Une entreprise au régime réel simplifié transmet jusqu’à 7 tableaux fiscaux en plus de sa déclaration de résultat. Leur contenu, leur échéance et leur mode de dépôt dépendent du régime fiscal, de l’activité et de la date de clôture de l’exercice.
Liasse fiscale : définition, contenu et entreprises concernées
La liasse fiscale regroupe la déclaration annuelle de résultat et ses tableaux annexes. Elle permet à l’administration fiscale de déterminer le bénéfice imposable, de contrôler les retraitements extracomptables et d’analyser le bilan de l’entreprise.
Sa composition varie selon trois critères : la catégorie d’imposition, le régime réel simplifié ou normal et la forme juridique. Une société soumise à l’impôt sur les sociétés dépose une déclaration 2065. Une entreprise individuelle relevant des bénéfices industriels et commerciaux utilise la déclaration 2031. Pour une activité libérale imposée en bénéfices non commerciaux, la déclaration de référence est la 2035.
La règle à retenir : toute entreprise soumise à un régime réel d’imposition doit transmettre une déclaration de résultat et les tableaux fiscaux correspondant à son régime. La comptabilité annuelle ne remplace pas cette obligation déclarative.
Les entreprises relevant du régime micro-BIC ou micro-BNC ne produisent pas de liasse fiscale. Leur chiffre d’affaires et leurs recettes sont reportés sur la déclaration complémentaire 2042-C-PRO. En 2026, le régime micro reste notamment lié à des seuils de chiffre d’affaires, fixés à 203 100 € pour les activités de vente et d’hébergement et à 83 600 € pour les prestations de services et activités libérales.
Une société civile immobilière non soumise à l’IS utilise en principe la déclaration 2072. Une exploitation agricole au réel simplifié dépose une déclaration 2139, tandis que le réel normal agricole repose sur la déclaration 2143 et ses annexes.

Composition de la liasse fiscale selon le régime d’imposition
La déclaration principale identifie l’entreprise, l’exercice concerné, son résultat fiscal et son régime d’imposition. Les annexes détaillent le bilan, le compte de résultat, les amortissements, les provisions, les déficits et les éléments servant au calcul de la valeur ajoutée.
| Situation fiscale | Déclaration principale | Tableaux annexes | Contenu principal |
|---|---|---|---|
| IS au réel simplifié | 2065 | 2033-A à 2033-G | Bilan, résultat, immobilisations, provisions, dettes et capital |
| IS au réel normal | 2065 | 2050 à 2059-G | États comptables détaillés et détermination complète du résultat fiscal |
| IR, BIC au réel simplifié | 2031 | 2033-A à 2033-G | Résultat professionnel et tableaux simplifiés |
| IR, BIC au réel normal | 2031 | 2050 à 2059-G | Comptes annuels et retraitements fiscaux détaillés |
| IR, BNC en déclaration contrôlée | 2035 | 2035-A, 2035-B et annexes requises | Recettes, dépenses, immobilisations et résultat non commercial |
| SCI à l’IR | 2072-S ou 2072-C | Annexes propres aux immeubles et associés | Revenus fonciers et répartition entre associés |
Les tableaux du régime réel simplifié
Le formulaire 2033-A présente le bilan simplifié. Le formulaire 2033-B reprend le compte de résultat et le passage du résultat comptable au résultat fiscal. Le 2033-C détaille les immobilisations, les amortissements et les plus-values ou moins-values. Le 2033-D concerne notamment les provisions, les déficits et certains éléments non déductibles.
Les tableaux 2033-E à 2033-G traitent de la valeur ajoutée, de la composition du capital social et des filiales ou participations. Ils ne sont remplis que lorsque la situation de l’entreprise le justifie.
Les tableaux du régime réel normal
Le réel normal exige une présentation plus détaillée. Les tableaux 2050 à 2053 reprennent le bilan et le compte de résultat. Les formulaires 2054 à 2057 recensent les immobilisations, amortissements, provisions, créances et dettes.
Gérer & déclarerConvention collective : la trouver, l’appliquer, et ce qu’elle imposeLes tableaux 2058 et 2059 assurent le passage du résultat comptable au résultat fiscal. Ils suivent notamment les déficits reportables, les plus-values, la valeur ajoutée, le capital et les participations. L’article 53 A du Code général des impôts encadre la production de ces documents pour les contribuables relevant d’un régime réel.

