À 80 000 € de chiffre d’affaires annuel, un entrepreneur seul ne supporte ni les mêmes cotisations ni les mêmes obligations selon qu’il exerce en EI ou en SASU. Le bon choix dépend aussi de la marge, de la rémunération recherchée et du montant laissé dans l’entreprise.
EI ou SASU : le choix selon votre chiffre d’affaires
Pour une activité exercée seul, l’EI est généralement adaptée jusqu’à 83 600 € de chiffre d’affaires en prestations de services ou 203 100 € en vente, lorsque le régime micro reste accessible en 2026. Elle conserve aussi un avantage au-delà de ces seuils si le dirigeant prélève l’essentiel du bénéfice et recherche une gestion simple.
La SASU devient cohérente lorsque l’activité génère une marge élevée, qu’une partie du résultat reste dans la société ou que le dirigeant souhaite arbitrer entre salaire et dividendes. Elle facilite également l’entrée future d’associés et la transformation en SAS.
La règle à retenir : le chiffre d’affaires fixe l’accès au régime micro, mais le choix entre EI ou SASU dépend surtout du bénéfice après charges et de la part réellement versée au dirigeant.
| Situation en 2026 | Choix généralement adapté | Motif principal |
|---|---|---|
| Services jusqu’à 83 600 € avec peu de frais | EI au régime micro | Cotisations calculées directement sur le chiffre d’affaires |
| Vente jusqu’à 203 100 € avec marge confortable | EI au régime micro | Comptabilité et déclarations allégées |
| Charges supérieures à 30 % du chiffre d’affaires | EI au réel ou SASU | Déduction des dépenses réelles |
| Bénéfice presque intégralement prélevé | EI au réel | Coût social souvent inférieur à celui d’un salaire de président |
| Résultat conservé pour investir | SASU à l’IS | Résultat taxé à 15 % ou 25 % avant distribution |
| Projet d’ouverture du capital | SASU | Entrée d’actionnaires sans transformation préalable |

Vérifier d’abord les seuils applicables en 2026
Les plafonds du régime micro-entreprise
La micro-entreprise n’est pas une forme juridique distincte. Il s’agit d’une entreprise individuelle soumise à un régime fiscal et social simplifié. Pour 2026, les plafonds annuels de chiffre d’affaires sont fixés à 203 100 € pour les activités de vente et d’hébergement et à 83 600 € pour les prestations de services et les activités libérales.
Le dépassement sur une seule année ne provoque pas immédiatement la sortie du régime. Le régime micro cesse en principe lorsque le seuil est dépassé pendant deux années civiles consécutives. L’entreprise passe alors au régime réel à compter du 1er janvier suivant. Pour une activité mixte, le chiffre d’affaires global et la part correspondant aux services doivent respecter leurs plafonds respectifs.
Les seuils de TVA sont indépendants
Une EI micro n’est pas automatiquement exonérée de TVA. En 2026, la franchise en base s’applique jusqu’à 85 000 € pour la vente et 37 500 € pour les services. Les seuils majorés sont respectivement de 93 500 € et 41 250 €.
Le franchissement du seuil majoré entraîne l’assujettissement à la TVA dès la date du dépassement. Lorsque seul le seuil de base est dépassé, sans franchir le seuil majoré, la TVA s’applique à compter du 1er janvier suivant. Ces règles concernent aussi la SASU. Sous un régime réel normal, la TVA est déclarée au moyen du formulaire CA3, généralement chaque mois ou chaque trimestre.

Comparer la fiscalité et les cotisations sociales
EI au régime micro : un calcul sur le chiffre d’affaires
En micro-entreprise, les dépenses professionnelles ne sont pas déduites pour leur montant réel. Les cotisations sociales sont calculées sur les encaissements. En 2026, les principaux taux sont de 12,3 % pour la vente de marchandises, de 21,2 % pour les prestations de services commerciales ou artisanales et d’environ 26,1 % pour les activités libérales non réglementées relevant du régime général, hors contribution à la formation professionnelle.
