Le seuil à surveiller est de 10 000 € de chiffre d’affaires encaissé pendant deux années civiles consécutives. Une fois cette double condition remplie, les recettes et dépenses de la micro-entreprise doivent transiter par un compte séparé des opérations personnelles.
Compte bancaire auto entrepreneur : obligation dès 10 000 € pendant deux ans
En 2026, un micro-entrepreneur doit utiliser un compte bancaire dédié lorsque son chiffre d’affaires annuel dépasse 10 000 € pendant deux années civiles consécutives. Cette règle figure à l’article L. 613-10 du Code de la sécurité sociale.
Le compte dédié devient obligatoire après deux années civiles consécutives au cours desquelles le chiffre d’affaires encaissé a dépassé 10 000 €. Il ne doit pas obligatoirement s’agir d’un compte bancaire professionnel.
Un seul dépassement ne suffit donc pas. Un chiffre d’affaires de 12 000 € en 2025, suivi de 9 500 € en 2026, ne déclenche pas l’obligation. À l’inverse, des recettes de 10 800 € en 2024 puis de 14 000 € en 2025 imposent l’utilisation d’un compte dédié à partir de 2026.
Le texte vise un compte consacré à l’activité professionnelle. Une offre bancaire professionnelle n’est pas imposée par la loi. Un second compte courant classique suffit lorsque les conditions contractuelles de l’établissement autorisent son utilisation pour une activité indépendante. Certaines conventions de compte personnel interdisent cependant les opérations professionnelles régulières.
Le seuil de 10 000 € ne doit pas être confondu avec les plafonds du régime micro-entrepreneur ni avec les seuils de franchise en base de TVA. Il concerne uniquement la séparation bancaire des flux. Le dépassement n’entraîne ni sortie du régime micro, ni assujettissement automatique à la TVA.
Comment calculer le chiffre d’affaires retenu
Prendre les recettes encaissées sur l’année civile
Le calcul repose sur le chiffre d’affaires effectivement encaissé entre le 1er janvier et le 31 décembre. Une facture émise en décembre 2025 mais réglée en janvier 2026 entre dans le chiffre d’affaires de 2026. La date de facturation ne détermine pas l’année retenue.
Pour une activité soumise à la TVA, le seuil bancaire s’apprécie sur le chiffre d’affaires hors taxes déclaré dans le cadre du régime micro. Les charges professionnelles ne sont pas déduites. Un consultant qui encaisse 18 000 € et supporte 7 000 € de frais présente donc un chiffre d’affaires de 18 000 €, et non un résultat de 11 000 €.
Micro-entrepriseTVA en micro-entreprise : seuils 2026, franchise et dépassementLes remboursements de frais refacturés au client entrent normalement dans les recettes. Seuls les débours respectant toutes les conditions fiscales peuvent être écartés : mandat préalable du client, facture établie au nom du client, remboursement exact et justificatifs conservés.
Vérifier deux exercices consécutifs
| Chiffre d’affaires année N | Chiffre d’affaires année N+1 | Compte dédié en N+2 |
|---|---|---|
| 8 000 € | 14 000 € | Non |
| 10 000 € | 15 000 € | Non, car le seuil doit être dépassé |
| 10 001 € | 10 500 € | Oui |
| 22 000 € | 9 000 € | Non |
Le texte retient un chiffre d’affaires qui dépasse 10 000 €. Un montant exactement égal à 10 000 € ne constitue donc pas un dépassement. Les deux années doivent aussi se suivre sans interruption sous le seuil.
En présence de plusieurs activités au sein de la même micro-entreprise, les recettes sont additionnées. Un entrepreneur qui encaisse 7 000 € de ventes et 5 000 € de prestations atteint un chiffre d’affaires global de 12 000 €. Il ne dispose pas d’un seuil de 10 000 € pour chaque activité.
Exemple chiffré à Nantes
Une graphiste indépendante installée à Nantes encaisse 13 400 € en 2024, puis 18 600 € en 2025. Les deux années dépassent 10 000 €. Elle doit séparer ses opérations professionnelles à partir de 2026. Si elle encaissait seulement 9 800 € en 2025, aucune obligation légale ne naîtrait en 2026, même si son activité avait dépassé 10 000 € en 2024.
Ouvrir et utiliser le compte dédié dans le bon ordre

Choisir le type de compte adapté
Le micro-entrepreneur commence par vérifier la convention bancaire. Deux solutions sont possibles :
- ouvrir un second compte courant autorisant les opérations liées à une activité indépendante ;
- ouvrir un compte professionnel avec des services de gestion, d’encaissement ou de paiement adaptés.
Le compte doit être ouvert au nom de l’entrepreneur individuel. La mention entrepreneur individuel ou EI doit accompagner le nom sur les documents professionnels depuis le 15 mai 2022. Le micro-entrepreneur n’est pas une société : aucun dépôt de capital social, formulaire M0 ou passage au greffe n’est requis pour ouvrir ce compte.
Un commerçant est par ailleurs tenu de se faire ouvrir un compte auprès d’un établissement de crédit en application de l’article L. 123-24 du Code de commerce. Cette obligation générale ne signifie pas toujours que le compte doit être professionnel. La séparation prévue par l’article L. 613-10 devient, elle, applicable après le double dépassement de 10 000 €.
Préparer les justificatifs
L’établissement demande généralement une pièce d’identité, un justificatif de domicile, le numéro SIREN, un avis de situation au répertoire Sirene et, selon l’activité, un justificatif d’immatriculation au registre national des entreprises. Une pièce complémentaire relative à l’activité, au chiffre d’affaires attendu ou à l’origine des fonds peut être réclamée au titre des contrôles contre le blanchiment.
