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Faire entrer un associé : cession de titres ou augmentation de capital

Portrait de Corentin RicardPar Corentin Ricard
Mis à jour le 20 novembre 2026 · 10 min de lecture

Faire entrer un investisseur à hauteur de 20 % ne produit pas le même résultat selon qu’il achète les titres d’un associé ou apporte de l’argent à la société. La cession rémunère le vendeur, tandis que l’augmentation de capital finance directement l’entreprise et dilue les associés en place.

Entrée d’un nouvel associé : cession de titres ou augmentation de capital ?

Le choix dépend d’abord de la destination des fonds. En cas de cession de titres, le nouvel associé paie directement un associé sortant ou minoritaire. La société ne reçoit aucune trésorerie. En cas d’augmentation de capital, l’apport est versé à la société en contrepartie de titres nouveaux.

La cession convient lorsqu’un associé souhaite récupérer tout ou partie de la valeur de sa participation. L’augmentation de capital répond plutôt à un besoin de financement : recrutement, investissement, acquisition, fonds de roulement ou renforcement des capitaux propres.

La règle à retenir est simple : la cession transfère des titres existants et rémunère leur propriétaire ; l’augmentation de capital crée des titres et apporte des ressources nouvelles à la société.

Critère Cession de titres Augmentation de capital
Bénéficiaire du paiement Associé vendeur Société
Nombre total de titres Inchangé Augmenté
Dilution Non, sauf répartition différente entre associés Oui pour les associés qui ne souscrivent pas
Fiscalité immédiate Plus-value du vendeur et droits d’enregistrement Pas de plus-value pour les associés en place
Modification du capital social Non Oui
Trésorerie de l’entreprise Aucun apport Apport en numéraire ou en nature

Les deux opérations peuvent être combinées. Un investisseur achète alors une partie des titres d’un fondateur et souscrit simultanément à une augmentation de capital. Cette structure permet d’équilibrer la liquidité accordée au vendeur et les besoins financiers de l’entreprise.

Procédure de cession de parts sociales ou d’actions

Vérifier les clauses d’agrément et de préemption

Les statuts et le pacte d’associés doivent être contrôlés avant toute signature. Ils peuvent prévoir un agrément, un droit de préemption, une inaliénabilité temporaire ou une méthode de valorisation. Une opération conclue en violation de ces règles risque la nullité ou le versement de dommages-intérêts.

Dans une SARL, la cession de parts à un tiers nécessite l’agrément de la majorité des associés représentant au moins la moitié des parts sociales, sauf majorité statutaire plus forte. Cette règle résulte de l’article L.223-14 du Code de commerce. Le projet est notifié à la société et à chaque associé. Sans réponse dans un délai de 3 mois, l’agrément est réputé acquis.

Dans une SAS, les actions sont en principe librement cessibles. Les statuts peuvent toutefois soumettre la cession à l’agrément de la société en application de l’article L.227-14 du Code de commerce. Une clause de préemption oblige généralement le vendeur à proposer ses actions aux associés existants avant de les céder au tiers.

Signer l’acte et rendre la cession opposable

La cession de parts sociales est constatée par un acte sous signature privée ou notarié. Il précise l’identité des parties, le nombre de parts, le prix, les modalités de paiement, les garanties et la date de transfert. Pour une SARL, la cession devient opposable à la société selon les modalités prévues par les articles L.223-17 et L.221-14 du Code de commerce.

Pour des actions de SAS ou de SA, le transfert résulte de l’inscription des titres au compte de l’acquéreur. Un ordre de mouvement est signé, puis l’opération est portée au registre des mouvements de titres et dans les comptes individuels d’actionnaires.

Enregistrer l’acte et actualiser la société

L’acte doit être enregistré auprès du service des impôts dans le délai de 1 mois, conformément à l’article 635 du CGI. Les droits sont en principe payés par l’acquéreur, sauf clause contraire.

  • Pour les actions de SAS ou de SA : 0,1 % du prix, avec un minimum de perception de 25 €.
  • Pour les parts de SARL, SNC ou société civile non immobilière : 3 % après un abattement global de 23 000 €, réparti selon la proportion de parts cédées.
  • Pour une société à prépondérance immobilière : 5 %, sans abattement de 23 000 €.