Choisir son statutApport-cession (150-0 B ter) : reporter l’impôt sur la plus-value via une holdingL’impôt sur le revenu repose sur le chiffre d’affaires après un abattement forfaitaire de 71 % pour la vente, 50 % pour les services relevant des BIC ou 34 % pour les BNC. Une activité supportant beaucoup d’achats, de sous-traitance ou de déplacements perd rapidement l’avantage du régime micro.

EI au réel : des cotisations sur le bénéfice
Au régime réel, l’entrepreneur déduit ses charges professionnelles : loyer, matériel, véhicule selon son usage, assurances, honoraires, sous-traitance et amortissements. Les cotisations sociales représentent couramment 40 % à 45 % du revenu professionnel, avec des variations selon le niveau de bénéfice et la nature de l’activité.
Par défaut, le bénéfice est soumis à l’impôt sur le revenu. L’entrepreneur individuel relevant d’un régime réel dispose aussi d’une option pour l’impôt sur les sociétés, par assimilation fiscale à une EURL. Les bénéfices supportent alors l’IS, mais la fraction des revenus distribués dépassant 10 % du bénéfice net ou de la valeur du patrimoine affecté entre dans l’assiette sociale.
SASU : salaire, dividendes et impôt sur les sociétés
Le président rémunéré relève du régime général comme assimilé salarié, sans assurance chômage liée à son mandat. Le coût total d’un salaire représente couramment 75 % à 85 % de plus que le montant net versé. En contrepartie, la protection sociale se rapproche de celle d’un cadre salarié, notamment pour la retraite et les indemnités journalières.
La rémunération et les cotisations patronales sont déductibles du résultat imposable. L’IS est fixé à 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice lorsque les conditions de l’article 219 du CGI sont réunies, puis à 25 % au-delà. La société dépose chaque année une déclaration de résultat 2065.
Les dividendes de SASU ne supportent pas de cotisations sociales. Ils sont normalement soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 %, comprenant 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. Ils n’ouvrent aucun droit supplémentaire à la retraite, aux indemnités journalières ou au chômage.
Exemple chiffré à 120 000 € de chiffre d’affaires
Une activité de conseil située à Lyon réalise 120 000 € HT de chiffre d’affaires et engage 25 000 € de frais annuels. Son résultat avant rémunération atteint donc 95 000 €. Le plafond micro des prestations de services est dépassé.
En EI au réel, les cotisations sont assises sur le revenu professionnel. Selon les paramètres personnels et les cotisations déductibles, leur montant se situe couramment autour de 38 000 € à 43 000 €. Le solde reste soumis au barème progressif de l’impôt sur le revenu.
En SASU, un salaire net annuel de 50 000 € représente approximativement 87 500 € à 92 500 € de coût total. Le résultat taxable restant devient faible. Sans salaire, les 95 000 € de résultat supporteraient environ 19 500 € d’IS : 6 375 € sur les premiers 42 500 €, puis 13 125 € sur le solde. Après IS, 75 500 € seraient distribuables. La flat tax de 30 % ramènerait les dividendes nets à 52 850 €, sans acquisition de droits sociaux sur cette somme.
Créer une EI ou une SASU dans le bon ordre
Formalités de l’entreprise individuelle
La déclaration s’effectue sur le guichet unique géré par l’INPI. L’entrepreneur renseigne son activité, son adresse, son régime fiscal et ses options sociales. La déclaration dématérialisée remplace l’ancien formulaire M0. Aucun capital, statut ou avis de constitution n’est requis.
Depuis l’article L. 526-22 du Code de commerce, le patrimoine professionnel de l’entrepreneur individuel est séparé de son patrimoine personnel. Les créanciers professionnels disposent en principe d’un droit de poursuite limité aux biens utiles à l’activité, sauf renonciation, fraude ou garantie personnelle consentie.
Formalités de constitution de la SASU
La SASU exige de rédiger les statuts, nommer le président, déposer le capital social et publier un avis de constitution dans un support habilité. Le dossier est ensuite transmis au guichet unique avec l’attestation de dépôt des fonds, l’attestation de parution, la déclaration des bénéficiaires effectifs et les justificatifs du président.
