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Créer une holding : par apport ou par rachat, étapes et coûts

Portrait de Corentin RicardPar Corentin Ricard
Mis à jour le 21 septembre 2026 · 11 min de lecture

Le régime mère-fille exonère sous conditions 95 % des dividendes reçus par une holding, mais le choix entre apport et rachat détermine la fiscalité immédiate, le financement et les risques de l’opération. Une structure cohérente suppose donc d’arbitrer avant l’immatriculation.

Créer une holding par apport ou par rachat : quelle méthode choisir ?

Pour créer une holding, deux montages dominent. L’apport consiste à transférer les titres d’une société existante à une holding en échange de titres nouvellement émis. Le rachat consiste à constituer la holding, généralement avec un apport en numéraire, puis à lui faire acheter les titres de la société cible.

L’apport convient lorsqu’un dirigeant souhaite réorganiser son patrimoine professionnel sans encaisser immédiatement le prix de ses titres. La plus-value relève alors, sous conditions, du report d’imposition prévu par l’article 150-0 B ter du CGI lorsque l’apporteur contrôle la holding après l’opération.

Le rachat convient lorsque le cédant veut percevoir un prix de vente ou lorsqu’un repreneur finance l’acquisition grâce à un emprunt contracté par la holding. La plus-value du vendeur devient immédiatement imposable. Pour une personne physique relevant du prélèvement forfaitaire unique, la taxation atteint en principe 30 %, soit 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux.

Critère Holding par apport Holding par rachat
Contrepartie reçue Titres de la holding Prix de vente
Liquidité immédiate Non, sauf soulte limitée Oui
Fiscalité de la plus-value Report ou sursis sous conditions Imposition immédiate
Financement bancaire Pas nécessaire pour l’apport seul Fréquent
Coût spécifique Commissaire aux apports Droits d’enregistrement et financement
Usage courant Réorganisation patrimoniale, transmission, réinvestissement Reprise d’entreprise, LBO, sortie d’un associé

La règle à retenir : l’apport échange des titres contre des titres et diffère généralement l’impôt, tandis que le rachat verse un prix au vendeur et déclenche immédiatement la fiscalité de la cession.

Préparer la création de la holding et valoriser les titres

La première décision porte sur la forme sociale. Une SAS ou une SASU offre une grande liberté statutaire, facilite l’entrée d’investisseurs et permet d’organiser plusieurs catégories d’actions. Une SARL ou une EURL encadre davantage les pouvoirs, les cessions de parts et les majorités. Le capital minimal légal est de 1 € pour ces formes, mais un capital symbolique affaiblit le dossier bancaire.

L’objet social doit couvrir la détention de participations, leur acquisition, leur gestion et leur cession. Une holding animatrice ajoute la participation active à la conduite de la politique du groupe ainsi que les prestations administratives, financières, commerciales ou stratégiques rendues aux filiales. Ces services doivent être réels, documentés et facturés à un prix cohérent.

Avant tout apport ou rachat, les titres de la société cible doivent être valorisés. L’analyse combine généralement la rentabilité, l’endettement, la trésorerie, les actifs, les perspectives commerciales et les transactions comparables. Une valeur artificiellement basse expose à un redressement pour insuffisance de prix. Une valeur excessive fragilise le financement et le rapport du commissaire aux apports.

Choisir son statutSAS ou SARL : les 9 différences qui comptent quand on est plusieurs

Les statuts de la société cible doivent aussi être relus. Une clause d’agrément, de préemption ou d’inaliénabilité impose une procédure préalable. Dans une SARL, la cession à un tiers relève notamment de l’agrément prévu par l’article L. 223-14 du Code de commerce. Les pactes d’associés et contrats bancaires contiennent souvent des clauses de changement de contrôle.

Créer une holding par apport de titres

Faire évaluer l’apport

Le dirigeant signe un traité d’apport décrivant les titres transmis, leur valeur, la méthode d’évaluation et le nombre de titres de holding reçus. L’apport constitue tout ou partie du capital social de la nouvelle structure.

Un commissaire aux apports apprécie la valeur retenue. Dans une SAS, l’article L. 227-1 du Code de commerce permet une dispense lorsque chaque apport en nature ne dépasse pas 30 000 € et que leur valeur totale ne représente pas plus de la moitié du capital. Les associés doivent décider cette dispense à l’unanimité. Une règle comparable existe pour la SARL à l’article L. 223-9. Un apport de titres de PME dépasse fréquemment ces seuils.

