Chaque parent peut transmettre à chaque enfant jusqu’à 100 000 € tous les 15 ans sans droits de donation, sous réserve des donations antérieures. En organisant la propriété d’un immeuble autour de parts sociales, la SCI familiale rend cette transmission progressive, divisible et plus simple à encadrer.
Créer une SCI familiale pour détenir et transmettre un patrimoine immobilier
Créer une SCI familiale consiste à constituer une société civile immobilière entre au moins deux membres d’une même famille. La société achète, détient ou gère un ou plusieurs immeubles. Chaque associé reçoit des parts sociales en contrepartie de son apport.
La SCI familiale n’est pas une forme juridique autonome. Elle relève des articles 1832 et 1845 et suivants du Code civil, comme toute société civile. Son caractère familial résulte uniquement du lien de parenté entre les associés.
Son intérêt principal tient à la dissociation entre l’immeuble et sa propriété juridique. Les associés ne détiennent pas directement une fraction du bâtiment. Ils détiennent des parts de la société propriétaire. Ces parts sont divisibles et transmissibles progressivement, contrairement à un immeuble détenu en indivision.
La règle à retenir : la SCI ne supprime ni les droits de donation ni l’impôt sur la plus-value. Elle fournit un cadre juridique pour organiser les pouvoirs, répartir les parts et transmettre le patrimoine par étapes.
Les statuts permettent notamment de nommer un gérant, de prévoir les décisions nécessitant l’accord des associés et de contrôler l’entrée d’un tiers. Au décès d’un associé, la société continue en principe avec ses héritiers, sous réserve des clauses d’agrément prévues par les statuts.

Vérifier les conditions et choisir les règles de fonctionnement
Réunir au moins deux associés
Une SCI doit compter au moins deux associés. Il peut s’agir de conjoints, partenaires de Pacs, parents, enfants, frères ou sœurs. Un mineur peut devenir associé. Il est alors représenté par ses représentants légaux. Certaines décisions graves, comme un emprunt exposant fortement son patrimoine, nécessitent une vigilance particulière et parfois l’autorisation du juge des tutelles.
Aucun capital social minimum n’est exigé. Un capital de 1 € reste légal, mais il offre peu de cohérence pour un projet immobilier financé par emprunt. Un capital adapté aux apports facilite la lecture économique du dossier par la banque et la répartition des parts.
Définir un objet strictement civil
L’objet social doit viser l’acquisition, l’administration, la gestion et, de manière occasionnelle, la vente d’immeubles. Une activité habituelle d’achat-revente relève d’une activité commerciale et non d’une SCI patrimoniale.
La location nue reste civile. La location meublée est commerciale sur le plan fiscal. Lorsqu’elle devient habituelle ou représente une part significative des recettes, elle entraîne en principe l’assujettissement de la SCI à l’impôt sur les sociétés. L’administration admet une tolérance lorsque les recettes commerciales accessoires ne dépassent pas 10 % des recettes totales.
Choisir entre capital fixe et capital variable
Le capital fixe impose une modification statutaire en cas d’augmentation ou de réduction. Le capital variable autorise les mouvements dans les limites d’un capital plancher et d’un capital plafond définis dans les statuts. Cette seconde formule assouplit les entrées et sorties, mais elle ne dispense pas de respecter les règles d’agrément.
Les étapes pour constituer la SCI familiale

1. Rédiger les statuts
Les statuts mentionnent la dénomination, l’objet, le siège social, la durée, le capital, les apports, la répartition des parts et les pouvoirs du gérant. La durée ne dépasse pas 99 ans. Une prorogation doit être décidée avant son expiration.
Créer sa sociétéEntreprise individuelle : le statut unique depuis 2022, expliqué de bout en boutLa rédaction doit aussi régler les situations familiales sensibles : divorce, décès, incapacité, retrait d’un associé, cession à un conjoint ou à un héritier. Une clause d’agrément mal calibrée bloque parfois une donation ou, à l’inverse, laisse entrer une personne non souhaitée.
Les apports en numéraire correspondent à des sommes d’argent. Les apports en nature portent notamment sur un immeuble. L’apport d’un bien immobilier impose un acte notarié et une publication au service de la publicité foncière. Des droits fiscaux et des émoluments s’ajoutent alors aux frais ordinaires de constitution.
