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Ouvrir une franchise : droit d’entrée, redevances, DIP et rentabilité réelle

Portrait de Martin KaplaPar Martin Kapla
Mis à jour le 8 septembre 2026 · 9 min de lecture

Entre le droit d’entrée, les travaux et le besoin en fonds de roulement, l’investissement initial d’une franchise atteint souvent 100 000 à 500 000 €. Ce ticket ne garantit aucun revenu : la rentabilité dépend surtout de l’emplacement, des redevances, de la marge brute et du poids de la dette.

Ouvrir une franchise : quel budget et quelle rentabilité attendre ?

Ouvrir une franchise consiste à exploiter un concept, une marque et un savoir-faire contre un investissement initial et des redevances. Le budget global comprend généralement un droit d’entrée de 10 000 à 50 000 €, l’aménagement du local, le matériel, le stock, le dépôt de garantie et la trésorerie de départ. Dans les activités avec un local commercial, l’enveloppe totale se situe fréquemment entre 100 000 et 500 000 €. Certains projets de restauration dépassent 800 000 €.

Les redevances d’exploitation représentent souvent 2 % à 8 % du chiffre d’affaires hors taxes. Une contribution publicitaire de 0,5 % à 3 % s’ajoute régulièrement. Ces pourcentages sont dus même lorsque le résultat est déficitaire, sauf clause contractuelle contraire.

La rentabilité réelle ne se mesure donc ni au chiffre d’affaires annoncé par le réseau ni à la notoriété de l’enseigne. Elle repose sur l’excédent brut d’exploitation, la capacité à rembourser l’emprunt, la rémunération du dirigeant et les investissements à renouveler. Une franchise affichant 700 000 € de chiffre d’affaires avec 4 % de marge opérationnelle offre moins de sécurité qu’une unité réalisant 450 000 € avec une marge de 12 %.

La règle à retenir : le franchiseur transmet un concept et une méthode, mais il ne garantit ni le chiffre d’affaires, ni la marge, ni le remboursement de l’investissement du franchisé.

Les étapes pour créer une franchise dans le bon ordre

Valider le marché local et le modèle économique

Le candidat doit commencer par mesurer la zone de chalandise, le trafic, la concurrence, le panier moyen et la fréquence d’achat. L’étude nationale fournie par le franchiseur ne remplace pas une analyse locale. Un emplacement secondaire, un loyer supérieur à 10 % du chiffre d’affaires ou une masse salariale sous-estimée suffit à déséquilibrer le projet.

Le prévisionnel doit comporter au moins trois scénarios : prudent, central et haut. Nous recommandons de tester une baisse de 15 % du chiffre d’affaires, une hausse de 10 % des charges d’énergie ou de matières premières et un retard d’ouverture de deux mois. La trésorerie initiale doit absorber ces écarts sans nouvel emprunt.

Obtenir le DIP avant tout engagement

Le document d’information précontractuelle, ou DIP, doit être remis avant la signature du contrat de franchise. Le délai légal est de 20 jours calendaires au minimum avant la signature ou avant le versement d’une somme, conformément à l’article L. 330-3 du Code de commerce.

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Aucun chèque de réservation, acompte sur droit d’entrée ou paiement imposé ne doit être versé avant l’expiration de ce délai. Une somme remise trop tôt fragilise le consentement et expose le franchiseur à une contestation.

Choisir la structure, financer et immatriculer

La franchise est souvent exploitée en SAS, SASU, SARL ou EURL. La micro-entreprise convient rarement aux réseaux avec local, salariés et investissements, car les charges réelles ne sont pas déductibles et les plafonds de chiffre d’affaires restent contraignants. Pour 2026, les seuils du régime micro sont fixés à 203 100 € pour la vente et 83 600 € pour les prestations de services.

La création s’effectue sur le guichet unique géré par l’INPI. La déclaration électronique remplace l’ancien formulaire M0 papier. Les modifications et la cessation, historiquement déclarées par les formulaires M2 et M4, passent également par ce guichet. L’immatriculation prend généralement 3 à 10 jours ouvrés lorsque le dossier est complet.

Entre la recherche du local, le financement, le permis d’aménager éventuel, les travaux et la formation, une ouverture demande couramment 3 à 9 mois. Le bail commercial et le contrat de franchise doivent être coordonnés pour éviter de payer un loyer pendant une période sans exploitation.

