À 72 000 € de chiffre d’affaires, une activité de conseil avec 9 000 € de frais conserve environ 44 400 € en micro-entreprise, contre près de 35 100 € en SASU financée par dividendes, avant impôt sur le revenu. Le choix bascule lorsque les charges réelles, la protection sociale ou le projet de développement modifient cette équation.
SASU ou micro entreprise : à partir de quel montant faut-il basculer ?
Pour une activité de services sans salarié, la micro-entreprise reste généralement plus rentable tant que les dépenses professionnelles représentent moins de 35 à 45 % du chiffre d’affaires. Dans le commerce, où les cotisations sociales sont plus faibles, le point de bascule se situe plutôt autour de 65 à 75 % de charges et d’achats.
Ces fourchettes comparent la trésorerie disponible avant impôt personnel. Elles supposent une SASU sans rémunération, dont le bénéfice est soumis à l’impôt sur les sociétés puis distribué en dividendes. Avec un président rémunéré, les cotisations du régime général repoussent souvent le seuil financier en faveur de la micro-entreprise.
Règle à retenir : un chiffre d’affaires élevé ne justifie pas, à lui seul, une SASU. Le point de bascule dépend surtout du poids des frais déductibles, du mode de rémunération et du niveau de protection sociale recherché.
| Situation | Micro-entreprise | SASU |
|---|---|---|
| Prestations avec moins de 35 % de frais | Généralement favorable | Coût administratif et social plus élevé |
| Prestations avec 35 à 45 % de frais | Calcul détaillé nécessaire | Dividendes susceptibles de devenir compétitifs |
| Commerce avec moins de 65 % d’achats | Souvent favorable grâce au taux de 12,3 % | Intérêt limité sur le seul critère fiscal |
| Investissements, stock ou sous-traitance élevés | Frais non déductibles | Charges déductibles du résultat |
| Entrée future d’associés | Impossible | Transformation en SAS facilitée |
| Maintien de l’ARE sans rémunération | Chiffre d’affaires pris en compte | Présidence non rémunérée souvent adaptée |
La SASU devient aussi pertinente avant ce seuil lorsque l’entreprise doit lever des fonds, accueillir un associé, embaucher, financer des équipements ou conserver les bénéfices dans la société. À l’inverse, une activité intellectuelle avec peu de dépenses garde souvent la micro-entreprise jusqu’au plafond autorisé.
Comparer les calculs sociaux et fiscaux en 2026
Les prélèvements de la micro-entreprise
Le régime micro-social calcule les cotisations directement sur le chiffre d’affaires encaissé. En 2026, hors ACRE, le taux s’élève à 12,3 % pour la vente de marchandises, 21,2 % pour les prestations de services commerciales ou artisanales et 25,6 % pour la plupart des activités libérales non réglementées relevant des BNC. Certaines professions affiliées à la Cipav relèvent d’un taux spécifique.
La contribution à la formation professionnelle s’ajoute aux cotisations : 0,1 % pour le commerce, 0,2 % pour les professions libérales et les prestations de services, et 0,3 % pour les activités artisanales. Aucun salaire n’est à établir et aucune cotisation minimale n’est due en l’absence de chiffre d’affaires.
Les frais réels ne sont pas déductibles. Pour l’impôt sur le revenu, l’administration applique un abattement forfaitaire de 71 % en vente, 50 % en prestations BIC ou 34 % en BNC, conformément aux articles 50-0 et 102 ter du CGI. Cet abattement fiscal ne réduit pas l’assiette des cotisations URSSAF.
L’imposition et la rémunération en SASU
La SASU déduit de son résultat les dépenses engagées dans l’intérêt de l’activité : sous-traitance, matériel, assurances, déplacements, loyer, honoraires et rémunération du président. Son bénéfice relève normalement de l’impôt sur les sociétés. Le taux réduit est de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice, sous réserve notamment d’un chiffre d’affaires inférieur à 10 millions d’euros et d’un capital entièrement libéré. La fraction supérieure est imposée à 25 %, selon l’article 219 du CGI.
Le président rémunéré est assimilé salarié. Le coût total supporté par la société représente couramment 1,75 à 1,85 fois le salaire net, selon la rémunération et les allègements applicables. Il bénéficie de la protection du régime général, hors assurance chômage. Sans rémunération, aucune cotisation sociale minimale n’est appelée et aucun droit social n’est acquis au titre du mandat.