Une cession d’actions de SAS n’entraîne normalement aucune modification des statuts lorsque ceux-ci ne mentionnent pas l’identité des actionnaires. En SARL, la répartition des parts figurant dans les statuts doit être actualisée. Le dépôt s’effectue alors sur le guichet unique avec le procès-verbal d’agrément, l’acte enregistré et les statuts certifiés conformes.

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Si le nouvel associé détient directement ou indirectement plus de 25 % du capital ou des droits de vote, ou exerce un contrôle par un autre moyen, la déclaration des bénéficiaires effectifs doit aussi être mise à jour.

Procédure d’augmentation de capital avec un nouvel associé

Fixer la valorisation et le prix d’émission

La valorisation détermine la participation reçue par le nouvel associé. Les titres peuvent être émis à leur valeur nominale ou avec une prime d’émission. Cette prime compense la valeur créée avant l’arrivée de l’investisseur : clientèle, réserves, rentabilité, marque, contrats ou savoir-faire.

Une émission au seul nominal transfère une partie de cette valeur au nouvel entrant. La prime d’émission limite ce déséquilibre. Elle est inscrite dans les capitaux propres et reste disponible selon les décisions collectives prises ultérieurement.

Décider l’augmentation de capital

L’organe compétent convoque les associés selon les statuts. La décision précise le montant de l’augmentation, le nombre de titres, leur valeur nominale, la prime d’émission, l’identité du souscripteur et le délai de réalisation.

Dans une SARL, l’augmentation modifiant les statuts relève de la majorité applicable aux modifications statutaires. Pour une société créée après le 4 août 2005, la décision requiert en principe un quorum de 25 % des parts sur première consultation, puis 20 % sur seconde consultation, et une majorité des deux tiers des parts présentes ou représentées. Les statuts doivent être vérifiés.

Dans une SAS, les conditions de majorité résultent des statuts, sous réserve qu’une décision collective soit organisée pour l’augmentation de capital. Les règles des articles L.225-129 et suivants du Code de commerce encadrent notamment la compétence, la délégation et les droits préférentiels de souscription.

Libérer les apports et déposer les fonds

Pour un apport en numéraire, le nouvel associé verse les fonds sur un compte bloqué ouvert au nom de la société. Un certificat du dépositaire est délivré. Le capital existant doit être intégralement libéré avant une augmentation de capital en numéraire lorsque la loi l’exige.

En cas d’apport en nature, un commissaire aux apports évalue le bien : fonds de commerce, matériel, brevet, immeuble ou titres d’une autre société. Des dispenses existent notamment en SARL et en SAS lorsque chaque apport ne dépasse pas 30 000 € et que la valeur totale des apports dispensés ne représente pas plus de la moitié du capital. Une décision unanime des associés est alors requise dans les cas prévus par le Code de commerce. Les associés restent responsables de la valeur retenue pendant 5 ans.

Publier et déposer la modification

Après réalisation, le procès-verbal constate l’augmentation. Les statuts sont mis à jour. Un avis est publié dans un support habilité à recevoir des annonces légales du département du siège. Le dossier est ensuite transmis sur le guichet unique avec le procès-verbal, les statuts actualisés, l’attestation de parution, le certificat de dépôt des fonds et, le cas échéant, le rapport du commissaire aux apports.

Le formulaire papier M2 n’est plus utilisé pour le dépôt courant : les informations équivalentes sont saisies en ligne sur le guichet unique. Le greffe contrôle le dossier puis actualise le registre national des entreprises et le registre du commerce et des sociétés.

