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CDD, CDI, alternance ou intérim : le premier contrat selon le besoin

Portrait d’Élise GarnierPar Élise Garnier
Mis à jour le 8 novembre 2026 · 11 min de lecture

Un CDD coûte généralement 10 % de plus qu’un CDI au titre de la seule indemnité de fin de contrat, avant même les congés payés et les formalités de renouvellement. Pour un premier salarié, le bon choix dépend donc moins de la prudence du dirigeant que de la durée réelle du besoin, du niveau de qualification recherché et de la capacité à former.

CDD ou CDI premier salarié : choisir selon la durée réelle du besoin

Pour un besoin permanent, récurrent et lié à l’activité normale de l’entreprise, le CDI constitue le contrat adapté. Le CDD ne sert pas à tester durablement un poste ou à éviter les règles de rupture du CDI. L’article L. 1221-2 du Code du travail pose le CDI comme forme normale de la relation de travail.

Un CDD répond uniquement à une tâche précise et temporaire prévue par la loi : remplacement d’un salarié, accroissement temporaire d’activité, emploi saisonnier ou emploi d’usage dans certains secteurs. Les articles L. 1242-1 et L. 1242-2 du Code du travail interdisent son utilisation pour pourvoir durablement un emploi lié à l’activité habituelle.

La règle à retenir : un besoin durable appelle un CDI. Un besoin temporaire et objectivement justifiable autorise un CDD. L’alternance répond à un projet de qualification, tandis que l’intérim répond à un besoin bref dont la gestion administrative est confiée à une entreprise de travail temporaire.

Contrat Besoin adapté Durée Point de vigilance
CDI Poste permanent, croissance régulière, fonction indispensable Sans terme Anticiper le coût mensuel et les règles de rupture
CDD Remplacement, pic temporaire, saison Souvent jusqu’à 18 mois selon le motif Motif légal précis et contrat écrit
Alternance Compétence à construire avec un parcours de formation En principe de 6 mois à 3 ans en apprentissage Temps du maître d’apprentissage ou du tuteur
Intérim Renfort immédiat, mission courte, remplacement urgent Liée à la mission Facturation plus élevée et encadrement du motif

Qualifier le poste avant de signer le premier contrat

Le CDI pour une fonction récurrente

Le CDI correspond à un poste nécessaire chaque semaine : administration des ventes, production, accueil, développement commercial ou suivi des clients. Une charge de travail installée depuis plusieurs mois, financée par des commandes récurrentes, caractérise généralement un besoin durable.

Le CDI sécurise aussi le recrutement. Un candidat qualifié accepte plus facilement un emploi stable. L’entreprise conserve la possibilité de prévoir une période d’essai. Sa durée initiale maximale est de 2 mois pour un ouvrier ou un employé, 3 mois pour un technicien ou agent de maîtrise et 4 mois pour un cadre, conformément à l’article L. 1221-19 du Code du travail. Le renouvellement n’est admis qu’une fois, si un accord de branche étendu l’autorise et si le contrat le prévoit.

Le CDD pour un motif temporaire démontrable

Le motif doit être réel à la date de l’embauche et formulé avec précision. La mention générale « surcroît d’activité » reste fragile sans commandes exceptionnelles, opération ponctuelle ou variation mesurable de la charge de travail. Pour un remplacement, le contrat identifie le salarié absent et sa qualification.

La durée maximale d’un CDD est souvent de 18 mois, renouvellements inclus, mais plusieurs régimes particuliers existent. Une convention ou un accord de branche fixe parfois une autre durée. À défaut de disposition conventionnelle, le renouvellement est limité à deux fois par l’article L. 1243-13.

La période d’essai d’un CDD est plafonnée à un jour par semaine de contrat, dans la limite de 2 semaines lorsque la durée ne dépasse pas 6 mois et d’un mois au-delà. Pour un contrat sans terme précis, le calcul repose sur la durée minimale prévue.

L’alternance pour former une compétence durable

Le contrat d’apprentissage associe travail et formation diplômante ou certifiante. Il concerne en principe les personnes de 16 à 29 ans révolus, avec des dérogations. Sa rémunération minimale varie selon l’âge et l’année d’exécution. Elle s’étend généralement de 27 % à 100 % du SMIC, ou du salaire minimum conventionnel lorsqu’il est plus favorable dans les cas prévus.

