Avec le régime mère-fille, une holding détenant au moins 5 % d’une SCI soumise à l’IS ne réintègre que 5 % des dividendes reçus dans son bénéfice taxable. Cette économie n’est toutefois réelle que si les loyers, les investissements futurs et la fiscalité de sortie ont été examinés avant d’interposer la société.
Holding immobilière : pourquoi loger ses SCI sous une société mère ?
Une holding immobilière est une société qui détient les parts d’une ou de plusieurs SCI. Elle ne constitue pas une forme juridique particulière. Il s’agit généralement d’une SAS, d’une SASU, d’une SARL ou d’une EURL dont l’objet social autorise la prise de participations, leur gestion et, si nécessaire, l’animation du groupe.
Loger des SCI sous une holding répond à quatre objectifs concrets : centraliser les dividendes, réinvestir la trésorerie dans de nouveaux projets, organiser le contrôle de plusieurs immeubles et faciliter la transmission progressive du groupe. Le montage prend surtout son sens lorsque les SCI sont soumises à l’impôt sur les sociétés et génèrent des bénéfices qui restent dans le groupe.
La holding ne supprime pas l’impôt. Elle décale l’imposition personnelle et organise la circulation de la trésorerie entre plusieurs sociétés.
Une holding apporte peu d’intérêt lorsqu’un associé possède une seule SCI à l’IR, retire tous les revenus pour ses dépenses personnelles ou envisage de vendre rapidement un immeuble avec le régime des plus-values immobilières des particuliers.
| Organisation | Traitement des revenus | Intérêt principal | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| SCI à l’IR détenue directement | Résultat imposé chez les associés, même sans distribution | Simplicité et régime des plus-values immobilières des particuliers | Impôt personnel sans encaissement obligatoire |
| SCI à l’IR sous holding à l’IS | Quote-part de résultat imposée à l’IS dans la holding | Capitalisation de la trésorerie | Perte des abattements personnels sur la quote-part détenue par la holding |
| SCI à l’IS sous holding à l’IS | IS dans la SCI, puis régime mère-fille sur les dividendes | Réinvestissement et structuration d’un groupe immobilier | Fiscalité plus lourde lors de la vente de l’immeuble |

Choisir la forme et le régime fiscal de la holding
SAS ou SARL pour détenir les SCI
La SAS offre une grande liberté statutaire. Elle s’adapte aux groupes comprenant plusieurs investisseurs, des droits de vote spécifiques ou des règles complexes de sortie. Son président relève du régime général lorsqu’il est rémunéré. Les dividendes versés à une personne physique ne supportent pas de cotisations sociales, mais le prélèvement forfaitaire unique de 30 %, composé de 12,8 % d’impôt sur le revenu et de 17,2 % de prélèvements sociaux.
La SARL encadre davantage les pouvoirs et les cessions de parts. Pour un gérant majoritaire, la fraction des dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d’émission et du compte courant entre dans l’assiette des cotisations sociales. Leur niveau se situe fréquemment autour de 40 à 45 % selon la rémunération et la situation du dirigeant.
Une société civile holding reste envisageable pour une détention patrimoniale passive. Elle présente toutefois moins de souplesse pour facturer des prestations, accueillir des investisseurs ou exercer une activité d’animation. L’option pour l’IS devient souvent nécessaire pour bénéficier du régime mère-fille.
SCI à l’IR ou SCI à l’IS
Dans une SCI relevant de l’article 8 du CGI, chaque associé est imposé sur sa quote-part de résultat. Quand l’associé est une holding à l’IS, sa quote-part est déterminée selon les règles applicables aux entreprises soumises à l’IS, conformément à l’article 238 bis K du CGI. Il n’existe alors aucun dividende ouvrant droit au régime mère-fille : le bénéfice est fiscalisé dans la holding, qu’il soit versé ou conservé par la SCI.
Dans une SCI à l’IS, l’impôt est payé par la SCI. Le taux normal atteint 25 %. Le taux réduit de 15 % s’applique jusqu’à 42 500 € de bénéfice si le chiffre d’affaires reste inférieur à 10 millions d’euros, si le capital est entièrement libéré et si les conditions de détention du capital sont remplies.
Choisir son statutEI ou SASU : seul, lequel choisir selon votre chiffre d’affairesLes dividendes remontés à la holding relèvent des articles 145 et 216 du CGI lorsque la société mère détient au moins 5 % du capital et conserve les titres pendant deux ans, ou s’engage à respecter cette durée. La holding retranche alors 95 % du dividende de son bénéfice. Une quote-part de frais et charges de 5 % demeure imposable.
