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SCI à l’IS : amortir l’immeuble, mais payer la plus-value à la sortie

Portrait de Corentin RicardPar Corentin Ricard
Mis à jour le 11 décembre 2026 · 10 min de lecture

Une SCI soumise à l’IS bénéficie en 2026 du taux réduit de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice, sous conditions, tout en déduisant l’amortissement de l’immeuble. Cet avantage annuel réduit toutefois sa valeur nette comptable et augmente mécaniquement le bénéfice taxable lors de la revente.

SCI à l’IS : l’amortissement réduit l’impôt annuel, mais renchérit la sortie

Dans une SCI à l’IS, la construction inscrite à l’actif est amortie sur sa durée d’utilisation. Chaque annuité d’amortissement constitue une charge déductible, sans entraîner de décaissement. Elle diminue le résultat fiscal soumis à l’impôt sur les sociétés.

Le terrain n’est jamais amortissable. Son prix doit donc être séparé de celui de la construction dès l’entrée de l’immeuble dans la comptabilité. Le bâtiment est ensuite ventilé en composants : structure, toiture, installations techniques et agencements. Cette ventilation détermine le montant déduit chaque année.

À la vente, la logique s’inverse. La plus-value correspond à la différence entre le prix de cession et la valeur nette comptable, soit le prix d’origine diminué des amortissements pratiqués. Plus l’immeuble a été amorti, plus cette valeur est basse. Le gain taxable augmente donc avec le temps, même lorsque le prix de marché progresse peu.

La règle à retenir : l’amortissement procure une économie d’IS pendant la détention, mais les amortissements déduits augmentent indirectement le résultat taxable lors de la cession.

Cette plus-value relève du résultat ordinaire de la société. Elle ne bénéficie ni de l’abattement pour durée de détention applicable aux particuliers ni d’une exonération après 22 ou 30 ans. Elle est imposée au taux de 15 % sur les premiers 42 500 € de bénéfice éligible, puis à 25 %, conformément à l’article 219 du CGI.

Option pour l’IS et mise en place de l’amortissement

Une option fiscale à exercer dans un délai précis

Une SCI qui loue des immeubles nus relève normalement de l’impôt sur le revenu. Chaque associé déclare sa quote-part de revenus fonciers, même si la trésorerie reste dans la société. La SCI choisissant l’IS doit notifier son option au service des impôts des entreprises dont elle dépend, selon l’article 239 du CGI.

Pour produire effet sur un exercice, l’option doit être exercée avant la fin du troisième mois de cet exercice. Pour une SCI dont l’exercice coïncide avec l’année civile, la demande doit donc parvenir au SIE au plus tard le 31 mars. La démarche fiscale est gratuite. Elle ne nécessite ni formulaire M2 au guichet unique, ni annonce légale, ni formalité payante au greffe lorsque les statuts ne sont pas modifiés.

La société dispose d’un délai pour renoncer à l’option. La renonciation doit intervenir avant la fin du mois précédant la date limite de paiement du premier acompte d’IS du cinquième exercice suivant celui de l’option. Une fois ce délai passé, l’assujettissement à l’IS devient irrévocable.

Le passage d’une SCI existante de l’IR à l’IS

Le changement de régime fiscal entraîne en principe les conséquences d’une cessation d’entreprise au sens de l’article 202 ter du CGI. Les bénéfices non encore taxés et certaines plus-values latentes deviennent immédiatement imposables. Une atténuation existe lorsque les valeurs comptables ne sont pas modifiées et que leur imposition reste possible sous le nouveau régime.

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Réévaluer librement un immeuble au jour du passage à l’IS afin de créer une nouvelle base amortissable expose donc à une taxation immédiate. Le bilan d’ouverture doit être préparé à partir des actes d’acquisition, des travaux immobilisés et d’une ventilation justifiable entre terrain et construction.

Des durées d’amortissement adaptées aux composants

L’article 39 du CGI autorise la déduction des amortissements correspondant à la dépréciation effective des immobilisations. Les durées dépendent de l’usage réel du bâtiment et de chaque composant. À titre indicatif, la structure est souvent amortie sur 40 à 80 ans, la toiture sur 20 à 30 ans, les installations techniques sur 15 à 25 ans et les agencements sur 10 à 15 ans.