2. Nommer le gérant et déposer le capital
Le gérant est désigné dans les statuts ou par un acte séparé. Il peut être associé ou non. Ses pouvoirs doivent être clairement définis. Une limitation statutaire reste généralement inopposable aux tiers, mais elle engage la responsabilité du gérant envers les associés lorsqu’elle n’est pas respectée.
Le dépôt du capital sur un compte bloqué n’est pas imposé aux sociétés civiles dans les mêmes conditions que pour une société commerciale. En pratique, les fonds doivent néanmoins être traçables et versés conformément aux statuts. La société ouvre ensuite un compte destiné à recevoir les loyers et à payer les charges.
3. Publier l’avis de constitution
Un avis doit paraître dans un support habilité à recevoir des annonces légales dans le département du siège. Il reprend notamment la dénomination, la forme, le capital, l’adresse, l’objet, la durée, l’identité du gérant et les règles de cession des parts. Une attestation de parution est remise pour l’immatriculation.
4. Déposer le dossier au guichet unique
La demande d’immatriculation est transmise au guichet unique géré par l’INPI. Elle remplace l’ancien formulaire papier M0. Les informations saisies correspondent toutefois aux rubriques historiques du M0 : identité de la société, activité, dirigeants, régime fiscal et établissement.
Le dossier comprend les statuts signés, l’acte de nomination du gérant s’il est séparé, l’attestation de parution, le justificatif du siège, la pièce d’identité du gérant et sa déclaration de non-condamnation avec filiation. Les bénéficiaires effectifs doivent également être déclarés. Il s’agit des personnes physiques détenant directement ou indirectement plus de 25 % du capital ou des droits de vote, ou exerçant un contrôle sur la société.
Après validation, la SCI reçoit un numéro Siren, un extrait d’immatriculation au registre national des entreprises et son inscription au registre du commerce et des sociétés.
Coût et délai de création d’une SCI familiale en 2026
| Dépense | Montant 2026 | Observation |
|---|---|---|
| Annonce légale de constitution | 191 € HT en métropole | Forfait porté à environ 223 € HT à La Réunion et à Mayotte |
| Immatriculation d’une société civile | 66,88 € TTC | Perçu lors du dépôt au guichet unique |
| Déclaration des bénéficiaires effectifs | 21,41 € TTC | Obligatoire dès la constitution |
| Rédaction des statuts | 0 à 2 500 € HT | Selon une rédaction autonome ou l’intervention d’un professionnel |
| Apport d’un immeuble | Variable | Acte notarié, publicité foncière et fiscalité éventuelle |
Hors accompagnement et hors apport immobilier, le budget obligatoire atteint environ 318 € TTC en métropole lorsque la TVA de l’annonce légale est incluse. Une SCI qui ne récupère pas la TVA supporte cette taxe comme un coût définitif.
Une constitution simple demande généralement 7 à 15 jours ouvrés à compter du dépôt d’un dossier complet. Une anomalie sur l’objet social, la déclaration des bénéficiaires effectifs ou le justificatif du siège entraîne une demande de régularisation. Le délai global passe alors fréquemment à trois ou quatre semaines.
Exemple : la SCI familiale Les Tilleuls, constituée à Bordeaux par deux parents et leurs deux enfants pour acheter un appartement loué nu, engage 229,20 € TTC d’annonce légale, 66,88 € d’immatriculation et 21,41 € pour les bénéficiaires effectifs. Son coût administratif atteint 317,49 € TTC, hors statuts et frais de financement.
Comment la SCI familiale facilite la transmission
Donner des parts plutôt qu’une fraction d’immeuble
La transmission s’effectue par donation de parts. Chaque parent bénéficie, pour chaque enfant, d’un abattement de 100 000 € renouvelable tous les 15 ans, selon l’article 779 du CGI. Un couple avec deux enfants dispose donc, sous réserve des donations déjà réalisées, d’une capacité d’abattement totale de 400 000 € sur une période de 15 ans.
La valeur taxable des parts correspond à la valeur réelle de l’actif, diminuée des dettes justifiées, puis répartie selon le nombre de parts. Une décote reste envisageable en raison de l’illiquidité des parts ou de clauses statutaires restrictives. Elle doit reposer sur une évaluation défendable. Une minoration automatique ou excessive expose à un redressement.
Associer donation et démembrement
Les parents peuvent donner la nue-propriété des parts tout en conservant l’usufruit. Ils gardent alors le droit aux revenus distribués, selon les statuts et les règles du démembrement. La valeur fiscale de la nue-propriété dépend de l’âge de l’usufruitier selon le barème de l’article 669 du CGI.
