Une publication au Bodacc ouvre en principe un délai de 2 mois aux créanciers pour déclarer leur créance. Encore faut-il identifier la bonne entreprise, distinguer la date du jugement de celle de l’annonce et vérifier les décisions publiées ensuite.
Liquidation judiciaire Bodacc : ce que l’annonce confirme
Une annonce de liquidation judiciaire au Bodacc confirme qu’un tribunal a prononcé l’ouverture de cette procédure contre une entreprise identifiée. Le jugement intervient lorsque l’entreprise est en cessation des paiements et que son redressement est manifestement impossible, conformément à l’article L. 640-1 du Code de commerce.
Le Bodacc, Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales, publie notamment les jugements relatifs aux procédures collectives. L’annonce indique l’identité du débiteur, son numéro Siren, le tribunal compétent, la date du jugement, le liquidateur désigné et les informations destinées aux créanciers.
La date décisive pour connaître les effets de la procédure est celle du jugement. La date de publication au Bodacc sert notamment de point de départ au délai de déclaration des créances.
L’annonce ne signifie pas que l’entreprise a déjà été radiée. Elle reste inscrite au registre national des entreprises pendant les opérations de liquidation. Sa personnalité morale subsiste pour les besoins de la procédure jusqu’à la clôture, puis aux seules fins nécessaires à celle-ci dans les conditions prévues par la loi.
Une liquidation judiciaire ne doit pas être confondue avec une dissolution volontaire suivie d’une liquidation amiable. Dans la procédure judiciaire, le dirigeant est dessaisi de l’administration et de la disposition des biens de l’entreprise en application de l’article L. 641-9 du Code de commerce. Ces pouvoirs sont exercés par le liquidateur.

Comment lire une annonce de liquidation judiciaire
Contrôler l’identité exacte de l’entreprise
La vérification commence par le numéro Siren à 9 chiffres. Une recherche limitée à la dénomination sociale expose aux homonymes, aux changements de nom et aux enseignes exploitées par plusieurs sociétés. Le Siret à 14 chiffres identifie un établissement, tandis que la procédure concerne la personne morale ou l’entrepreneur identifié par son Siren.
L’adresse du siège, la forme juridique, le numéro RCS et le greffe d’immatriculation complètent ce contrôle. Une ancienne adresse dans l’annonce ne suffit pas à écarter le résultat : le siège a parfois été transféré avant que toutes les bases administratives soient actualisées.
| Information publiée | Lecture juridique | Vérification à effectuer |
|---|---|---|
| Dénomination et Siren | Identité du débiteur soumis à la procédure | Comparer avec le contrat, le devis ou la facture |
| Date du jugement | Début des effets de la liquidation | Ne pas la confondre avec la publication |
| Tribunal | Juridiction qui suit le dossier | Contrôler la ville et la nature du tribunal |
| Liquidateur | Professionnel chargé de représenter les créanciers et de réaliser les actifs | Relever son nom et son adresse |
| Date de cessation des paiements | Point de départ possible de la période suspecte | Examiner les paiements et garanties reçus pendant cette période |
| Délai de déclaration | Délai laissé aux créanciers pour produire leur créance | Calculer 2 mois à partir de la publication au Bodacc |
Repérer la nature exacte du jugement
L’intitulé doit être lu mot à mot. Il peut s’agir d’une ouverture directe de liquidation judiciaire, de la conversion d’un redressement judiciaire en liquidation, d’une liquidation simplifiée, d’un remplacement du liquidateur ou d’une clôture.
DifficultésDélais de paiement URSSAF et impôts : la demande d’échéancier qui marcheLa mention de liquidation judiciaire simplifiée ne signifie pas que les dettes disparaissent rapidement. Elle organise des modalités allégées de vérification des créances et de réalisation des actifs. Sous réserve de l’absence de bien immobilier, elle s’applique obligatoirement lorsque l’entreprise emploie au plus 1 salarié et réalise au plus 300 000 € de chiffre d’affaires hors taxes. Le tribunal peut également la retenir jusqu’à 5 salariés et 750 000 € de chiffre d’affaires hors taxes, selon les seuils de l’article D. 641-10 du Code de commerce.