Signer les statuts et déposer la formalité

Le rapport du commissaire est annexé aux statuts. Après signature, la société publie un avis de constitution et dépose son dossier sur le guichet unique géré par l’INPI. Le dossier comprend notamment les statuts, le justificatif du siège, l’attestation de parution, l’identité du dirigeant, la déclaration de non-condamnation, le rapport d’apport et la déclaration des bénéficiaires effectifs.

Le formulaire papier M0 n’est plus utilisé pour une création : ses informations sont saisies dans la formalité électronique. Les équivalents des anciens formulaires M2 et M4 concernent respectivement les modifications et la cessation. Après validation, la holding reçoit son numéro Siren, son inscription au RNE et, pour une activité commerciale, son immatriculation au RCS.

Sécuriser le report d’imposition

Lorsque l’apporteur contrôle la holding, l’article 150-0 B ter du CGI place la plus-value en report d’imposition. Le contrôle résulte notamment de la majorité des droits de vote ou des droits aux bénéfices. Une soulte reste admise si elle ne dépasse pas 10 % de la valeur nominale des titres reçus, mais sa fiscalité demande une analyse distincte.

Si la holding revend les titres apportés dans les trois ans, le report n’est maintenu que si elle réinvestit au moins 60 % du prix de cession dans les deux ans dans des activités économiques ou supports éligibles. La gestion d’un simple portefeuille financier ne remplit pas cette condition. Après trois ans, la cession par la holding n’impose pas cette obligation de réinvestissement pour conserver le report.

Créer une holding par rachat des titres

Constituer la holding et organiser le financement

La holding est d’abord constituée avec des apports en numéraire. Elle négocie ensuite le prix, les garanties d’actif et de passif, les conditions suspensives et le financement de l’acquisition. Le financement associe souvent capital, compte courant d’associé, crédit bancaire et crédit-vendeur.

La banque examine la capacité de la filiale à distribuer des dividendes sans affaiblir son exploitation. Une distribution suppose des bénéfices distribuables et une décision régulière des associés conformément à l’article L. 232-11 du Code de commerce. Les flux prévisionnels doivent intégrer l’impôt sur les sociétés, les investissements, le besoin en fonds de roulement et les échéances de dette.

Signer la cession et enregistrer l’acte

Après levée des conditions suspensives, la holding signe l’acte de cession et paie le prix. Les droits d’enregistrement prévus par l’article 726 du CGI sont de 0,1 % pour les actions de SAS ou de SA. Pour les parts de SARL, ils atteignent 3 % après un abattement global de 23 000 €, réparti selon la proportion de parts cédées. Le taux passe à 5 % pour les sociétés à prépondérance immobilière.

Exemple : une holding lyonnaise rachète 100 % d’Atelier Rhône SAS, entreprise de menuiserie réalisant 1,8 million d’euros de chiffre d’affaires. Le prix des actions est fixé à 1,2 million d’euros. Les droits d’enregistrement atteignent 1 200 €. Avec 300 000 € de fonds propres et 900 000 € empruntés à 5,5 %, la charge d’intérêts de la première année s’élève à environ 49 500 €, hors remboursement du capital et frais bancaires.

La société cible ne doit pas avancer les fonds, consentir un prêt ou fournir une sûreté en vue de l’achat de ses propres actions lorsque l’interdiction de l’article L. 225-216 du Code de commerce s’applique. Une convention contraire à l’intérêt de la filiale expose aussi les dirigeants à des risques civils, fiscaux et pénaux.

Coût et délai de création d’une holding en 2026

Une holding sans apport complexe ni accompagnement juridique représente un budget administratif limité. L’apport de titres ou le rachat financé augmente nettement le coût en raison de l’évaluation, de la documentation contractuelle et des audits.

Poste Montant indicatif 2026
Capital social À partir de 1 €, souvent 1 000 à 10 000 € en pratique
Annonce légale de constitution d’une SAS 197 € HT en métropole
Annonce légale de constitution d’une SASU 141 € HT en métropole
Annonce légale de constitution d’une SARL 147 € HT en métropole
Annonce légale de constitution d’une EURL 123 € HT en métropole
Immatriculation et bénéficiaires effectifs Environ 60 €
Commissaire aux apports 1 500 à 4 000 € HT
Rédaction juridique et fiscale du montage 1 000 à 4 000 € HT selon la complexité
Audit d’acquisition 3 000 à 15 000 € HT pour une PME
Frais de financement Environ 0,5 % à 1,5 % du montant emprunté

Les forfaits d’annonces légales varient dans certains départements d’outre-mer. Les tarifs applicables sont ceux en vigueur à la date de publication. Le capital déposé reste la propriété de la société : il ne constitue pas une charge, contrairement aux honoraires et frais de formalité.

