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Statuts de société : les 14 clauses à ne pas rater, avec les formulations

Portrait de Corentin RicardPar Corentin Ricard
Mis à jour le 20 septembre 2026 · 12 min de lecture

14 clauses structurent la société, répartissent les pouvoirs et encadrent les conflits entre associés. Une rédaction imprécise sur l’agrément, l’exclusion ou les décisions collectives suffit à bloquer une cession, une levée de fonds ou le départ d’un associé.

Statuts de société : les quatorze clauses à prévoir

Les statuts de société doivent au minimum indiquer la forme juridique, la durée, la dénomination, le siège social, l’objet et le capital. L’article 1835 du Code civil ajoute les apports de chaque associé et les règles de fonctionnement. L’article L. 210-2 du Code de commerce reprend les mentions fondamentales applicables aux sociétés commerciales.

Une rédaction opérationnelle va plus loin. Elle organise les pouvoirs du dirigeant, les votes, les cessions de titres, l’exclusion d’un associé et la répartition du résultat. Voici les 14 clauses à traiter, avec une base de formulation à adapter à la forme sociale et au projet.

Clause Rôle Niveau de vigilance
1 à 7 Identifier la société, son activité et son capital Mentions légales obligatoires
8 à 10 Organiser l’exercice, la direction et les décisions Risque de blocage interne
11 et 12 Encadrer les cessions et l’exclusion Risque contentieux élevé
13 et 14 Répartir le résultat et traiter les litiges Protection des associés

La règle à retenir : une clause doit préciser qui décide, selon quelle procédure, dans quel délai et avec quelle majorité. Une formule générale renvoyant à la loi laisse souvent sans réponse la situation concrète rencontrée par les associés.

Identité, activité et capital social dans les statuts

1. La forme juridique

La clause identifie le régime applicable : SAS, SASU, SARL, EURL, SA, SNC ou société civile. Une transformation ultérieure exige une décision collective, une modification des statuts et une formalité sur le guichet unique.

Formulation : « Il est constitué entre les propriétaires des titres créés aux présentes une société par actions simplifiée régie par les dispositions légales et réglementaires en vigueur ainsi que par les présents statuts. »

2. La durée de la société

La durée ne dépasse pas 99 ans, conformément à l’article 1838 du Code civil. Elle court à compter de l’immatriculation, sauf dissolution anticipée ou prorogation décidée avant son terme.

Formulation : « La durée de la société est fixée à 99 années à compter de son immatriculation au registre national des entreprises, sauf prorogation ou dissolution anticipée. »

3. La dénomination sociale

Le nom doit être disponible et ne pas porter atteinte à une marque, une dénomination ou un nom commercial antérieur. Le sigle peut être ajouté dans la même clause.

Formulation : « La société prend la dénomination Atelier Delta. Tous les actes et documents émanant de la société mentionnent cette dénomination, précédée ou suivie de la forme sociale et du montant du capital. »

4. L’objet social

L’objet délimite les activités exercées et les pouvoirs du dirigeant. Une formule trop étroite impose une modification statutaire dès que l’activité évolue. Une formule sans rapport avec le projet fragilise l’immatriculation et les assurances professionnelles.

Formulation : « La société a pour objet, en France et à l’étranger, le conseil en organisation et en stratégie commerciale, la formation non réglementée liée à ces activités, ainsi que toutes opérations se rattachant directement ou indirectement à cet objet, sans en modifier le caractère. »

5. Le siège social

La clause fixe l’adresse juridique de la société. Elle détermine notamment le greffe compétent et le lieu de publication de l’annonce légale. Le transfert relève des associés ou du dirigeant lorsque les statuts lui donnent ce pouvoir, sous réserve de ratification si la loi l’exige.

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Formulation : « Le siège social est fixé au [adresse complète]. Son transfert en tout autre lieu situé en France pourra être décidé par le président, sous réserve de ratification par la prochaine décision collective des associés. »

6. Les apports

Les statuts distinguent les apports en numéraire, en nature et, lorsqu’ils sont admis, en industrie. En SARL, au moins 20 % des apports en numéraire sont libérés à la constitution. En SAS, le minimum est de 50 %. Le solde doit être versé dans les 5 ans.

Formulation : « Les associés apportent à la société une somme totale de 10 000 €, correspondant à 1 000 actions de 10 € chacune. La somme de 5 000 € a été libérée lors de la constitution. Le solde sera appelé par le président dans un délai maximal de cinq ans. »

7. Le capital et la répartition des titres

La clause mentionne le montant du capital, le nombre de titres, leur valeur nominale et leur répartition. Un capital variable exige également un capital plancher. Celui-ci ne peut être inférieur au dixième du capital fixé dans les statuts, selon l’article L. 231-5 du Code de commerce.

