une marque peut prendre la forme d’un nom, d’un slogan, d’un logo, d’un dessin, d’une combinaison de couleurs, d’un son ou d’un autre signe représentable dans le registre. Une marque verbale protège le terme déposé indépendamment de sa présentation graphique. Une marque figurative protège le graphisme tel qu’il est présenté.
Le signe doit permettre de distinguer les produits ou services d’une entreprise de ceux de ses concurrents. Selon l’article L.711-2 du Code de la propriété intellectuelle, un signe dépourvu de caractère distinctif ne remplit pas cette fonction. Un terme purement descriptif, générique ou usuel risque donc un refus. Le nom « Café de Lyon » serait fragile pour désigner un café situé à Lyon, tandis qu’un terme arbitraire possède généralement une capacité distinctive plus forte.
Le signe ne doit pas tromper le public sur la nature, la qualité ou la provenance des produits. Il ne doit pas davantage être contraire à l’ordre public, reprendre certains emblèmes officiels ou comporter une indication géographique protégée sans droit.
Comprendre les 45 classes de Nice
Les produits et services sont répartis selon la classification de Nice. Elle comprend 34 classes de produits et 11 classes de services. Le déposant ne protège pas une activité abstraite : il protège les produits et services précisément inscrits dans chaque classe.
| Activité | Classes souvent concernées | Éléments à viser |
|---|---|---|
| Vêtements vendus en boutique | 25 et 35 | Vêtements ; services de vente au détail de vêtements |
| Logiciel en ligne | 9 et 42 | Logiciels téléchargeables ; logiciel en tant que service |
| Restaurant avec produits conditionnés | 29, 30, 32 et 43 | Aliments, boissons et services de restauration |
| Conseil aux entreprises | 35 et parfois 41 | Conseil en organisation ; formation professionnelle |
La classe 35 n’accorde pas une protection générale pour toute activité commerciale. Elle couvre notamment la publicité, l’administration commerciale, le conseil en organisation et certains services de vente au détail. Un fabricant doit aussi viser la classe de ses produits.
DévelopperOuvrir une franchise : droit d’entrée, redevances, DIP et rentabilité réelleMultiplier les classes sans stratégie augmente le prix et expose la marque à une déchéance partielle. Selon l’article L.714-5 du Code de la propriété intellectuelle, une marque non exploitée sérieusement pendant une période ininterrompue de 5 ans peut perdre sa protection pour les produits et services concernés.

Effectuer une recherche d’antériorité avant le dépôt
Contrôler les marques identiques et similaires
L’INPI examine les motifs absolus de refus, notamment le caractère distinctif ou licite du signe. En revanche, il n’écarte pas automatiquement une demande en raison de toutes les marques antérieures susceptibles de créer un conflit. Le titulaire d’un droit antérieur doit généralement former opposition ou engager une action.
La recherche commence par les marques françaises, les marques de l’Union européenne et les marques internationales produisant effet en France. Elle doit porter sur les signes identiques, mais aussi sur les ressemblances visuelles, phonétiques et conceptuelles. Deux noms orthographiés différemment peuvent créer un risque de confusion lorsqu’ils se prononcent de la même manière et désignent des produits proches.
L’analyse croise deux critères : la proximité des signes et celle des produits ou services. L’existence d’une marque identique dans une classe éloignée n’interdit pas nécessairement le dépôt. À l’inverse, des services relevant de classes différentes restent parfois complémentaires et donc juridiquement proches.

Rechercher les autres droits antérieurs
L’article L.711-3 du Code de la propriété intellectuelle vise plusieurs droits antérieurs susceptibles de rendre une marque indisponible. La vérification doit notamment couvrir :
- les dénominations sociales inscrites au registre national des entreprises ;
- les noms commerciaux et enseignes connus sur leur territoire d’exploitation ;
- les noms de domaine effectivement exploités ;
- les droits d’auteur sur un nom, un dessin ou un logo ;
- les indications géographiques et appellations d’origine ;
- les droits de la personnalité, notamment un nom patronymique connu ;
- les noms, images et renommées des collectivités territoriales.
Une simple recherche à l’identique ne mesure pas le risque juridique. Pour un projet destiné à recevoir un budget publicitaire élevé, une recherche de similarités complétée par une analyse des produits, des territoires et de l’usage réel réduit le risque de changement de nom après lancement.
Procédure de dépôt d’une marque dans l’ordre
1. Désigner le titulaire
Le titulaire peut être une personne physique ou une personne morale. Une société déjà immatriculée dépose sous sa dénomination exacte et avec son numéro SIREN. Si un fondateur dépose personnellement avant la création de la société, la marque lui appartient. Une cession ultérieure devra être formalisée et inscrite au registre national des marques.
Plusieurs personnes peuvent déposer ensemble. Elles deviennent copropriétaires et doivent organiser par écrit les conditions d’exploitation, de licence, de cession et de renouvellement.
2. Préparer le signe et le libellé
Le signe doit être fourni dans sa version définitive. Pour une marque verbale, le dépôt porte sur les mots. Pour une marque figurative, le fichier transmis fixe la représentation protégée. Une évolution profonde du logo nécessitera souvent un nouveau dépôt.
Le libellé est préparé avant le paiement. Les produits et services doivent être compréhensibles, précis et classés correctement. L’INPI peut demander une régularisation lorsque les termes sont vagues ou mal classés. Une régularisation autorise une clarification ou une restriction, jamais un élargissement.