Une immatriculation complète prend généralement 3 à 7 jours ouvrés après le dépôt d’un dossier conforme. Une création avec apport de titres demande souvent 10 à 20 jours ouvrés, notamment pour la mission du commissaire. Un rachat avec financement bancaire s’étale plutôt sur 20 à 60 jours ouvrés, hors négociations longues ou autorisations réglementaires.

Fiscalité, dividendes et pièges à anticiper

Régime mère-fille et intégration fiscale

Le régime mère-fille des articles 145 et 216 du CGI s’applique notamment lorsque la holding soumise à l’IS détient au moins 5 % du capital de sa filiale et conserve les titres pendant deux ans. Les dividendes sont exonérés à 95 %. Une quote-part de frais et charges de 5 % reste taxable.

Choisir son statutSASU ou EURL : le comparatif chiffré sur la protection sociale et l’impôt

Dans l’exemple d’Atelier Rhône, un dividende de 220 000 € entraîne une quote-part taxable de 11 000 €. Au taux normal d’IS de 25 %, l’impôt correspondant atteint 2 750 €. La holding conserve 217 250 € avant ses propres charges et le remboursement de la dette.

L’intégration fiscale prévue par les articles 223 A et suivants du CGI exige en principe une détention d’au moins 95 %, des exercices concordants et une option formelle. Elle permet de compenser certains résultats du groupe. Le taux réduit d’IS de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice suppose notamment un chiffre d’affaires inférieur ou égal à 10 millions d’euros et le respect des conditions relatives à la détention du capital. Au-delà, le taux est de 25 %.

Déduction des intérêts et réalité des prestations

Les intérêts d’emprunt doivent répondre à l’intérêt de la holding et respecter les règles de taux, de sous-capitalisation et de limitation des charges financières. L’article 212 bis du CGI plafonne notamment la déduction des charges financières nettes au montant le plus élevé entre 3 millions d’euros et 30 % de l’EBITDA fiscal, avec des restrictions renforcées pour les structures sous-capitalisées.

Les management fees ne remplacent pas artificiellement les dividendes. Chaque facture doit correspondre à des prestations identifiables, prévues par une convention et distinctes des fonctions normalement exercées par les dirigeants de la filiale. Une holding passive, limitée à la perception de dividendes, reste hors du champ de la TVA pour cette activité. Une holding qui facture des prestations soumises à TVA dépose des déclarations CA3 selon son régime. Elle dépose également chaque année une déclaration de résultats 2065 lorsqu’elle relève de l’IS. Le régime fiscal de la micro-entreprise n’est pas adapté à la détention de participations par une société holding.

Ne pas confondre trésorerie et bénéfice distribuable

La présence de liquidités dans la filiale ne garantit pas leur remontée. Les pertes antérieures, la réserve légale, les covenants bancaires et les besoins d’exploitation réduisent le montant distribuable. Un montage de rachat fondé sur des dividendes trop élevés expose la holding à un défaut de paiement, même lorsque la filiale affiche un chiffre d’affaires en croissance.

Lors d’un apport, la vente rapide des titres par la holding doit être planifiée avant l’opération. Dans l’exemple d’une valeur apportée de 1,2 million d’euros puis revendue dans les trois ans, le maintien du report d’imposition exige un réinvestissement éligible d’au moins 720 000 € dans le délai de deux ans. Les justificatifs de remploi et le suivi de la plus-value en report doivent être conservés.

Ce qu’il faut retenir

  • L’apport place généralement la plus-value en report sous l’article 150-0 B ter du CGI.
  • Une revente dans les 3 ans impose un réinvestissement éligible de 60 % sous 2 ans.
  • Le rachat déclenche des droits de 0,1 % sur les actions ou de 3 % sur les parts après abattement.
  • Le régime mère-fille exonère 95 % des dividendes sous conditions.
  • Le délai usuel varie de 10 à 20 jours ouvrés pour un apport et de 20 à 60 jours pour un rachat financé.

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