Lire les annonces postérieures
Une annonce isolée donne une photographie à une date donnée. Les publications suivantes signalent notamment une cession d’activité, une modification des organes de la procédure, une sanction, une clôture pour extinction du passif ou une clôture pour insuffisance d’actif.
La clôture pour insuffisance d’actif signifie que les biens disponibles n’ont pas permis de désintéresser tous les créanciers. Elle n’équivaut pas à un paiement intégral. À l’inverse, une clôture pour extinction du passif indique que les créances admises et les frais ont été réglés ou que le liquidateur dispose des sommes nécessaires.
Vérifier la situation actuelle d’une entreprise
La recherche doit suivre un ordre précis. Il faut partir du Siren figurant sur le contrat ou la facture, consulter les publications Bodacc, puis comparer les données avec le registre national des entreprises tenu par l’INPI. Pour une société commerciale, un extrait Kbis récent permet également de contrôler les mentions portées au RCS.
- Vérifier le Siren à 9 chiffres, la dénomination, la forme juridique et le siège.
- Identifier la dernière annonce publiée, et non uniquement le premier jugement.
- Contrôler le nom du liquidateur et l’adresse réservée aux déclarations de créances.
- Comparer avec les mentions du registre national des entreprises et, si nécessaire, du Kbis.
- Demander une copie du jugement au greffe lorsque son dispositif doit être connu avec précision.
La consultation d’une annonce Bodacc et des données publiques du registre national des entreprises coûte 0 €. Une copie certifiée ou un extrait délivré par un greffe est soumis au tarif réglementé applicable au support et au mode de transmission retenus.
Une vérification simple prend généralement moins d’un jour ouvré lorsque le Siren est connu. Un décalage de quelques jours existe parfois entre le jugement, sa transmission, sa publication et l’actualisation des différents registres. L’article R. 621-8 du Code de commerce, applicable à la liquidation judiciaire par renvoi, prévoit l’envoi de l’avis au Bodacc dans les 15 jours du jugement.

Délais et démarches après la publication au Bodacc
Déclarer une créance dans les 2 mois
Les créanciers dont la créance est née avant le jugement doivent en principe la déclarer au liquidateur dans les 2 mois suivant la publication au Bodacc. La règle résulte des articles L. 622-24 et R. 622-24 du Code de commerce, applicables à la liquidation par l’article L. 641-3.
Le délai se calcule de date à date, et non sur une base de 60 jours ouvrés. S’il expire un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé, il est prorogé jusqu’au premier jour ouvrable suivant en application de l’article 642 du Code de procédure civile. Les créanciers ne demeurant pas en France métropolitaine bénéficient en principe de 2 mois supplémentaires.
La déclaration indique le montant dû au jour du jugement, les échéances futures, les sûretés éventuelles et les éléments justifiant la dette. Elle peut être effectuée par le créancier, un préposé habilité ou un mandataire. Son dépôt direct auprès du liquidateur ne donne lieu à aucun droit de greffe : coût de dépôt 0 €.
Exemple chiffré
La SAS Atelier Loire, fabricant de mobilier à Nantes, réalise 620 000 € de chiffre d’affaires hors taxes, emploie 4 salariés et ne possède aucun immeuble. Le tribunal prononce sa liquidation le 12 janvier 2026. L’annonce est publiée au Bodacc le 18 janvier 2026.
Un fournisseur disposant d’une facture impayée de 14 400 € TTC doit déclarer sa créance au plus tard le 18 mars 2026, sous réserve d’une prorogation si cette date n’est pas ouvrable. Avec 4 salariés et un chiffre d’affaires inférieur à 750 000 €, le tribunal peut appliquer la liquidation simplifiée. Elle n’est pas obligatoire, car les seuils de 1 salarié et 300 000 € sont dépassés.