Choisir son statutCréer une holding : par apport ou par rachat, étapes et coûtsLes dividendes sont versés après approbation des comptes. Ils supportent par défaut le prélèvement forfaitaire unique de 30 %, soit 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. Contrairement à l’EURL soumise à l’IS, les dividendes de SASU n’entrent pas dans l’assiette des cotisations sociales du président.

Exemple chiffré : un consultant à Lyon réalise 72 000 €
Une consultante en stratégie installée à Lyon encaisse 72 000 € HT en 2026. Elle exerce une activité BNC, ne bénéficie pas de l’ACRE et engage 9 000 € de dépenses annuelles. La cotisation foncière des entreprises, commune aux deux scénarios, est laissée hors comparaison.
Résultat en micro-entreprise
- Chiffre d’affaires : 72 000 €.
- Dépenses non déductibles : 9 000 €.
- Cotisations sociales à 25,6 % : 18 432 €.
- Contribution à la formation à 0,2 % : 144 €.
- Trésorerie avant impôt sur le revenu : 44 424 €.
Le revenu imposable micro-BNC atteint 47 520 €, après l’abattement de 34 %. L’impôt personnel dépend ensuite du foyer fiscal et n’est donc pas intégré au point de comparaison.

Résultat en SASU avec distribution du bénéfice
Supposons 9 000 € de dépenses d’exploitation et 1 800 € de coûts annuels propres à la société, comprenant comptabilité, compte professionnel et formalités courantes. Le bénéfice avant IS atteint 61 200 €. L’IS représente 6 375 € sur les premiers 42 500 €, puis 4 675 € sur le solde, soit 11 050 €.
Le bénéfice distribuable, hors réserve légale à constituer les premiers exercices, s’établit à 50 150 €. Après flat tax de 30 %, la somme nette atteint 35 105 €. La micro-entreprise conserve ici un avantage de trésorerie d’environ 9 319 €, avec une couverture sociale financée par ses cotisations.
Si les dépenses d’exploitation passent de 9 000 € à 30 000 €, la micro-entreprise conserve environ 23 424 € avant impôt. En SASU, après 1 800 € de frais de structure, IS à 15 % puis PFU, le montant net avoisine 23 919 €. Le point de bascule ressort donc autour de 29 000 à 30 000 € de frais, soit près de 40 % du chiffre d’affaires.
Seuils de chiffre d’affaires et de TVA à contrôler
Le régime micro reste accessible tant que le chiffre d’affaires annuel hors taxes ne dépasse pas 188 700 € pour les ventes et l’hébergement ou 77 700 € pour les services et les activités libérales. En activité mixte, le total doit rester sous 188 700 €, dont 77 700 € au maximum pour les services. Les articles 50-0 et 102 ter du CGI encadrent ces limites.
Un dépassement sur une seule année ne provoque pas automatiquement la sortie. Le régime cesse de s’appliquer après deux années civiles consécutives au-dessus du plafond. Une création en cours d’année entraîne une appréciation du seuil au prorata du temps d’activité.
Les seuils de TVA sont distincts. En 2026, la franchise en base prévue par l’article 293 B du CGI s’applique jusqu’à 85 000 € pour le commerce et l’hébergement et 37 500 € pour les prestations de services. Les seuils majorés sont respectivement de 93 500 € et 41 250 €.
Le franchissement du seuil majoré entraîne l’assujettissement à la TVA dès la date du dépassement. Entre le seuil normal et le seuil majoré, la franchise prend fin au 1er janvier suivant. Une micro-entreprise assujettie facture la TVA et déduit celle supportée sur ses achats, tout en conservant son régime micro-social. Une SASU relève également de la franchise si son chiffre d’affaires reste sous les mêmes seuils.
Passer de la micro-entreprise à la SASU dans le bon ordre
Préparer et immatriculer la société
La transformation juridique directe n’existe pas. L’entrepreneur crée une personne morale distincte, puis transfère l’activité et ferme l’entreprise individuelle. La SASU est régie par les articles L.227-1 et suivants du Code de commerce. Son président représente la société à l’égard des tiers selon l’article L.227-6.
