Une entreprise qui exploite deux adresses conserve un seul numéro SIREN, mais reçoit un numéro SIRET distinct pour chaque établissement. Cette organisation permet d’étendre une activité dans une nouvelle ville sans créer une seconde société, à condition de déclarer l’ouverture et d’organiser sa fiscalité locale.
Ouvrir un deuxième établissement sans créer une nouvelle entreprise
Pour ouvrir un deuxième établissement, l’entreprise doit déclarer une nouvelle implantation au guichet unique des formalités. L’établissement secondaire appartient à la même personne morale ou au même entrepreneur individuel. Il ne possède donc ni capital social, ni patrimoine, ni résultat fiscal autonome.
L’entreprise conserve son numéro SIREN à 9 chiffres. L’INSEE attribue au nouvel établissement un numéro SIRET à 14 chiffres, composé du SIREN et d’un NIC propre à l’adresse. L’extrait Kbis de la société est ensuite actualisé. Une immatriculation secondaire au registre du commerce et des sociétés est réalisée lorsque l’établissement dépend d’un autre greffe.
Selon l’article R. 123-40 du Code de commerce, un établissement secondaire est un établissement permanent, distinct du siège social ou de l’établissement principal, dirigé par l’assujetti, un préposé ou une personne ayant le pouvoir de créer des rapports juridiques avec les tiers.
Le caractère permanent distingue l’établissement secondaire d’un chantier ponctuel, d’un bureau temporaire ou d’un simple espace de stockage sans activité propre. Un magasin, une agence commerciale, un atelier ou un restaurant exploité durablement répond généralement à cette définition.

Établissement secondaire, succursale et filiale
Une succursale constitue, en pratique, une forme d’établissement secondaire disposant d’une autonomie opérationnelle. Elle reste juridiquement rattachée à l’entreprise. La filiale est différente : elle possède sa propre personnalité morale, son SIREN, sa comptabilité, ses contrats et ses déclarations fiscales.
| Structure | Personnalité morale | SIREN | Fiscalité | Responsabilité |
|---|---|---|---|---|
| Établissement secondaire | Non | Identique à l’entreprise | Résultat global | Supportée par l’entreprise |
| Succursale | Non | Identique à l’entreprise | Résultat global | Supportée par l’entreprise |
| Filiale | Oui | Nouveau SIREN | Déclarations propres | Limitée selon sa forme juridique |
L’établissement secondaire convient lorsqu’une direction centralisée, une trésorerie commune et une comptabilité unique sont recherchées. Une filiale répond davantage à une volonté d’isoler les risques, d’accueillir des associés locaux ou de préparer une cession séparée.
Les formalités d’ouverture dans l’ordre
1. Vérifier la décision interne et l’activité déclarée
L’ouverture relève généralement d’une décision du dirigeant. Une assemblée n’est pas requise lorsque les statuts n’imposent aucune autorisation et que l’objet social couvre l’activité exercée. Un procès-verbal interne reste utile pour fixer l’adresse, la date d’ouverture, le budget et les pouvoirs du responsable local.
Si la nouvelle activité sort de l’objet social, celui-ci doit être modifié avant son lancement. La procédure comprend alors une décision collective, la mise à jour des statuts, une annonce légale et une formalité de modification. L’ouverture d’un établissement ne transfère pas le siège social : les deux opérations doivent être distinguées.
2. Sécuriser le droit d’occuper les locaux
L’entreprise doit disposer d’un justificatif d’occupation : bail commercial, contrat de domiciliation autorisé, titre de propriété, convention de mise à disposition ou contrat de location-gérance. Le bail doit autoriser précisément l’activité. Une clause de destination limitée expose le locataire à une contestation du bailleur.
Les règles relatives aux établissements recevant du public, à l’accessibilité, à la sécurité incendie, à l’urbanisme et aux enseignes doivent être contrôlées avant les travaux. Une activité réglementée exige également les diplômes, licences ou autorisations correspondants.
3. Déclarer l’établissement au guichet unique
La formalité est déposée sur le guichet unique géré par l’INPI, en principe dans le mois précédant ou suivant l’ouverture. Pour une société, il s’agit d’une modification d’entreprise. L’ancien formulaire papier M2 n’est plus transmis au greffe, mais ses informations sont reprises dans le parcours numérique. Le formulaire M0 concerne historiquement la création et le M4 la radiation définitive, non l’ajout d’un établissement.