  • Terrain : aucune annuité d’amortissement.
  • Construction : amortissement par composants à compter de la mise en service.
  • Frais d’acquisition : comptabilisation en charges ou incorporation au coût de l’immobilisation selon l’option retenue.
  • Travaux : charge immédiate s’ils entretiennent l’existant, immobilisation s’ils augmentent sa valeur ou sa durée d’utilisation.
  • Intérêts d’emprunt : déductibles dans les limites prévues pour les charges financières.

Exemple chiffré d’une SCI immobilière à Lyon

Une SCI à l’IS loue des bureaux à Lyon. Elle achète un immeuble pour 500 000 €, hors frais d’acquisition. Une évaluation cohérente attribue 100 000 € au terrain et 400 000 € à la construction. Pour simplifier, le bâtiment est amorti sur 40 ans, soit une annuité de 10 000 €.

La société encaisse 36 000 € de loyers annuels. Les intérêts, assurances, frais de gestion, taxe foncière et autres charges déductibles atteignent 8 000 €. Son résultat avant amortissement s’élève à 28 000 €. Après déduction de l’annuité, le bénéfice imposable descend à 18 000 €.

Calcul annuel Sans amortissement Avec amortissement
Loyers 36 000 € 36 000 €
Charges décaissées 8 000 € 8 000 €
Amortissement 0 € 10 000 €
Résultat fiscal 28 000 € 18 000 €
IS à 15 % 4 200 € 2 700 €

Sous réserve de remplir les conditions du taux réduit, l’amortissement procure ici une économie annuelle d’IS de 1 500 €. La SCI conserve pourtant 25 300 € de trésorerie avant remboursement du capital de l’emprunt : 28 000 € de flux avant amortissement, diminués de 2 700 € d’IS.

Après dix ans, les amortissements cumulés atteignent 100 000 €. La valeur nette comptable de l’ensemble immobilier est alors de 400 000 € : 100 000 € pour le terrain et 300 000 € pour la construction. Si le bien est vendu 650 000 €, le résultat de cession atteint 250 000 €.

En supposant que la SCI n’a aucun autre résultat et conserve le bénéfice du taux réduit, l’IS atteint 6 375 € sur 42 500 €, puis 51 875 € sur les 207 500 € restants. La charge totale ressort à 58 250 €. Le résultat de cession après IS s’établit à 191 750 €.

Calcul de la plus-value et fiscalité des sommes versées aux associés

Une différence majeure avec la SCI à l’IR

À l’IR, la plus-value immobilière des particuliers est calculée à partir du prix d’acquisition corrigé des frais et de certains travaux. Elle supporte en principe 19 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, avant abattements. L’exonération d’impôt est acquise après 22 ans de détention et celle des prélèvements sociaux après 30 ans.

À l’IS, aucune distinction favorable n’est accordée selon la durée de détention pour la vente habituelle d’un immeuble. Le gain rejoint le résultat fiscal et supporte les taux ordinaires. Une détention de 25 ans réduit fortement la valeur nette comptable, ce qui rend souvent la facture de sortie plus lourde.

Point comparé SCI à l’IR SCI à l’IS
Amortissement fiscal de l’immeuble Non Oui, hors terrain
Imposition des loyers Chez les associés Dans la SCI
Base de la plus-value Prix fiscal d’acquisition Valeur nette comptable
Abattement pour durée de détention Oui Non
Taux sur le résultat Barème de l’IR et prélèvements sociaux 15 % sous conditions, puis 25 %
Distribution aux associés personnes physiques Sans seconde imposition du même revenu PFU de 30 % sur les dividendes

La seconde imposition lors de la distribution

Le paiement de l’IS ne rend pas automatiquement les fonds disponibles sans fiscalité pour les associés. Si le bénéfice net est distribué à des personnes physiques, les dividendes relèvent par défaut du prélèvement forfaitaire unique de 30 %, composé de 12,8 % d’impôt sur le revenu et de 17,2 % de prélèvements sociaux.

Dans l’exemple lyonnais, la distribution des 191 750 € de résultat net issu de la cession entraînerait un PFU de 57 525 €. L’imposition cumulée de la société et de l’associé atteindrait alors 115 775 €, hors fiscalité d’autres bénéfices et hors remboursement du capital social ou des comptes courants. Le remboursement d’un compte courant d’associé ne constitue pas un dividende lorsqu’il correspond à une dette réelle et correctement comptabilisée.

L’option globale pour le barème progressif reste possible pour les revenus mobiliers du foyer fiscal. Elle s’applique à l’ensemble des revenus concernés de l’année. Son intérêt dépend du taux marginal d’imposition et de la possibilité de bénéficier de l’abattement de 40 % sur les dividendes régulièrement décidés.