- Rédiger les statuts et déterminer le capital, fixé librement à partir de 1 €.
- Déposer les apports en numéraire et obtenir le certificat du dépositaire.
- Nommer le président et établir la liste des souscripteurs.
- Publier l’avis de constitution dans un support d’annonces légales.
- Déposer la formalité de création sur le guichet unique de l’INPI avec les statuts, le certificat de dépôt, l’attestation de parution, la déclaration des bénéficiaires effectifs et les justificatifs du dirigeant.
Le dépôt électronique remplace l’ancien formulaire M0. L’INPI transmet le dossier au greffe, à l’INSEE, à l’administration fiscale et aux organismes sociaux. Après validation, la SASU reçoit son extrait d’immatriculation et son numéro SIREN.
Transférer l’activité puis fermer la micro-entreprise
Les contrats, le matériel, le stock, la clientèle ou le fonds doivent être cédés ou apportés à la SASU. Un apport en nature exige parfois l’intervention d’un commissaire aux apports. La dispense suppose notamment qu’aucun apport concerné ne dépasse 30 000 € et que leur valeur totale ne représente pas plus de la moitié du capital.
Les factures basculent vers la SASU à sa date réelle de début d’activité. La cessation de la micro-entreprise est ensuite déclarée au guichet unique dans les 30 jours. Cette formalité correspond à l’ancien formulaire M4. Les changements ultérieurs de la SASU, autrefois déclarés sur un M2, passent également par le guichet unique.
La dernière déclaration de chiffre d’affaires reste due à l’URSSAF. La SASU dépose chaque année une déclaration de résultats 2065. Si elle relève du régime réel normal de TVA, elle transmet des déclarations CA3 mensuelles ou trimestrielles.
Coût, délai et pièges de la bascule
L’immatriculation d’une micro-entreprise commerciale, artisanale ou libérale est en principe gratuite. Une SASU exige en 2026 environ 55,93 € de frais de registre, comprenant l’immatriculation et la déclaration des bénéficiaires effectifs. L’annonce légale de constitution coûte environ 141 € HT, soit 169,20 € TTC en métropole. Le budget administratif minimal avoisine donc 225 € TTC, hors rédaction des statuts, dépôt de capital et accompagnement.
Choisir son statutMicro-entreprise ou entreprise individuelle : ce qui change au-delà des seuilsUn dossier complet de micro-entreprise est généralement traité sous 1 à 5 jours ouvrés. Pour une SASU, il faut compter 3 à 10 jours ouvrés après le dépôt au guichet unique. En intégrant l’ouverture du compte de dépôt, la signature des statuts et l’annonce légale, le calendrier global atteint souvent 7 à 20 jours ouvrés.
Le premier piège consiste à comparer uniquement les taux de cotisations. Les charges de SASU ouvrent une protection plus proche de celle d’un salarié, tandis que les dividendes ne financent ni retraite ni indemnités journalières. Le second concerne la TVA : dépasser 37 500 € de services ne force pas à quitter la micro-entreprise, mais impose de surveiller la facturation et les déclarations.
Le transfert d’un fonds ou d’une clientèle entraîne aussi des conséquences fiscales. Une plus-value professionnelle, des droits d’enregistrement ou une TVA sur certains actifs sont envisageables selon la méthode retenue. La vente à la SASU crée par ailleurs une dette de la société envers l’ancien exploitant, alors que l’apport rémunère le transfert par des actions.
Enfin, le choix binaire entre SASU ou micro entreprise ne doit pas écarter l’entreprise individuelle au réel ou l’EURL. Lorsque les frais dépassent le forfait micro mais que le dirigeant souhaite une rémunération régulière avec des cotisations de travailleur indépendant, ces structures présentent souvent un coût social inférieur à celui d’un président de SASU rémunéré.
Ce qu’il faut retenir
- En services, le point de bascule se situe souvent entre 35 et 45 % de frais.
- La micro-entreprise reste plafonnée à 77 700 € en services et 188 700 € en vente.
- La SASU paie 15 % d’IS jusqu’à 42 500 €, puis 25 %.
- Les dividendes supportent par défaut une flat tax de 30 %.
- La création d’une SASU demande environ 225 € TTC de frais administratifs minimaux.
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