Préparer et télédéclarer la liasse fiscale dans le bon ordre
1. Clôturer et contrôler la comptabilité
La préparation commence après l’enregistrement de toutes les opérations de l’exercice. Les comptes bancaires sont rapprochés. Les créances clients et les dettes fournisseurs sont contrôlées. Les stocks sont inventoriés à la date de clôture. Les immobilisations, emprunts, charges sociales et comptes de TVA sont également vérifiés.
Les écritures d’inventaire enregistrent les amortissements, les provisions justifiées, les charges à payer, les produits à recevoir et les charges constatées d’avance. Le bilan comptable doit être équilibré avant la production des tableaux fiscaux.

2. Déterminer le résultat fiscal
Le résultat fiscal diffère souvent du résultat comptable. Les dépenses non déductibles sont réintégrées. Sont notamment concernés l’impôt sur les sociétés, certaines amendes et pénalités, la fraction non déductible des véhicules de tourisme ou les dépenses dépourvues d’intérêt pour l’entreprise.
Les déductions extracomptables comprennent, selon la situation, certains produits bénéficiant d’un régime spécifique, des plus-values soumises à un traitement distinct ou des reprises déjà taxées. Les déficits antérieurs sont imputés dans les limites prévues par le CGI.
Pour une société à l’IS, le bénéfice est normalement taxé au taux de 25 %. Le taux réduit de 15 % s’applique sur les premiers 42 500 € de bénéfice lorsque le chiffre d’affaires hors taxes n’excède pas 10 millions d’euros et que les conditions de détention et de libération du capital sont remplies.
3. Produire les formulaires adaptés
La déclaration principale et chaque annexe doivent correspondre au régime fiscal enregistré auprès du service des impôts des entreprises. Une liasse 2033 ne doit pas être utilisée si l’entreprise relève du réel normal. Le numéro SIREN, l’adresse, les dates d’ouverture et de clôture ainsi que la durée de l’exercice doivent être identiques sur tous les formulaires.
Exemple : une SAS de conseil informatique située à Lyon clôture au 31 décembre 2025. Elle réalise 480 000 € de chiffre d’affaires et dégage un résultat comptable de 70 000 €. Après 4 000 € de réintégrations et 1 500 € de déductions, son résultat fiscal atteint 72 500 €. Si elle remplit les conditions du taux réduit, son IS brut s’élève à 6 375 € sur les premiers 42 500 €, puis à 7 500 € sur les 30 000 € restants, soit 13 875 €.
4. Transmettre par voie électronique
La télédéclaration est obligatoire pour les entreprises concernées, conformément à l’article 1649 quater B quater du CGI. La transmission s’effectue en mode EDI-TDFC, généralement depuis un outil comptable ou par l’intermédiaire d’un cabinet. Certains formulaires sont aussi accessibles en mode EFI depuis l’espace professionnel de l’entreprise.
Un compte rendu de traitement confirme l’acceptation ou le rejet du dépôt. Un simple accusé d’envoi ne suffit pas si une anomalie bloque la déclaration. Le compte rendu définitif et la copie complète de la liasse doivent être conservés avec les pièces comptables.
La liasse ne remplace ni la déclaration de TVA CA3, ni les relevés d’acomptes d’IS 2571, ni le relevé de solde 2572. Ces déclarations suivent leurs propres échéances.
Date limite, délai de dépôt et coût en 2026
Entreprises clôturant au 31 décembre 2025
Pour un exercice clos le 31 décembre 2025, la date légale correspond au deuxième jour ouvré suivant le 1er mai, soit le 5 mai 2026. Le délai supplémentaire de 15 jours calendaires accordé aux télédéclarations porte en pratique l’échéance au 20 mai 2026.
Gérer & déclarerDépôt des comptes annuels : délai, coût, sanctions et option de confidentialitéCette date concerne notamment les déclarations 2065, 2031 et 2035 liées à l’exercice 2025. Les entreprises à l’impôt sur le revenu suivent cette campagne annuelle, même lorsque leur comptabilité repose sur une année civile obligatoire.