Suivre les effets du jugement
À compter du jugement, le dirigeant ne règle plus librement les dettes antérieures. Les poursuites individuelles fondées sur une créance d’argent sont interrompues ou interdites dans les conditions de l’article L. 622-21 du Code de commerce. Les contrats en cours ne sont pas automatiquement résiliés : leur poursuite relève du régime de l’article L. 641-11-1 et des décisions du liquidateur.
DifficultésOù trouver la liste des entreprises en liquidation : sources officielles et gratuitesUn client qui doit encore payer une facture à l’entreprise liquidée ne doit pas considérer la dette comme annulée. Le liquidateur peut en réclamer le règlement. À l’inverse, un client ayant versé un acompte devient souvent créancier si la prestation ne sera pas exécutée. Il doit alors déclarer la somme dans le délai applicable.
Le propriétaire de marchandises livrées sous réserve de propriété doit agir rapidement. La demande en revendication s’exerce en principe dans les 3 mois suivant la publication du jugement, conformément à l’article L. 624-9 du Code de commerce.
Coûts, durée et pièges à éviter
Les frais ne correspondent pas à un forfait d’annonce légale
Le dirigeant ne commande pas lui-même une annonce Bodacc comme lors d’une dissolution amiable. La publicité découle du jugement et passe par le greffe. Les frais de procédure, de publicité et la rémunération réglementée du liquidateur sont prélevés sur les actifs disponibles selon les règles des articles R. 663-18 et suivants du Code de commerce.
Il n’existe donc pas de forfait unique en euros pour une liquidation judiciaire. Le coût varie selon le nombre d’actifs à vendre, les contentieux, les salariés, les créances à vérifier et la durée des opérations. Pour le créancier, consulter l’annonce et déposer lui-même sa déclaration restent gratuits. Les honoraires d’un avocat, d’un commissaire de justice ou d’un mandataire choisi sont distincts.
La clôture n’intervient pas toujours dans le même délai
En liquidation simplifiée, le tribunal doit normalement statuer sur la clôture dans un délai de 6 mois pour les dossiers relevant des seuils les plus bas et de 1 an dans les autres cas. Une prolongation de 3 mois est prévue lorsque les circonstances le justifient. Une liquidation ordinaire n’a pas de durée maximale uniforme : un immeuble, une action en responsabilité ou un contentieux fiscal allonge fréquemment les opérations.
Les erreurs qui compromettent la vérification
- Rechercher uniquement le nom commercial au lieu du Siren.
- Calculer le délai de créance depuis la date du jugement au lieu de la publication.
- Confondre redressement, liquidation, conversion et clôture.
- Payer l’ancien compte bancaire sans instruction du liquidateur.
- Considérer la radiation comme la preuve que toutes les dettes ont été réglées.
- Utiliser une formalité M4 : depuis le guichet unique, la cessation définitive relève d’une formalité de cessation dématérialisée, et non de l’ancien formulaire papier M4.
Une déclaration tardive expose le créancier à ne pas participer aux répartitions. Un relevé de forclusion reste envisageable dans les conditions de l’article L. 622-26 du Code de commerce, notamment lorsque le retard n’est pas imputable au créancier. La demande doit généralement être présentée dans les 6 mois suivant la publication du jugement, sans garantie d’acceptation.
Ce qu’il faut retenir
- Le Siren à contrôler comporte 9 chiffres.
- Une créance antérieure se déclare en principe sous 2 mois.
- La revendication de marchandises s’exerce sous 3 mois.
- La consultation de l’annonce et le dépôt direct d’une créance coûtent 0 €.
- La liquidation simplifiée vise notamment les seuils de 300 000 € ou 750 000 € de chiffre d’affaires.
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