Formulation : « Le capital social est fixé à 10 000 €. Il est divisé en 1 000 actions ordinaires de 10 € de valeur nominale, entièrement souscrites et attribuées aux associés en proportion de leurs apports. »

Statuts de société : exercice, direction et décisions collectives

8. L’exercice social

L’exercice comptable dure généralement 12 mois. Le premier exercice peut être plus court ou plus long, sans excéder deux clôtures au 31 décembre. Une date adaptée à la saisonnalité évite de clôturer pendant un pic d’activité.

Formulation : « Chaque exercice social commence le 1er janvier et se termine le 31 décembre. Par exception, le premier exercice prendra fin le 31 décembre 2026. »

9. La direction et les pouvoirs du représentant légal

En SAS, l’article L. 227-6 du Code de commerce impose un président. Les statuts peuvent créer un directeur général et limiter certains engagements par une autorisation interne. Ces limitations restent en principe inopposables aux tiers. En SARL, la gérance est organisée par les articles L. 223-18 et suivants.

Formulation : « La société est représentée à l’égard des tiers par un président. Tout emprunt supérieur à 50 000 €, toute acquisition immobilière et toute garantie consentie au profit d’un tiers nécessitent l’autorisation préalable des associés statuant à la majorité de 60 % des droits de vote. »

10. Les décisions collectives

La clause fixe les décisions réservées aux associés, le mode de consultation, la convocation, le quorum et la majorité. En SAS, l’article L. 227-9 laisse une large liberté statutaire, mais une décision collective ne doit pas être adoptée par une minorité de voix. En SARL, les majorités légales diffèrent selon la nature de la décision et la date de constitution.

Formulation : « Les décisions ordinaires sont adoptées à la majorité de plus de 50 % des voix exprimées. Les modifications statutaires exigent une majorité de 75 % des droits de vote. Les associés sont convoqués au moins 15 jours avant la consultation, par tout écrit permettant d’en rapporter la preuve. »

Statuts : cession, exclusion, résultat et règlement des litiges

11. L’agrément, la préemption et la cession des titres

En SARL, la cession de parts à un tiers relève de l’agrément prévu par l’article L. 223-14 du Code de commerce. En SAS, les statuts peuvent instaurer un agrément, une préemption ou une inaliénabilité limitée à 10 ans par l’article L. 227-13.

Formulation : « Toute cession à un tiers est soumise à l’agrément préalable des associés statuant à la majorité de 60 % des droits de vote, le cédant prenant part au vote. Les autres associés disposent d’un droit de préemption pendant 30 jours à compter de la notification du projet, au prix et aux conditions proposés par le tiers. »

La clause doit également organiser le sort des titres en cas de refus : rachat par les associés, par un tiers agréé ou, avec l’accord du cédant, par la société en vue d’une réduction de capital. Sans mécanisme de valorisation, le prix peut être fixé par un expert sur le fondement de l’article 1843-4 du Code civil lorsque ses conditions sont réunies.

12. L’exclusion d’un associé

Cette clause est surtout utilisée en SAS, sur le fondement de l’article L. 227-16. Les motifs doivent être objectifs : violation grave des statuts, concurrence interdite, perte d’une qualité requise ou révocation d’un associé dirigeant lorsque le projet le justifie. La procédure respecte le contradictoire et laisse à l’associé concerné son droit de vote.

Formulation : « L’exclusion peut être prononcée en cas de violation grave et non régularisée des présents statuts dans les 30 jours suivant une mise en demeure. L’associé est informé des griefs au moins 15 jours avant la décision et peut présenter ses observations. L’exclusion est adoptée à la majorité de 75 % des droits de vote. »

13. L’affectation du résultat

La clause rappelle la réserve légale et encadre la distribution. Dans les sociétés commerciales concernées, 5 % du bénéfice sont affectés à la réserve légale jusqu’à ce qu’elle atteigne 10 % du capital. Les clauses léonines attribuant tout le profit à un associé ou mettant toutes les pertes à sa charge sont réputées non écrites par l’article 1844-1 du Code civil.

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Formulation : « Sur le bénéfice distribuable, il est prélevé 5 % pour constituer la réserve légale jusqu’à ce qu’elle atteigne 10 % du capital social. Le solde est affecté selon la décision des associés, en report à nouveau, en réserves ou en distribution. »

14. Le règlement des différends

Une médiation ou une conciliation préalable réduit le risque d’une procédure immédiate. La clause ne doit pas priver une partie de son droit d’agir en justice. Une clause compromissoire imposant l’arbitrage demande une rédaction spécifique et un budget adapté.