Exercice clôturé en cours d’année
Une société soumise à l’IS qui clôture à une autre date dépose sa déclaration dans les 3 mois suivant la clôture, auxquels s’ajoute le délai technique de 15 jours calendaires pour la télédéclaration. Une clôture au 30 juin 2026 conduit ainsi à une échéance légale au 30 septembre, puis à une date de transmission au 15 octobre 2026.
En cas de cessation d’activité, la déclaration de résultat doit généralement être déposée dans les 60 jours. La formalité de cessation réalisée sur le guichet unique de l’INPI et, pour une société, les opérations de dissolution ou de liquidation ne dispensent pas de cette déclaration fiscale.
Coût de préparation et sanctions
La télédéclaration auprès de l’administration est gratuite. Le coût provient de la tenue comptable, de l’outil de transmission ou de l’intervention d’un cabinet. Pour une petite structure avec une comptabilité tenue à jour, la préparation annuelle se situe souvent entre 500 € et 1 500 € HT. Une société au réel normal, avec stocks, immobilisations, paie ou opérations complexes, supporte fréquemment un coût compris entre 1 500 € et 4 000 € HT.
Le dépôt tardif entraîne la majoration prévue à l’article 1728 du CGI : 10 % sans mise en demeure, 40 % lorsque la déclaration n’est pas déposée dans les 30 jours suivant une mise en demeure, et 80 % en cas d’activité occulte. L’intérêt de retard de l’article 1727 s’élève à 0,20 % par mois.
Le non-respect de l’obligation de télédéclaration est sanctionné, selon l’article 1738 du CGI, par une majoration de 0,2 % des droits correspondant aux déclarations déposées selon un autre procédé, avec un minimum de 60 €.
Erreurs fréquentes et cas particuliers
Confondre résultat comptable et bénéfice imposable
Le bénéfice figurant dans le compte de résultat n’est pas repris automatiquement sur la déclaration. Les dépenses non déductibles, les régimes de plus-values, les déficits antérieurs et les crédits d’impôt modifient l’assiette taxable. Une incohérence entre la déclaration 2065 et le tableau 2058-A ou 2033-B déclenche souvent une demande d’explications.
Oublier une liasse après un exercice sans activité
Une société immatriculée reste tenue de déclarer ses résultats, même si elle n’a réalisé aucun chiffre d’affaires. Une liasse dite « néant » reprend le capital, la trésorerie, les frais bancaires, les frais juridiques et les dettes éventuelles. L’absence de mouvement commercial ne supprime pas l’obligation.
Déposer avant l’approbation des comptes
La déclaration fiscale précède souvent l’assemblée annuelle. Une société clôturant au 31 décembre dispose normalement de 6 mois pour réunir l’assemblée d’approbation, soit jusqu’au 30 juin. Elle dépose pourtant sa liasse en mai. Les comptes transmis fiscalement doivent donc être stabilisés avant le vote des associés.
Modifier une liasse déjà transmise
Une erreur se corrige par une déclaration rectificative complète. La nouvelle transmission doit reprendre tous les tableaux, et pas uniquement la case modifiée. Lorsqu’elle augmente l’impôt dû, le complément doit être réglé sans attendre afin de limiter les intérêts de retard.
Changer de régime ou de date de clôture
Un passage du réel simplifié au réel normal modifie la série de tableaux à transmettre. Un changement de date de clôture crée parfois un exercice inférieur ou supérieur à 12 mois. La période exacte doit apparaître sur la déclaration, tandis que la décision sociale est déclarée au guichet unique lorsque la modification affecte les statuts.
Ce qu’il faut retenir
- La liasse fiscale associe une déclaration 2065, 2031 ou 2035 à ses tableaux annexes.
- Au 31 décembre 2025, la télédéclaration est attendue au plus tard le 20 mai 2026.
- Une clôture en cours d’année ouvre un délai de 3 mois, complété de 15 jours calendaires.
- Le taux normal d’IS est de 25 % et le taux réduit de 15 % porte sur 42 500 €.
- Un retard expose à une majoration de 10 % à 80 % et à 0,20 % d’intérêt mensuel.
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