En cas de refus d’ouverture, la procédure de droit au compte prévue à l’article L. 312-1 du Code monétaire et financier permet de saisir la Banque de France. L’établissement qui refuse doit remettre une attestation de refus. Après réception d’un dossier complet, la Banque de France désigne un établissement, en principe sous 1 jour ouvré.
Transférer tous les flux professionnels
Une fois le compte opérationnel, son relevé d’identité bancaire doit être communiqué aux clients réguliers et aux organismes concernés. Les coordonnées utilisées pour les prélèvements de l’URSSAF, de la direction générale des finances publiques et, le cas échéant, de la TVA doivent être mises à jour.
Le compte dédié doit recevoir les paiements des clients et supporter les dépenses liées à l’activité :
- encaissement des factures et des ventes ;
- paiement des achats, abonnements, assurances et frais professionnels ;
- prélèvement des cotisations sociales et des impôts professionnels ;
- remboursement des emprunts affectés à l’activité ;
- transfert de la rémunération personnelle vers le compte privé.
Le micro-entrepreneur ne se verse pas un salaire au sens juridique. Il réalise un virement vers son compte personnel, avec un libellé identifiable. Les dépenses privées doivent rester hors du compte dédié afin de préserver une comptabilité lisible.
Coût et délai d’ouverture en 2026
Aucun tarif légal n’encadre le compte bancaire auto entrepreneur. Le coût dépend des moyens de paiement, des plafonds de virement, des commissions d’encaissement et de l’accès à un conseiller.
| Solution | Coût mensuel indicatif | Délai indicatif | Usage adapté |
|---|---|---|---|
| Second compte courant autorisé | 0 à 12 € | 1 à 7 jours ouvrés | Peu d’opérations, aucun besoin d’encaissement particulier |
| Offre professionnelle allégée | 7 à 20 € | 1 à 5 jours ouvrés | Virements, carte et suivi courant |
| Compte professionnel avec services étendus | 15 à 40 € | 3 à 10 jours ouvrés | Espèces, chèques, financement ou opérations nombreuses |
Des frais supplémentaires peuvent s’ajouter : carte bancaire, virements hors zone SEPA, retraits, dépôts d’espèces, commissions sur mouvements ou incidents de paiement. Le coût annuel se situe souvent entre 0 et 480 € pour une micro-entreprise sans besoin complexe.
Ces frais ne sont pas déductibles du chiffre d’affaires déclaré sous le régime micro. L’impôt repose sur le chiffre d’affaires après application d’un abattement forfaitaire, et non sur les dépenses réellement supportées. Un abonnement bancaire de 240 € par an ne réduit donc ni les cotisations sociales calculées par l’URSSAF ni la base déclarée comme chiffre d’affaires.
Micro-entrepriseArrêt maladie en micro-entreprise : indemnités journalières, conditions, calculL’ouverture doit être anticipée avant le début de l’année suivant le second dépassement. Aucun délai de grâce spécifique n’est prévu par l’article L. 613-10. Une demande déposée en décembre permet de recevoir les nouvelles coordonnées bancaires et de modifier les mandats avant les premiers encaissements de janvier.
Pièges, contrôles et cas particuliers
Confondre compte dédié et compte professionnel
L’erreur la plus courante consiste à croire qu’une offre portant la qualification professionnelle est toujours imposée. La loi exige une affectation séparée des mouvements, pas une catégorie commerciale précise. Toutefois, utiliser un compte personnel malgré une interdiction inscrite dans la convention expose à une clôture par l’établissement, après respect du préavis applicable.
Mélanger les dépenses privées et professionnelles
Un achat personnel ponctuel ne modifie pas automatiquement le statut fiscal. Il dégrade néanmoins la traçabilité. En cas de contrôle, chaque mouvement ambigu devra être expliqué. Les virements entre les deux comptes doivent porter un libellé précis, par exemple prélèvement personnel ou apport exploitant.
L’article L. 613-10 ne prévoit pas d’amende forfaitaire spécifique pour l’absence de compte dédié. Ce manquement ne provoque pas, à lui seul, une sortie automatique du régime micro. Il complique toutefois la justification du chiffre d’affaires, des encaissements en espèces et de l’origine des fonds. Une banque peut également refuser ou interrompre un usage professionnel non déclaré.
Gérer une création en cours d’année
Pour cette obligation bancaire, le seuil est apprécié sur les recettes de l’année civile. Le texte ne prévoit pas expressément de proratisation du seuil de 10 000 € en fonction du nombre de mois d’activité. Une activité créée en septembre et encaissant 11 000 € avant le 31 décembre réalise donc une première année supérieure au seuil. Une seconde année consécutive au-dessus de 10 000 € déclenchera l’obligation.
Conserver les preuves
Les relevés, factures et justificatifs doivent permettre de rapprocher les sommes encaissées des déclarations mensuelles ou trimestrielles adressées à l’URSSAF. Pour les commerçants, l’article L. 123-22 du Code de commerce fixe à 10 ans la durée de conservation des documents comptables. Une conservation bancaire et comptable sur cette durée sécurise les contrôles et les litiges.
Les paiements en espèces doivent aussi être enregistrés dans le livre des recettes, même s’ils ne sont pas immédiatement déposés en banque. Le livre doit mentionner la date, le montant, l’origine de la recette, le mode de règlement et la référence de la pièce justificative.
Ce qu’il faut retenir
- Le compte dédié devient obligatoire après 2 années consécutives au-dessus de 10 000 €.
- Un montant égal à 10 000 € ne constitue pas un dépassement.
- Un second compte courant suffit si son contrat autorise l’activité professionnelle.
- Le coût courant varie de 0 à 40 € par mois, sans déduction fiscale au régime micro.
- Les justificatifs comptables sont à conserver jusqu’à 10 ans.
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