Coût, fiscalité et délai des deux opérations

Poste Cession Augmentation de capital
Droits d’enregistrement 0,1 %, 3 % après abattement ou 5 % En principe 0 € pour un apport pur et simple en numéraire
Annonce légale Souvent aucune en SAS ; requise si modification statutaire Environ 150 à 250 € HT selon le département et la longueur
Guichet unique et greffe Environ 45 à 200 € selon les modifications déclarées Environ 190 à 210 €
Rédaction et accompagnement Souvent 500 à 2 500 € HT Souvent 700 à 3 000 € HT
Délai usuel 5 à 20 jours ouvrés hors procédure d’agrément 10 à 30 jours ouvrés

Les frais de greffe et de publication évoluent chaque année. Le montant exact dépend de la forme sociale, du département, de la modification des bénéficiaires effectifs et du nombre d’actes déposés. Une annonce de modification du capital est généralement facturée selon le nombre de caractères, et non selon un forfait national unique.

Lorsqu’un particulier vend ses titres avec une plus-value, celle-ci relève par défaut du prélèvement forfaitaire unique de 30 % : 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. L’option globale pour le barème progressif reste possible. La plus-value correspond au prix de cession diminué du prix d’acquisition et des frais admis.

Exemple chiffré : entrée d’un associé dans une SAS

Une SAS de conseil située à Lyon réalise 480 000 € de chiffre d’affaires. Son capital est de 10 000 €, divisé en 1 000 actions de 10 €. Sa valeur avant opération est estimée à 400 000 €.

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Pour obtenir 20 % par cession, l’investisseur achète 200 actions pour 80 000 €. Cette somme revient au vendeur. Les droits d’enregistrement s’élèvent à 80 €. Si les actions avaient coûté 2 000 € au vendeur, sa plus-value serait de 78 000 €, soit une imposition théorique de 23 400 € au prélèvement forfaitaire unique.

Pour obtenir 20 % après augmentation de capital, l’investisseur apporte 100 000 €. La valeur postérieure à l’opération atteint 500 000 €. La SAS émet 250 actions nouvelles : 2 500 € de capital nominal et 97 500 € de prime d’émission. Les 100 000 € restent dans la société pour financer son développement.

Pièges juridiques et cas particuliers à anticiper

Confondre pourcentage du capital et pouvoir réel

Une participation de 20 % ne garantit ni siège dans un organe de direction ni droit de veto. Les droits dépendent des statuts et du pacte : majorité renforcée, décisions réservées, information financière, nomination du président, clause de sortie conjointe ou obligation de cession.

Le pacte doit aussi encadrer les situations de blocage, le départ d’un associé opérationnel et la revente des titres. Une promesse mal rédigée expose à un prix contesté ou à une sortie impossible.

Négliger le droit préférentiel de souscription

Une augmentation de capital dilue les associés qui ne souscrivent pas. Dans les sociétés par actions, les associés disposent en principe d’un droit préférentiel de souscription lors d’une émission en numéraire. Sa suppression exige une décision régulière et des rapports adaptés. Une irrégularité fragilise toute l’opération.

Oublier les garanties lors d’une cession

L’acquéreur reprend indirectement les risques attachés à la société : redressement fiscal, litige social, dette non comptabilisée, contrat résiliable ou contentieux client. Une garantie d’actif et de passif fixe la durée, les seuils, les plafonds et les modalités d’indemnisation. Elle s’accompagne souvent d’un audit juridique, fiscal, social et comptable.

Faire entrer un conjoint, un salarié ou une holding

L’entrée du conjoint dans une SARL appelle une vérification du régime matrimonial et des règles relatives aux biens communs. L’article 1832-2 du Code civil permet au conjoint de revendiquer la qualité d’associé pour la moitié des parts souscrites ou acquises avec des biens communs, sous certaines conditions.

Un salarié peut souscrire personnellement ou par l’intermédiaire d’une holding. Une holding facilite parfois le financement et la remontée de dividendes. Son intérêt dépend toutefois du niveau d’endettement, du régime mère-fille, des frais de structure et de la stratégie de sortie.

Ce qu’il faut retenir

  • La cession verse le prix au vendeur ; l’augmentation apporte 100 % des fonds à la société.
  • Les droits d’enregistrement sont de 0,1 %, 3 % ou 5 % selon les titres cédés.
  • Une plus-value mobilière relève par défaut de la flat tax de 30 %.
  • Une augmentation de capital demande généralement 10 à 30 jours ouvrés.
  • Au-delà de 25 % des droits, le bénéficiaire effectif doit en principe être déclaré.

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