DIP et contrat de franchise : les points à contrôler

Les informations obligatoires du DIP

Le contenu du DIP est encadré par l’article R. 330-1 du Code de commerce. Il doit notamment présenter l’identité et l’expérience du franchiseur, les comptes des deux derniers exercices, l’ancienneté de l’entreprise, l’état général et local du marché, la liste des membres du réseau ainsi que les départs intervenus au cours de l’année précédente.

Le document doit aussi préciser la durée du contrat, ses conditions de renouvellement, de résiliation et de cession. L’état local du marché décrit l’environnement économique. Il ne constitue pas un prévisionnel individualisé. Le franchisé reste responsable de ses hypothèses de ventes et de charges.

  • Contacter plusieurs franchisés en activité, sans se limiter aux coordonnées suggérées.
  • Interroger les anciens franchisés sur les motifs de leur départ.
  • Comparer les comptes d’unités situées dans des villes et zones commerciales similaires.
  • Vérifier les procédures judiciaires, fermetures et changements d’enseigne récents.

Les clauses financières et opérationnelles

Le contrat doit définir précisément le territoire, l’exclusivité éventuelle, les objectifs d’ouverture, les approvisionnements imposés et les normes d’aménagement. Une exclusivité territoriale n’interdit pas automatiquement les ventes en ligne, les livraisons ou l’ouverture d’un autre canal de distribution. La rédaction de la clause détermine sa portée.

Les redevances doivent mentionner leur assiette, leur taux, leur périodicité et les éléments inclus. Une redevance calculée sur le chiffre d’affaires hors taxes n’a pas le même coût qu’un forfait mensuel. Il faut aussi examiner les pénalités, les obligations de rénovation, la durée du contrat et les règles de cession du fonds.

Le renouvellement n’est pas automatique, sauf engagement explicite. Une clause de non-concurrence après la fin du contrat doit respecter les conditions de l’article L. 341-2 du Code de commerce lorsqu’il s’applique : limitation aux biens ou services concurrents, aux locaux concernés, protection d’un savoir-faire et durée maximale d’un an.

Droit d’entrée, redevances et frais de création en 2026

Poste Montant ou taux courant Point de contrôle
Droit d’entrée 10 000 à 50 000 € Formation, assistance à l’ouverture et accès au réseau
Redevance d’exploitation 2 % à 8 % du CA HT Assiette, minimum garanti et périodicité
Redevance publicitaire 0,5 % à 3 % du CA HT Actions nationales et dépenses locales obligatoires
Travaux et agencement 50 000 à 400 000 € Concept architectural et remises aux normes
Stock initial 5 000 à 80 000 € Rotation, invendus et reprise du stock
Trésorerie de départ 3 à 6 mois de charges fixes Décalage entre ouverture et seuil de rentabilité

Le droit d’entrée rémunère généralement l’accès à la marque, la transmission du savoir-faire, la formation initiale et l’assistance au lancement. Il n’est pas automatiquement remboursé en cas d’échec ou de rupture anticipée. Son traitement comptable dépend des droits obtenus et de la durée du contrat : charge, immobilisation incorporelle ou ventilation entre plusieurs prestations.

Pour constituer une société commerciale en métropole en 2026, il faut budgéter environ 35 à 40 € de frais d’immatriculation, auxquels s’ajoutent la déclaration des bénéficiaires effectifs et l’annonce légale. Les forfaits d’annonce de constitution se situent notamment autour de 125 à 155 € HT pour une EURL ou une SARL et de 145 à 205 € HT pour une SASU ou une SAS, selon la forme et le département. La rédaction des statuts, du bail et du contrat entraîne des honoraires distincts.

DévelopperDéposer une marque à l’INPI : classes, recherche d’antériorité, coût

Une société soumise à l’impôt sur les sociétés dépose une déclaration 2065. Le taux réduit d’IS est de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice, sous réserve notamment d’un chiffre d’affaires inférieur à 10 millions d’euros et d’un capital entièrement libéré détenu à au moins 75 % par des personnes physiques. Le taux normal est de 25 %. Les dividendes versés à une personne physique supportent par défaut le prélèvement forfaitaire unique de 30 %.