DévelopperFranchise : définition, fonctionnement et différences avec la licence de marqueLe dossier indique notamment l’adresse, la date de début d’activité, l’activité exercée, l’origine du fonds, le nom commercial, l’effectif salarié et l’identité du responsable local. Il faut joindre le justificatif des locaux, un pouvoir si le dépôt est confié à un mandataire et, selon l’activité, l’autorisation professionnelle.
Le guichet transmet les données au registre national des entreprises, à l’INSEE, au greffe, à l’administration fiscale et aux organismes sociaux. Après validation, l’entreprise reçoit le SIRET du site et un extrait Kbis actualisé. La déclaration des bénéficiaires effectifs n’est pas renouvelée si leur identité et les modalités de contrôle demeurent inchangées.
Fiscalité d’un établissement secondaire
Impôt sur les bénéfices et TVA
Le deuxième établissement ne dépose pas sa propre liasse fiscale. Une société soumise à l’impôt sur les sociétés additionne les produits et les charges de tous ses sites dans une seule comptabilité. Elle dépose une déclaration 2065 pour son résultat global.
Le taux normal de l’IS est de 25 %. Le taux réduit de 15 % s’applique jusqu’à 42 500 € de bénéfice lorsque le chiffre d’affaires hors taxes reste inférieur ou égal à 10 millions d’euros, que le capital est entièrement libéré et qu’au moins 75 % de celui-ci est détenu par des personnes physiques ou des sociétés répondant aux mêmes conditions. Ces règles résultent de l’article 219 du CGI.
La TVA est également centralisée sous le numéro fiscal de l’entreprise. Une société au régime réel normal dépose une déclaration CA3 regroupant les opérations de tous ses établissements. Les factures doivent toutefois mentionner l’adresse opérationnelle pertinente et permettre d’identifier le vendeur juridiquement responsable.
La création du site ne déclenche aucune taxation personnelle du dirigeant. La flat tax de 30 %, composée de 12,8 % d’impôt sur le revenu et de 17,2 % de prélèvements sociaux, intervient uniquement si des bénéfices sont ensuite distribués sous forme de dividendes à une personne physique relevant de ce régime.
CFE et fiscalité locale
La cotisation foncière des entreprises est établie dans chaque commune où l’entreprise dispose de locaux ou de terrains professionnels. Le nouvel établissement crée donc une base locale supplémentaire. Son montant dépend de la valeur locative, du taux voté par la collectivité et, le cas échéant, de la cotisation minimum applicable.
L’article 1478 du CGI prévoit une exonération de CFE pour l’année de création de l’établissement. La base d’imposition est réduite de moitié l’année suivante. Une déclaration initiale 1447-C-SD doit être adressée au service des impôts des entreprises avant le 31 décembre de l’année d’ouverture afin de faire valoir la situation des locaux et les exonérations éventuelles.
Exemple chiffré
Une SAS de conseil installée à Lyon réalise 900 000 € de chiffre d’affaires. Elle ouvre une agence à Lille le 1er avril 2026 et réalise un bénéfice global de 80 000 €, dont 22 000 € proviennent de Lille. Elle ne dépose qu’une seule déclaration 2065. Si elle remplit les conditions du taux réduit, son IS atteint 15 750 € : 6 375 € sur les premiers 42 500 €, puis 9 375 € sur les 37 500 € restants.
L’agence lilloise est exonérée de CFE au titre de 2026. Elle entre dans l’assiette locale à partir de 2027 avec une base réduite de 50 %. Les ventes et achats de Lille sont intégrés aux mêmes déclarations CA3 que ceux de Lyon.
Organiser les salariés, les contrats et la comptabilité
Les salariés affectés au nouveau site doivent être rattachés à son SIRET dans la déclaration sociale nominative. Avant la première embauche locale, l’établissement est enregistré auprès de l’URSSAF. La déclaration préalable à l’embauche reste exigée avant la prise de poste.
DévelopperLever des fonds : BSA-AIR, valorisation, dilution — ce que l’on signeUn transfert de salariés déjà employés exige l’examen du contrat de travail. Une clause de mobilité valable autorise certains changements de lieu dans sa zone géographique. En son absence, un déplacement qui modifie le secteur géographique constitue généralement une modification du contrat et requiert l’accord du salarié. La convention collective, les accords internes et les règles de représentation du personnel doivent aussi être contrôlés.