Créer la holding puis lui transférer les SCI
Constituer la société mère
La procédure commence par la rédaction des statuts. L’objet social doit viser la prise de participations, la gestion de titres, le financement des filiales et, si des services sont prévus, les prestations administratives, financières ou stratégiques. Le capital est ensuite déposé, les dirigeants sont nommés et un avis de constitution est publié dans un support d’annonces légales.
Le dossier est déposé sur le guichet unique de l’INPI. Cette déclaration remplace le formulaire papier M0. Elle comprend notamment les statuts signés, l’attestation de dépôt des fonds, l’attestation de parution, le justificatif du siège, l’identité du dirigeant et la déclaration des bénéficiaires effectifs.
Créer la holding avant les nouvelles SCI reste la méthode la plus simple. La holding souscrit directement au capital de chaque SCI. Aucun transfert ultérieur de parts existantes n’est alors nécessaire.

Céder ou apporter les parts d’une SCI existante
Pour une SCI déjà constituée, les associés disposent de deux voies. La cession suppose que la holding achète les parts, avec ses fonds propres, un emprunt ou un crédit-vendeur. L’apport consiste à remettre les parts à la holding en échange de ses propres titres.
L’article 1861 du Code civil impose, par défaut, l’agrément unanime des associés pour céder des parts de SCI à une personne morale. Les statuts peuvent prévoir une majorité différente. L’opération exige donc de relire la clause d’agrément, d’évaluer les parts et d’obtenir l’accord de la banque lorsqu’un financement immobilier contient une clause de changement de contrôle.
- Faire évaluer les parts en tenant compte des immeubles, des emprunts et des comptes courants.
- Obtenir l’agrément prévu par les statuts de chaque SCI.
- Signer l’acte de cession ou le traité d’apport.
- Enregistrer l’acte dans le délai de 1 mois.
- Actualiser le registre des associés et la déclaration des bénéficiaires effectifs.
- Déposer la formalité modificative sur le guichet unique, équivalent numérique du formulaire M2.
La cession de parts d’une société à prépondérance immobilière supporte un droit d’enregistrement de 5 % en application de l’article 726 du CGI. Une plus-value imposable naît également chez le cédant. Pour des parts de SCI à l’IR, elle relève en principe du régime des plus-values immobilières prévu par l’article 150 UB du CGI. L’apport à une holding à l’IS ne bénéficie donc pas automatiquement du report de l’article 150-0 B ter, réservé aux plus-values mobilières entrant dans son champ.
Fiscalité, trésorerie et exemple chiffré
Mesurer l’économie lors de la remontée des dividendes
Prenons la SCI Rhône Bureaux, qui loue des bureaux à Lyon. Elle réalise 120 000 € de loyers annuels. Après intérêts, charges, travaux et amortissements, son bénéfice fiscal atteint 60 000 €. Elle remplit les conditions du taux réduit d’IS.
L’IS s’élève à 10 750 € : 15 % sur 42 500 €, soit 6 375 €, puis 25 % sur 17 500 €, soit 4 375 €. Le bénéfice distribuable après IS atteint donc 49 250 €.
Si une holding détient 100 % de la SCI et applique le régime mère-fille, seule une quote-part de 2 462,50 €, correspondant à 5 % du dividende, entre dans son bénéfice imposable. Taxée à 15 %, cette quote-part génère environ 369 € d’IS. La holding conserve près de 48 881 € pour financer l’apport d’une nouvelle SCI.
À l’inverse, un dividende de 49 250 € versé directement à une personne physique et soumis au PFU entraîne 14 775 € de prélèvements. Le montant net tombe à 34 475 €. L’avantage de la holding provient donc du réinvestissement sans distribution personnelle immédiate. Lorsque la holding reverse ensuite l’argent à l’associé, la flat tax de 30 % redevient applicable.
Encadrer les flux entre sociétés
La trésorerie ne doit pas circuler sans fondement juridique. Les dividendes nécessitent un bénéfice distribuable et une décision d’assemblée. Les avances passent par des conventions de compte courant. Les intérêts sont déductibles dans la limite du taux prévu par l’article 39, 1, 3° du CGI, sous réserve que le capital soit entièrement libéré.