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Le contrat de professionnalisation vise notamment les jeunes de 16 à 25 ans et certains demandeurs d’emploi de 26 ans ou plus. Sa rémunération minimale varie selon l’âge et le niveau de qualification, souvent entre 55 % et 100 % du SMIC. L’alternance n’est pas une main-d’œuvre immédiatement autonome. Le planning doit intégrer les périodes en centre de formation, l’accompagnement et le suivi pédagogique.

L’intérim pour une urgence courte

En intérim, l’agence reste l’employeur. L’entreprise utilisatrice signe un contrat de mise à disposition et encadre la mission au quotidien. Les cas de recours restent proches de ceux du CDD : remplacement, accroissement temporaire ou emploi saisonnier. L’intérim réduit le délai administratif, mais ne permet pas davantage de couvrir un poste permanent.

Embaucher un premier salarié dans l’ordre des formalités

Vérifier le budget, la convention collective et le statut du poste

Le budget doit intégrer le salaire brut, les cotisations patronales, la mutuelle, la prévoyance prévue par la convention collective, le matériel, les titres-restaurant éventuels, les frais de transport et le coût du service de prévention et de santé au travail. Le code APE attribué par l’INSEE ne détermine pas seul la convention collective. L’activité principale réellement exercée reste le critère central.

Le niveau de classification, le coefficient et le salaire minimum conventionnel sont contrôlés avant de fixer la rémunération. Le salaire versé ne peut être inférieur ni au SMIC en vigueur à la date de paie ni au minimum conventionnel applicable.

Rédiger et remettre le contrat

Un CDI à temps plein n’exige pas toujours un écrit selon la loi, mais un document signé protège les deux parties. Il fixe la fonction, la rémunération, le lieu de travail, la durée du travail, la période d’essai, la convention collective et les clauses utiles.

Le CDD doit obligatoirement être écrit et comporter le motif précis, le terme ou la durée minimale, le poste, la rémunération et les autres mentions imposées par l’article L. 1242-12. Il est transmis au salarié au plus tard dans les deux jours ouvrables suivant l’embauche. Ce délai légal se compte en jours ouvrables, et non en jours ouvrés.

Effectuer la DPAE avant la prise de poste

La déclaration préalable à l’embauche est transmise à l’URSSAF au plus tôt 8 jours avant l’embauche et impérativement avant la mise au travail. Elle mentionne notamment l’identité du salarié, la date et l’heure d’embauche, la nature du contrat et la durée de la période d’essai.

Le salarié est ensuite inscrit au registre unique du personnel. L’entreprise adhère à un service de prévention et de santé au travail et organise la visite d’information et de prévention, en principe dans les 3 mois suivant la prise de poste. Une visite préalable s’applique aux postes soumis à un suivi individuel renforcé.

Mettre en place la paie et la protection collective

Dès le premier salarié, l’employeur établit un bulletin de paie et transmet une déclaration sociale nominative chaque mois. La DSN est généralement exigible le 5 ou le 15 du mois suivant, selon l’effectif et la date de versement des salaires.

L’employeur finance au moins 50 % de la cotisation de mutuelle collective, sauf dispense valable du salarié. Il rédige également le document unique d’évaluation des risques professionnels dès la première embauche, conformément à l’article L. 4121-3-1 du Code du travail. Les consignes de sécurité, le suivi du temps de travail et les informations obligatoires doivent être opérationnels dès le premier jour.

Coût et délai d’un CDI, d’un CDD, d’une alternance ou d’un intérim

Pour un salaire classique, les cotisations patronales représentent souvent 35 % à 45 % du brut avant réduction générale, selon la rémunération, le statut, la convention collective et les contributions applicables. Les allègements réduisent sensiblement le coût des salaires proches du SMIC. Une simulation de paie reste nécessaire avant toute promesse d’embauche.