Pour la TVA, la franchise en base s’applique en 2026 sous les seuils de 85 000 € pour les ventes et 37 500 € pour les services, avec des seuils majorés respectifs de 93 500 € et 41 250 €. La plupart des franchises dépassent rapidement ces montants et déposent des déclarations CA3 mensuelles ou trimestrielles.

Calculer la rentabilité réelle d’une franchise

Exemple d’un point de restauration à Nantes

Une société exploitant un point de restauration rapide à Nantes investit 320 000 €, dont 25 000 € de droit d’entrée. L’apport est de 100 000 € et l’emprunt de 220 000 €. Le chiffre d’affaires annuel prévisionnel atteint 650 000 € HT.

Élément annuel Montant Part du CA
Chiffre d’affaires HT 650 000 € 100 %
Achats consommés 195 000 € 30 %
Salaires et cotisations 195 000 € 30 %
Loyer et charges locatives 54 000 € 8,3 %
Redevance de franchise à 5 % 32 500 € 5 %
Publicité à 2 % 13 000 € 2 %
Autres charges d’exploitation 85 000 € 13,1 %
Excédent brut d’exploitation 75 500 € 11,6 %

Avec une annuité d’emprunt de 48 000 €, il reste 27 500 € avant amortissements, impôt, investissements nouveaux et variations de trésorerie. Le projet est rentable en exploitation, mais sa marge de sécurité demeure limitée. Une baisse de 10 % du chiffre d’affaires, soit 65 000 €, absorberait presque toute la capacité de remboursement.

Le retour sur apport ne doit pas être calculé à partir du seul bénéfice comptable. Nous retenons les flux disponibles après impôt, remboursement du capital de l’emprunt, renouvellement du matériel et besoin en fonds de roulement. Avec 20 000 € réellement disponibles par an pour 100 000 € d’apport, le rendement de trésorerie est de 20 % par an, avant valeur de revente et risque de perte en capital.

Mesurer le seuil de rentabilité

Le seuil de rentabilité correspond au chiffre d’affaires nécessaire pour couvrir les charges variables et fixes. Si le taux de marge sur coûts variables est de 62 % et que les charges fixes atteignent 327 000 €, le seuil ressort à environ 527 500 € HT. Avec un chiffre d’affaires prévu de 650 000 €, la marge de sécurité atteint 122 500 €, soit 18,8 %.

Le calcul doit intégrer la rémunération normale du dirigeant. Sans cette charge, le résultat donne une vision artificiellement favorable. Il faut aussi distinguer le résultat d’exploitation de la trésorerie, car le remboursement du capital d’un prêt ne réduit pas le bénéfice fiscal mais consomme du cash.

Les pièges à éviter avant de signer

Un prévisionnel construit à partir de la moyenne nationale masque les écarts d’emplacement, de surface et d’ancienneté. Les performances doivent être comparées à celles d’unités ouvertes récemment dans une zone similaire. Les premiers mois supportent souvent des coûts de lancement, une productivité réduite et une clientèle encore irrégulière.

  • Sous-capitalisation : un apport inférieur à 25 % ou 30 % de l’investissement augmente la pression des remboursements.
  • Bail signé trop tôt : le loyer court même si le financement ou le contrat de franchise échoue.
  • Caution personnelle : la banque ou le bailleur peut poursuivre le dirigeant malgré la responsabilité limitée de la société.
  • Rénovations imposées : un changement de concept en cours de contrat entraîne parfois plusieurs dizaines de milliers d’euros de travaux.
  • Sortie du réseau : l’agrément du repreneur, la dépose de l’enseigne et la non-concurrence réduisent la liberté de cession.

La valeur de revente doit être examinée avant la signature. Un fonds dépendant fortement de l’enseigne perd une partie de sa valeur si le contrat arrive à échéance ou n’est pas renouvelé. Le prix d’acquisition d’un fonds existant doit donc être ventilé entre clientèle locale, matériel, droit au bail et bénéfice attendu du contrat de franchise.

Ce qu’il faut retenir

  • Prévoir généralement 100 000 à 500 000 € pour ouvrir une franchise avec local.
  • Respecter un délai minimal de 20 jours calendaires entre le DIP et tout engagement.
  • Budgéter 2 % à 8 % du CA HT de redevance, hors contribution publicitaire.
  • Tester le prévisionnel avec une baisse de chiffre d’affaires d’au moins 15 %.
  • Calculer le rendement après dette, impôt, rémunération et renouvellement du matériel.

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