Coût, calendrier fiscal et obligations comptables

L’option pour l’IS ne supporte aucun droit d’enregistrement. Son principal coût réside dans la tenue d’une comptabilité commerciale complète : bilan, compte de résultat, journal, grand livre, fichier des écritures comptables et registre des immobilisations. Pour une SCI détenant un ou deux immeubles, les honoraires comptables se situent couramment entre 1 200 € et 3 000 € hors taxes par an, selon le nombre d’écritures, d’associés et de déclarations.

Créer sa sociétéPasser d’entreprise individuelle à société : apport ou cession du fonds

La SCI dépose chaque année une déclaration de résultat n° 2065 accompagnée de la liasse fiscale. Pour un exercice clos le 31 décembre, l’échéance intervient en principe le deuxième jour ouvré suivant le 1er mai, avec le délai supplémentaire applicable aux téléprocédures. Les acomptes d’IS sont normalement versés les 15 mars, 15 juin, 15 septembre et 15 décembre. Aucun acompte n’est dû lorsque l’IS de référence reste inférieur à 3 000 €. Le solde d’un exercice clos le 31 décembre est payé au plus tard le 15 mai.

Le SIE enregistre généralement l’option sous quelques jours à quelques semaines, mais ce délai de traitement ne repousse pas la date limite légale. Une demande envoyée tardivement risque de ne produire effet qu’à l’exercice suivant. Un accusé de réception doit être conservé avec le dossier fiscal.

La location nue de locaux d’habitation reste exonérée de TVA. La location nue de locaux professionnels est également exonérée par principe, avec une option possible dans les conditions de l’article 260 du CGI. En cas d’assujettissement au régime réel normal, la SCI transmet des déclarations CA3, mensuelles ou trimestrielles selon le montant de TVA exigible.

Pièges et cas particuliers avant de choisir l’IS

Sous-évaluer le terrain

Une ventilation attribuant presque tout le prix à la construction augmente artificiellement l’amortissement. L’administration fiscale dispose alors d’un motif de rectification. La valeur du terrain doit reposer sur des références locales, une évaluation immobilière ou la méthode par comparaison avec des terrains constructibles corrigée des coûts nécessaires.

Confondre trésorerie et bénéfice distribuable

Le remboursement du capital d’un emprunt n’est pas une charge déductible. Une SCI peut donc afficher un bénéfice fiscal tout en disposant de peu de liquidités. À l’inverse, l’amortissement réduit le bénéfice sans réduire la trésorerie. La distribution reste limitée par le bénéfice distribuable et par les règles de protection des capitaux propres.

Exercer une activité de location meublée

La location meublée constitue une activité commerciale. Lorsqu’elle n’est plus accessoire, elle entraîne l’assujettissement de la SCI à l’IS, même sans option formelle. La tolérance administrative généralement retenue vise des recettes commerciales ne dépassant pas 10 % des recettes totales. Un dépassement durable expose la société à une régularisation d’IS, à des intérêts de retard et, selon les faits, à des majorations.

Préparer une revente à court ou moyen terme

L’IS correspond mieux aux projets dans lesquels les bénéfices restent dans la société pour rembourser la dette ou financer d’autres acquisitions. Lorsque les associés prévoient une revente suivie d’une distribution, le calcul doit intégrer dès l’origine l’IS sur la valeur nette comptable, le PFU sur les dividendes et les frais liés à une éventuelle liquidation.

La vente des parts constitue une autre voie, mais l’acquéreur reprend la société avec son passif, son historique fiscal et la faible valeur nette comptable de l’immeuble. Cette fiscalité latente réduit souvent le prix proposé pour les parts. La cession supporte par ailleurs un droit d’enregistrement de 5 % lorsqu’elle porte sur les titres d’une société à prépondérance immobilière.

Ce qu’il faut retenir

  • Le taux d’IS est de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice éligible, puis de 25 %.
  • Le terrain n’est pas amortissable ; seule la construction et ses composants le sont.
  • La plus-value à l’IS est calculée sur la valeur nette comptable, sans abattement après 22 ou 30 ans.
  • Les dividendes versés à une personne physique supportent par défaut le PFU de 30 %.
  • L’option doit être exercée avant la fin du troisième mois de l’exercice et devient ensuite irrévocable après le délai de renonciation.

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