Choisir son statutChanger de statut juridique : les 6 transformations possibles et leur coûtL’article L. 227-1 du Code de commerce encadre la SASU. Un capital de 1 € est juridiquement admis, mais un montant trop faible réduit la capacité de financement et la crédibilité auprès des partenaires. Au moins la moitié des apports en numéraire doit être libérée à la constitution. Le solde doit l’être dans les cinq ans.
Les anciennes appellations restent employées dans la pratique : M0 pour la création, M2 pour une modification et M4 pour une cessation. Ces formulaires sont remplacés par les déclarations correspondantes du guichet unique.
Coût et délai d’une EI ou d’une SASU
| Poste | EI | SASU |
|---|---|---|
| Statuts | Aucun | Rédaction libre ou accompagnée |
| Capital social | Aucun | À partir de 1 € |
| Annonce légale | Aucune | Environ 140 € HT en métropole, selon le forfait 2026 applicable |
| Immatriculation et bénéficiaire effectif | Gratuite ou environ 25 € selon l’activité | Environ 55 € |
| Délai usuel sur dossier complet | 1 à 5 jours ouvrés | 3 à 10 jours ouvrés |
| Comptabilité annuelle au réel | Environ 1 000 € à 2 500 € | Environ 1 500 € à 3 500 € |
Les tarifs d’immatriculation et d’annonce légale évoluent par arrêté. Le coût total obligatoire d’une SASU constituée sans accompagnement se situe généralement entre 200 € et 300 €, hors capital. Un apport de capital n’est pas une dépense : la somme appartient à la société après l’immatriculation.
La SASU doit tenir une comptabilité commerciale, établir ses comptes annuels et les déposer au greffe. L’associé unique approuve les comptes dans les six mois suivant la clôture. Le dépôt intervient dans le mois suivant cette décision, ou dans les deux mois en cas de transmission électronique.
Pièges et cas particuliers à anticiper
Choisir la SASU uniquement pour les dividendes
Une stratégie sans salaire réduit la protection sociale du président. Aucun trimestre de retraite n’est validé au titre du mandat sans rémunération. Les dividendes ne sont versés qu’après la clôture, l’approbation des comptes et la constatation d’un bénéfice distribuable. Ils ne financent donc pas les dépenses personnelles mensuelles du dirigeant.
Ignorer les frais réels en micro-entreprise
Un consultant encaissant 70 000 € avec 5 000 € de frais conserve un profil favorable au régime micro. Un artisan réalisant le même chiffre d’affaires avec 30 000 € d’achats et de sous-traitance subit des cotisations sur 70 000 €, sans déduction des dépenses. Le réel devient alors plus cohérent, même avant le dépassement du plafond.
Confondre chiffre d’affaires et trésorerie disponible
Le chiffre d’affaires inclut les sommes facturées ou encaissées selon le régime applicable. Il ne correspond ni au bénéfice ni au revenu du dirigeant. La TVA collectée ne constitue pas une recette définitive. Les échéances d’URSSAF, d’IS, de TVA et de cotisation foncière des entreprises doivent rester provisionnées.
Négliger le maintien des allocations
Un président de SASU non rémunéré dispose souvent d’une lecture plus simple pour le maintien de l’allocation d’aide au retour à l’emploi, sous réserve des règles de France Travail. En EI, le revenu professionnel ou le chiffre d’affaires micro sert au calcul de l’activité non salariée. Le choix doit intégrer la durée des droits, la rémunération prévue et la date des premières distributions.
Préparer une entrée d’associé
L’EI n’a ni capital ni titres cessibles. Faire entrer un associé impose d’apporter ou de céder l’activité à une société. En SASU, l’émission ou la cession d’actions transforme directement la structure en SAS. Les statuts doivent alors organiser les droits de vote, les agréments et les conditions de sortie.
Ce qu’il faut retenir
- 83 600 € en services et 203 100 € en vente : plafonds micro 2026.
- L’EI est souvent adaptée lorsque le bénéfice est presque entièrement prélevé.
- La SASU applique un IS de 15 % jusqu’à 42 500 €, puis 25 %.
- Les dividendes de SASU supportent normalement une flat tax de 30 %.
- Compter 1 à 5 jours ouvrés pour une EI et 3 à 10 jours ouvrés pour une SASU.
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