3. Déposer en ligne et régler la redevance
Le dépôt s’effectue par la procédure électronique de l’INPI. Le déposant renseigne son identité, la représentation du signe, les classes, les produits et services, puis paie la redevance. Un récépissé attribue un numéro national et confirme la date du dépôt.
Cette date fixe la priorité entre demandes concurrentes. Le dossier doit donc être relu avant validation. Une faute dans le nom du titulaire ou l’oubli d’un service stratégique entraîne des formalités supplémentaires, voire un nouveau dépôt.
4. Examen, publication et opposition
L’INPI contrôle la régularité du dossier et les motifs absolus de refus. La demande est généralement publiée au Bulletin officiel de la propriété industrielle dans un délai proche de 6 semaines. Des tiers peuvent transmettre des observations sur la validité du signe.
Le titulaire d’une marque ou d’un autre droit antérieur admissible dispose de 2 mois à compter de la publication pour former opposition, conformément à l’article L.712-4 du Code de la propriété intellectuelle. La procédure devient contradictoire : chaque partie présente ses arguments et ses pièces dans les délais communiqués par l’INPI.
5. Enregistrement et certificat
En l’absence de refus ou d’opposition fondée, la marque est enregistrée et l’enregistrement est publié. Le certificat doit être conservé avec le dossier de recherche, les preuves d’usage, les contrats de licence et les documents relatifs aux renouvellements.
Le symbole ® ne doit être utilisé qu’après l’enregistrement. Avant cette date, la mention ™ n’a pas de valeur juridique particulière en droit français.
Coût et délai pour déposer une marque
| Opération | Montant officiel | Délai ou durée |
|---|---|---|
| Dépôt dans une classe | 190 € | Date attribuée après validation et paiement |
| Chaque classe supplémentaire | 40 € | Réglée avec le dépôt |
| Opposition à une marque | 400 € hors accompagnement | Dans les 2 mois suivant la publication |
| Renouvellement dans une classe | 290 € | Tous les 10 ans |
| Classe supplémentaire au renouvellement | 40 € | Avec la demande de renouvellement |
| Supplément pour renouvellement tardif | 145 € | Période supplémentaire de 6 mois |
Les redevances de dépôt ne sont pas remboursées si la marque est refusée, retirée ou limitée après une opposition. Les honoraires d’un conseil en propriété industrielle ou d’un avocat s’ajoutent lorsqu’une recherche approfondie, une rédaction sur mesure ou une défense est nécessaire.
DévelopperCréer une filiale : quand séparer une activité, et comment la financerPrenons une SAS de torréfaction située à Bordeaux, réalisant 480 000 € de chiffre d’affaires annuel. Elle souhaite protéger son nom pour du café conditionné en classe 30, des services de vente au détail en classe 35 et un salon de dégustation en classe 43. Le dépôt coûte 270 €, soit 190 € pour la première classe et 80 € pour les deux suivantes. Son chiffre d’affaires, sa forme juridique et sa ville n’influencent pas cette redevance.
Si la société dépose séparément le nom et le logo dans ces trois classes, elle réalise deux demandes et paie 540 €. Cette stratégie offre deux titres autonomes : le nom reste protégé même si l’identité graphique évolue.
Pièges et cas particuliers à anticiper
Confondre dépôt, réservation et droit définitif
Un dépôt ne garantit ni l’enregistrement ni l’absence de conflit. L’entreprise qui lance immédiatement ses enseignes, emballages et campagnes assume le risque d’une opposition. Une recherche préalable et un calendrier tenant compte du délai de 2 mois limitent les dépenses irrécupérables.
Déposer au mauvais nom
Une marque déposée par un dirigeant, un associé ou une agence n’appartient pas automatiquement à la société qui l’exploite. Le titulaire inscrit dispose du droit. Le contrat de cession ou la licence doit donc préciser le prix, le territoire, la durée, les produits couverts et les garanties.
Oublier les territoires étrangers
Une marque française protège le territoire français. Une activité de vente en ligne accessible depuis l’étranger ne crée pas une protection mondiale. L’entreprise qui prévoit une commercialisation hors de France doit sélectionner ses territoires selon ses marchés réels.
Après un premier dépôt, le droit de priorité permet, sous les conditions de l’article 4 de la Convention de Paris, de déposer dans d’autres territoires dans un délai de 6 mois tout en revendiquant la date du dépôt initial. Passé ce délai, un tiers ayant déposé entre-temps risque de devenir prioritaire sur le territoire concerné.
Négliger l’usage et la surveillance
Le titulaire doit conserver des preuves datées d’exploitation : factures, catalogues, emballages, publicités, statistiques de vente et contrats. L’usage doit correspondre aux produits et services enregistrés. Une exploitation symbolique ou interne ne suffit pas toujours à écarter une demande en déchéance.
L’INPI ne surveille pas les nouveaux dépôts pour le compte des titulaires. Une surveillance régulière permet de repérer une demande proche et de respecter le délai d’opposition. Il faut aussi inscrire les changements de nom, d’adresse, les cessions et les licences afin de maintenir un registre cohérent.
Ce qu’il faut retenir
- Le dépôt coûte 190 € pour une classe, puis 40 € par classe supplémentaire.
- La classification comprend 45 classes, mais seul le libellé déposé fixe la protection.
- Le délai d’opposition est de 2 mois après la publication.
- La marque est protégée pendant 10 ans et renouvelable sans limite.
- Une absence d’usage sérieux pendant 5 ans expose à la déchéance.
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