Formulation : « Tout différend relatif aux présents statuts fera l’objet d’une tentative de résolution amiable pendant 30 jours à compter de sa notification. À défaut d’accord, le litige sera porté devant la juridiction matériellement et territorialement compétente. »

Ordre de rédaction, signature des statuts et immatriculation

La rédaction commence après le choix de la forme, la répartition du capital et la définition des pouvoirs. Les apports en numéraire sont ensuite déposés. Les apports en nature sont évalués et un commissaire aux apports intervient lorsque la dispense légale ne s’applique pas. En SAS et en SARL, la dispense suppose notamment qu’aucun apport en nature ne dépasse 30 000 € et que leur valeur totale ne représente pas plus de la moitié du capital.

Les statuts définitifs sont signés après le dépôt des fonds. Le représentant légal publie ensuite l’avis de constitution et dépose la formalité sur le guichet unique de l’INPI. Le formulaire papier M0 n’est plus utilisé pour une création courante. Les anciennes références M2 et M4 correspondent respectivement aux modifications et radiations désormais déclarées en ligne.

Exemple : une SAS de conseil créée à Lyon prévoit un chiffre d’affaires annuel de 180 000 €, un capital de 10 000 € libéré à hauteur de 5 000 € et deux associés à 60 % et 40 %. Les statuts soumettent les emprunts supérieurs à 50 000 € à une majorité de 60 %, mais exigent 75 % pour modifier les statuts. La société relève en principe de l’IS : 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice sous conditions, puis 25 %. Elle dépose une déclaration annuelle 2065 et, selon son régime de TVA, des déclarations CA3. Ces choix fiscaux ne doivent pas être confondus avec les clauses statutaires.

Coût, délai et contrôle du dossier d’immatriculation en 2026

Poste Montant à budgéter Délai indicatif
Rédaction autonome des statuts 0 € hors accompagnement 1 à 5 jours ouvrés
Rédaction personnalisée par un professionnel Environ 800 à 2 500 € HT 3 à 10 jours ouvrés
Annonce légale en métropole Environ 125 € HT en EURL, 143 € HT en SASU, 150 € HT en SARL et 200 € HT en SAS Attestation souvent délivrée sous 1 jour ouvré
Immatriculation d’une société commerciale Environ 35,59 € Transmission immédiate après paiement
Déclaration des bénéficiaires effectifs Environ 20,34 € Déposée avec la création

Les forfaits d’annonce légale varient selon la forme et le département. Pour une SAS métropolitaine sans apport en nature, un budget administratif proche de 296 € TTC couvre une annonce estimée à 200 € HT, avec TVA à 20 %, puis 55,93 € de formalités. Le capital social reste de la trésorerie appartenant à la société et non une charge de création.

Un dossier cohérent est généralement traité sous 3 à 7 jours ouvrés. Une activité réglementée, une adresse mal justifiée, une répartition des titres incohérente ou une clause d’objet trop imprécise entraîne une demande de régularisation. Le délai atteint alors couramment 10 à 20 jours ouvrés.

Pièges des statuts de société et cas particuliers

  • Copier des statuts de SAS pour une SARL : les règles de majorité, de direction et de cession ne sont pas interchangeables.
  • Nommer le dirigeant uniquement dans les statuts : chaque changement impose alors une modification statutaire. Un acte séparé simplifie les remplacements.
  • Prévoir une majorité de 100 % partout : un associé minoritaire dispose d’un droit de blocage sur chaque décision concernée.
  • Oublier le démembrement des titres : les statuts doivent articuler les droits de vote de l’usufruitier et du nu-propriétaire avec l’article 1844 du Code civil.
  • Négliger le décès ou l’incapacité : une clause de continuation et un mécanisme de rachat évitent l’entrée non anticipée d’héritiers dans le capital.
  • Confondre statuts et pacte d’associés : les statuts sont publics et opposables à tous les associés. Le pacte reste confidentiel et organise des engagements complémentaires.

Une société à associé unique doit également prévoir l’arrivée future d’autres associés. Des statuts de SASU limités au fonctionnement unipersonnel nécessitent souvent une refonte lors d’une cession partielle ou d’une augmentation de capital.

Ce qu’il faut retenir

  • 14 clauses couvrent l’identité, le capital, les pouvoirs, les cessions et les conflits.
  • La durée statutaire est limitée à 99 ans.
  • Le délai d’immatriculation courant est de 3 à 7 jours ouvrés.
  • Une création de SAS représente environ 296 € TTC de frais administratifs en métropole.
  • Les majorités, délais et méthodes de valorisation doivent être chiffrés dans les statuts.

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