Créer sa sociétéStatuts de société : les 14 clauses à ne pas rater, avec les formulationsÀ 58 ans, l’usufruit fiscal vaut 50 % et la nue-propriété 50 %. Pour 200 000 € de parts données en nue-propriété, la base fiscale est donc de 100 000 €. Si un parent transmet cette nue-propriété à un enfant sans donation antérieure depuis 15 ans, l’abattement peut neutraliser les droits. Au décès de l’usufruitier, la réunion de l’usufruit et de la nue-propriété intervient en principe sans droits supplémentaires.
Éviter les blocages de l’indivision
Dans une indivision, certaines décisions exigent une majorité des deux tiers et d’autres l’unanimité. Chaque indivisaire conserve aussi le droit de demander le partage, conformément à l’article 815 du Code civil. Dans une SCI, les statuts organisent les majorités et confient la gestion courante au gérant. Un héritier reçoit des parts sans imposer automatiquement la vente de l’immeuble.
La donation-partage de parts permet également de figer les valeurs dans les conditions de l’article 1078 du Code civil lorsque les exigences légales sont respectées. Elle réduit le risque de contestation entre héritiers au moment de la succession.
Fiscalité, responsabilité et pièges à anticiper
Arbitrer entre impôt sur le revenu et impôt sur les sociétés
Par défaut, une SCI de location nue relève de l’impôt sur le revenu. Chaque associé déclare sa quote-part de résultat foncier, même si la trésorerie reste dans la société. Lors de la vente, le régime des plus-values immobilières des particuliers s’applique, avec une exonération d’impôt sur le revenu après 22 ans de détention et de prélèvements sociaux après 30 ans.
L’option pour l’impôt sur les sociétés permet d’amortir l’immeuble. Le bénéfice est taxé à 15 % jusqu’à 42 500 € lorsque les conditions du taux réduit sont réunies, puis à 25 %. Les dividendes versés aux associés personnes physiques supportent en principe le prélèvement forfaitaire unique de 30 %. À la revente, la plus-value est calculée sur la valeur nette comptable réduite par les amortissements, ce qui alourdit souvent l’imposition.
L’option pour l’IS peut être dénoncée jusqu’au cinquième exercice suivant celui au titre duquel elle a été exercée. Passé ce délai, elle devient irrévocable selon l’article 239 du CGI. La SCI dépose alors une déclaration annuelle 2065 et une liasse fiscale.
Mesurer la responsabilité des associés
Les associés répondent indéfiniment des dettes sociales à proportion de leur part dans le capital, en application de l’article 1857 du Code civil. Cette responsabilité n’est pas solidaire : un créancier doit d’abord poursuivre la SCI, puis réclamer à chaque associé sa quote-part. Un capital faible ne protège donc pas le patrimoine personnel.
Maintenir une gestion réelle et documentée
La SCI doit disposer d’un compte bancaire identifiable, conserver ses justificatifs, suivre les loyers et tenir une comptabilité adaptée. Le gérant rend compte de sa gestion au moins une fois par an aux associés, conformément à l’article 1856 du Code civil. Les décisions collectives sont consignées dans des procès-verbaux.
- Éviter le paiement des dépenses personnelles avec la trésorerie sociale.
- Formaliser les comptes courants d’associés et leurs remboursements.
- Faire voter les opérations dépassant les pouvoirs du gérant.
- Actualiser les bénéficiaires effectifs après une donation ou une cession.
- Vérifier les conséquences fiscales avant toute location meublée.
Le pacte Dutreil ne s’applique généralement pas à une SCI qui se limite à gérer son propre patrimoine immobilier. Par ailleurs, les parts d’une SCI immobilière entrent en principe dans l’assiette de l’impôt sur la fortune immobilière selon la fraction représentative des actifs immobiliers taxables.
Ce qu’il faut retenir
- Une SCI familiale exige au moins 2 associés et aucun capital minimum légal.
- Le coût administratif de base atteint environ 318 € TTC en métropole en 2026.
- Le délai d’immatriculation est généralement de 7 à 15 jours ouvrés.
- Chaque parent peut donner 100 000 € à chaque enfant tous les 15 ans sans droits, sous réserve des donations antérieures.
- À l’IS, le taux est de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice éligible, puis de 25 %.
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- Ligne 3 · Créer sa société — le terminus et toutes ses stations
- Le Coût de création — l’outil de la ligne