La comptabilité légale reste unique, mais une ventilation analytique par établissement apporte une lecture exploitable. Nous recommandons de séparer au minimum :
- le chiffre d’affaires et la marge brute de chaque site ;
- les loyers, assurances, salaires et dépenses d’énergie ;
- les investissements et amortissements rattachés aux locaux ;
- la TVA collectée et déductible par implantation ;
- la trésorerie consommée avant l’atteinte du seuil de rentabilité.
Les contrats conclus par l’établissement engagent directement l’entreprise. Les devis, factures, bons de commande et conditions générales doivent donc reprendre la dénomination sociale, la forme juridique, le capital pour une société, le SIREN, la mention RCS et l’adresse du siège. L’adresse et le SIRET du site peuvent être ajoutés pour identifier l’opération.
Coût et délai pour ouvrir le deuxième établissement
Une création de fonds sans modification des statuts reste une formalité modérée. En 2026, il faut budgéter environ 70 € de frais réglementés lorsque le nouvel établissement dépend du même greffe et environ 120 € lorsqu’une immatriculation secondaire auprès d’un autre greffe est nécessaire. Le montant généré par le guichet varie selon la forme juridique, l’origine du fonds et les actes associés.
| Opération | Budget 2026 | Délai courant |
|---|---|---|
| Ouverture dans le ressort du même greffe | Environ 70 € | 3 à 7 jours ouvrés |
| Ouverture dans le ressort d’un autre greffe | Environ 120 € | 5 à 10 jours ouvrés |
| Annonce légale pour une simple ouverture | 0 € | Aucun |
| Modification préalable de l’objet social | Environ 200 € de formalité, hors annonce | 7 à 15 jours ouvrés |
| Accompagnement par un professionnel | 300 à 1 000 € hors taxes | Selon le dossier |
Aucune annonce légale n’est requise pour la simple ouverture d’un établissement secondaire. Une publicité devient nécessaire si l’opération s’accompagne d’une modification statutaire, d’un transfert de siège ou de l’acquisition d’un fonds de commerce. Dans ce dernier cas, s’ajoutent les droits d’enregistrement, les publications et les formalités relatives aux créanciers.
Un dossier complet est souvent validé sous 3 à 10 jours ouvrés. Une activité réglementée, une pièce d’occupation imprécise ou une divergence entre l’objet social et l’activité allonge le traitement. Le lancement commercial ne doit pas dépendre d’un SIRET obtenu la veille : un dépôt anticipé réduit le risque de facturation ou d’embauche avec des données incomplètes.
Pièges et cas particuliers à anticiper
Micro-entrepreneur avec plusieurs établissements
Un micro-entrepreneur peut exploiter plusieurs établissements, mais il conserve une seule entreprise individuelle. Les chiffres d’affaires de toutes les adresses sont additionnés pour apprécier les plafonds du régime micro, les obligations de TVA et les cotisations sociales. La multiplication des SIRET ne multiplie jamais les seuils.
Achat ou location-gérance d’un fonds
Lorsque le site résulte de l’achat d’un fonds, le dossier ne se limite pas à une déclaration d’adresse. L’acte de cession, l’enregistrement fiscal, la publicité, le séquestre du prix et le droit d’opposition des créanciers doivent être intégrés au calendrier. En location-gérance, le contrat et les publicités associées accompagnent la formalité.
Adresse sans activité réelle
Une boîte aux lettres ou une domiciliation administrative ne constitue pas automatiquement un établissement secondaire. L’administration et le greffe examinent la permanence du site, les moyens humains ou matériels présents et la capacité à nouer des relations avec les tiers. Une qualification erronée entraîne une demande de régularisation.
Fermeture ou transfert du site
La fermeture fait l’objet d’une formalité de modification au guichet unique. Elle ne correspond pas à une dissolution de la société et ne requiert donc pas de formulaire M4. En cas de transfert, l’ancien établissement est fermé et la nouvelle adresse déclarée avec sa date de début d’activité. Les contrats, la CFE, la DSN, les assurances et les autorisations locales doivent suivre le même calendrier.
Ce qu’il faut retenir
- 1 SIREN est conservé, avec 1 nouveau SIRET par établissement.
- La déclaration intervient dans le mois précédant ou suivant l’ouverture.
- Le coût courant se situe autour de 70 à 120 €.
- Le délai de validation atteint généralement 3 à 10 jours ouvrés.
- La CFE est exonérée l’année d’ouverture, puis sa base est réduite de 50 % l’année suivante.
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