Choisir son statutHolding en SAS ou en SARL : le choix selon la rémunération du dirigeantLes management fees exigent des prestations réelles, documentées et proportionnées. Une facture générale de « gestion du groupe » sans temps passé ni livrable expose la charge à un rejet fiscal. Ces prestations relèvent normalement de la TVA au taux de 20 %. La location nue de logements reste, quant à elle, exonérée de TVA. La location nue de locaux professionnels autorise une option dans les conditions de l’article 260 du CGI.
La déduction des charges financières du groupe connaît aussi la limite de l’article 212 bis du CGI : le plafond correspond au montant le plus élevé entre 3 millions d’euros et 30 % de l’EBITDA fiscal, sous réserve des autres mécanismes anti-abus.
Coût, délai et pièges d’une holding immobilière
Budget de création et de fonctionnement
Pour 2026, un budget prudent de constitution comprend environ 125 à 200 € HT d’annonce légale forfaitaire selon la forme choisie et le territoire, autour de 35,59 € pour l’immatriculation commerciale et près de 20,34 € pour la déclaration des bénéficiaires effectifs. S’ajoutent la rédaction des actes, l’évaluation des titres et les éventuels honoraires du commissaire aux apports.
Une holding simple exige généralement 1 500 à 4 000 € HT par an pour la comptabilité, la liasse fiscale 2065, l’approbation des comptes et le secrétariat juridique. Chaque SCI conserve sa propre comptabilité, ses assemblées et ses déclarations. Une SCI soumise à la TVA dépose également ses déclarations CA3 selon son régime.
Une immatriculation complète prend en moyenne 5 à 10 jours ouvrés après le dépôt d’un dossier régulier. Le transfert de SCI existantes demande plutôt 10 à 30 jours ouvrés, hors négociation bancaire, expertise immobilière ou intervention d’un commissaire aux apports.
Situations où le montage devient défavorable
- Vente de l’immeuble : une SCI à l’IS calcule la plus-value sur la valeur nette comptable après amortissements. La base taxable augmente avec le temps, sans abattement pour durée de détention.
- Déficit foncier : une perte supportée par une holding à l’IS ne s’impute pas sur le revenu global de la personne physique située au-dessus.
- Impôt sur la fortune immobilière : l’interposition d’une holding ne fait pas disparaître l’IFI. Les titres restent imposables à hauteur de leur valeur immobilière, selon les articles 965 et suivants du CGI.
- Location meublée : l’activité commerciale d’une SCI à l’IR entraîne un risque d’assujettissement à l’IS lorsque les recettes commerciales dépassent la tolérance administrative de 10 % des recettes totales.
- Endettement bancaire : le transfert des parts sans accord préalable peut déclencher une clause d’exigibilité anticipée ou remettre en cause une garantie personnelle.
- Trésorerie personnelle : les fonds de la holding appartiennent à la société. Leur prélèvement sans salaire, dividende, remboursement de compte courant ou remboursement de frais constitue un flux irrégulier.
Le régime d’intégration fiscale prévu par l’article 223 A du CGI devient pertinent lorsque la holding détient au moins 95 % d’une SCI à l’IS, que les exercices coïncident et que toutes les sociétés respectent les conditions d’option. Il permet de compenser certains bénéfices et déficits du groupe, mais alourdit les obligations déclaratives et ne se justifie pas pour un ensemble immobilier de faible taille.
Ce qu’il faut retenir
- Le régime mère-fille exige une détention d’au moins 5 % et laisse une quote-part taxable de 5 %.
- La cession de parts de SCI à prépondérance immobilière supporte 5 % de droits d’enregistrement.
- Le taux d’IS est de 15 % jusqu’à 42 500 €, puis de 25 % si les conditions du taux réduit sont réunies.
- Prévoir 5 à 10 jours ouvrés pour immatriculer la holding et au moins 1 500 € HT par an de gestion.
- La holding reporte la flat tax de 30 % tant que les bénéfices restent investis dans le groupe.
Sur la même ligne
- Holding en SAS ou en SARL : le choix selon la rémunération du dirigeant
- Apport-cession (150-0 B ter) : reporter l'impôt sur la plus-value via une holding
- Fiscalité d'une holding : régime mère-fille, intégration fiscale, dividendes
- Ligne 2 · Choisir son statut — le terminus et toutes ses stations
- Le Comparateur de statuts — l’outil de la ligne