Solution Coût spécifique Délai réaliste de mise en place
CDI Salaire brut, charges, avantages et équipements Environ 5 à 15 jours ouvrés hors recherche du candidat
CDD Indemnité de fin de contrat de 10 % et congés payés non pris Environ 3 à 10 jours ouvrés
Alternance Salaire minoré selon le barème, tutorat et reste à charge éventuel de formation Environ 15 à 30 jours ouvrés avec le centre de formation et l’OPCO
Intérim Facture comprenant salaire, charges, indemnités et marge de l’agence Parfois 1 à 5 jours ouvrés pour un profil disponible

Exemple chiffré pour une première embauche

Une SAS de conseil numérique située à Lyon réalise 180 000 € de chiffre d’affaires annuel. Elle souhaite recruter un assistant administratif à 2 400 € brut par mois. Pour comparer, retenons des cotisations patronales estimées à 42 %, hors réduction générale, mutuelle, transport et matériel.

Sur trois mois, un CDI représente 7 200 € de salaire brut et environ 3 024 € de cotisations patronales, soit 10 224 €. Les congés payés sont acquis et rémunérés lors de leur prise.

Pour un CDD de trois mois arrivant normalement à son terme, le salaire brut atteint 7 200 €. L’indemnité de fin de contrat de 10 % représente 720 €. Si aucun congé n’a été pris, l’indemnité compensatrice de congés payés, calculée ici à 10 % des rémunérations concernées, atteint environ 792 €. Le brut total soumis à cotisations s’élève alors à 8 712 €. Avec l’hypothèse de 42 % de charges, le coût approche 12 371 €, soit 2 147 € de plus que le CDI sur la période.

Pour une mission d’intérim comparable, un coefficient de facturation indicatif de 1,9 appliqué au salaire brut conduirait à environ 4 560 € hors taxes par mois. Le coefficient réel dépend du profil, de la durée, du secteur, des risques du poste et du délai de recrutement. La TVA figurant sur la facture suit les règles habituelles de déduction de l’entreprise.

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Les aides à l’alternance évoluent selon la date de signature, la taille de l’employeur, le diplôme préparé et le profil recruté. Le budget 2026 doit être calculé sans intégrer une aide tant que son éligibilité et son montant n’ont pas été confirmés pour le contrat concerné.

Éviter la requalification, les surcoûts et les ruptures irrégulières

Ne pas utiliser le CDD comme période d’observation

Un CDD sans motif légal précis risque une requalification en CDI par le conseil de prud’hommes. L’employeur s’expose alors à une indemnité de requalification au moins égale à un mois de salaire, en plus des conséquences liées à une éventuelle rupture considérée comme un licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Entre deux CDD successifs sur le même poste, un délai de carence s’applique en principe. À défaut de règle conventionnelle différente, il correspond au tiers de la durée du contrat achevé lorsque celle-ci atteint au moins 14 jours, et à la moitié pour une durée inférieure. Des exceptions existent, notamment pour certains remplacements et travaux urgents de sécurité.

Prévoir les conditions de rupture dès l’embauche

Le CDI peut prendre fin par démission, licenciement, rupture conventionnelle ou accord entre les parties selon le dispositif retenu. Chaque mode impose sa procédure, ses délais et ses indemnités. La fin de la période d’essai exige également un délai de prévenance.

Le CDD ne se rompt avant son terme que dans des situations encadrées : accord des parties, faute grave, force majeure, inaptitude ou embauche du salarié en CDI. Une rupture patronale hors de ces cas expose au paiement des rémunérations restant dues jusqu’au terme prévu.

Contrôler les exonérations annoncées

Le coût d’une alternance ne se résume pas au salaire versé. L’entreprise vérifie la prise en charge du coût pédagogique par l’OPCO, le reste à charge, les conditions de l’aide à l’embauche et le calendrier de versement. Le contrat doit être transmis à l’OPCO dans les 5 jours ouvrables suivant le début de son exécution.

Pour un premier recrutement, une trésorerie couvrant au moins trois mois de salaire chargé limite le risque de tension. Avec un coût employeur mensuel de 3 400 €, la réserve dédiée atteint ainsi environ 10 200 €, hors indemnités de rupture, équipement et frais de recrutement.

Ce qu’il faut retenir

  • Un besoin permanent relève du CDI, forme normale prévue par l’article L. 1221-2.
  • Un CDD exige un motif temporaire précis et entraîne généralement une indemnité de fin de contrat de 10 %.
  • La DPAE est envoyée au plus tôt 8 jours avant l’embauche et toujours avant la prise de poste.
  • Les cotisations patronales représentent souvent 35 % à 45 % du salaire brut avant allègements.
  • Une trésorerie couvrant au moins 3 mois de coût employeur sécurise la première embauche.

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