Une entreprise en cessation des paiements dispose de 45 jours calendaires pour demander l’ouverture d’un redressement judiciaire, sauf conciliation en cours. La période d’observation dure jusqu’à 6 mois, renouvelable, afin de préparer un plan, une cession ou, si le redressement échoue, une liquidation.
Redressement judiciaire : période d’observation, plan et issues possibles
Le redressement judiciaire concerne une entreprise en cessation des paiements dont le rétablissement n’est pas manifestement impossible. La procédure vise trois objectifs : maintenir l’activité, préserver les emplois et organiser le règlement du passif. Elle commence par une période d’observation, se poursuit éventuellement par un plan de redressement et se termine aussi parfois par une cession ou une liquidation judiciaire.
La cessation des paiements correspond à l’impossibilité de régler le passif exigible avec l’actif disponible, selon l’article L. 631-1 du Code de commerce. Le passif exigible comprend les dettes arrivées à échéance. L’actif disponible réunit notamment la trésorerie, les réserves de crédit utilisables immédiatement et les actifs réalisables à très court terme. Une dette importante ne suffit donc pas à caractériser cet état si l’entreprise possède les liquidités nécessaires ou obtient un moratoire de ses créanciers.
Règle à retenir : le dirigeant doit déclarer la cessation des paiements dans les 45 jours calendaires qui suivent sa survenance, sauf s’il a demandé l’ouverture d’une procédure de conciliation dans ce délai.
Une entreprise qui rencontre des difficultés sans être en cessation des paiements relève plutôt de la sauvegarde. À l’inverse, lorsque tout redressement apparaît manifestement impossible, le tribunal prononce directement la liquidation judiciaire.

Ouverture de la procédure et déroulement de la période d’observation
Déclarer la cessation des paiements au tribunal compétent
Le dirigeant dépose sa demande auprès du greffe du tribunal de commerce pour une société commerciale, un commerçant ou un artisan. Le tribunal judiciaire traite notamment le dossier des professions libérales et des autres personnes morales de droit privé. Cette démarche ne passe pas par le guichet unique de l’INPI et n’utilise aucun formulaire M0, M2 ou M4.
La déclaration comprend notamment les comptes annuels, un état du passif exigible et de l’actif disponible, une situation de trésorerie datant de moins d’un mois, la liste des créanciers, l’état des sûretés, l’inventaire sommaire des biens, le nombre de salariés et le chiffre d’affaires du dernier exercice. Les données doivent être arrêtées à une date précise et cohérentes avec la comptabilité.
Le tribunal entend le dirigeant, examine la situation financière et vérifie les perspectives de poursuite. Il fixe la date de cessation des paiements. En application de l’article L. 631-8 du Code de commerce, cette date peut être reportée jusqu’à 18 mois avant le jugement d’ouverture, sans pouvoir être antérieure à une décision définitive ayant homologué un accord de conciliation.
Les organes désignés par le tribunal
Le jugement nomme un juge-commissaire et un mandataire judiciaire. Ce dernier représente l’intérêt collectif des créanciers, reçoit les déclarations de créances et participe à leur vérification. Un administrateur judiciaire est également désigné lorsque les seuils réglementaires sont atteints, notamment à partir de 20 salariés et de 3 millions d’euros de chiffre d’affaires hors taxes. Sous ces seuils, sa nomination reste possible si la situation le justifie.
DifficultésProcédure de sauvegarde : se protéger avant la cessation des paiementsLe dirigeant ne perd pas automatiquement ses pouvoirs. Le tribunal confie à l’administrateur une mission de surveillance ou d’assistance. Dans le second cas, certains actes nécessitent une cosignature. Une mission d’administration complète reste réservée aux situations qui imposent d’écarter le dirigeant de la gestion courante.
Ce qui change dès le jugement d’ouverture
La période d’observation est fixée pour une durée maximale de 6 mois. Elle est renouvelable une fois pour une nouvelle période maximale de 6 mois. Une prolongation exceptionnelle de 6 mois peut être décidée à la demande du ministère public. La durée totale atteint donc 18 mois dans les dossiers qui le justifient.
Les poursuites individuelles portant sur les créances antérieures sont interrompues ou interdites, conformément à l’article L. 622-21 du Code de commerce. L’entreprise ne doit plus payer ces dettes, sauf exceptions autorisées par le juge-commissaire. Les intérêts cessent en principe de courir, hors prêts d’une durée initiale d’au moins un an et contrats assortis d’un paiement différé d’au moins un an.
Les contrats en cours ne sont pas résiliés du seul fait de l’ouverture de la procédure. L’administrateur ou, à défaut, le débiteur après accord du mandataire judiciaire, choisit de les poursuivre selon l’article L. 622-13. Les loyers, fournitures et prestations correspondant à la période postérieure au jugement doivent alors être payés à leur échéance.
Les créanciers antérieurs déclarent leurs créances dans un délai de 2 mois à compter de la publication du jugement au BODACC. Le délai est porté à 4 mois pour un créancier domicilié hors de France métropolitaine. Les salariés ne réalisent pas cette formalité : leurs créances sont recensées par le mandataire judiciaire et garanties, sous conditions et plafonds, par l’AGS.
Préparer et faire adopter un plan de redressement

Établir un diagnostic économique réaliste
La période d’observation sert à mesurer la rentabilité réelle de l’activité. L’administrateur, avec le dirigeant, établit un bilan économique et social. Les prévisions doivent intégrer le chiffre d’affaires encaissable, la marge brute, les charges fixes, les besoins de trésorerie, les investissements et le paiement des dettes nées après le jugement.
Le tribunal n’adopte un plan que si l’entreprise génère une capacité de remboursement crédible. Le maintien artificiel d’une activité structurellement déficitaire conduit à consommer la trésorerie disponible et à créer de nouvelles dettes. Les comptes prévisionnels doivent donc reposer sur des commandes identifiées, des délais de paiement réalistes et des économies déjà engagées.
Exemple chiffré d’un plan sur huit ans
Prenons une SAS de plomberie située à Lyon, employant 12 salariés et réalisant 1,2 million d’euros de chiffre d’affaires annuel. À l’ouverture, elle possède 45 000 € de trésorerie, mais doit 160 000 € à ses fournisseurs, 90 000 € à l’URSSAF, 55 000 € au service des impôts et 35 000 € à sa banque. Son passif antérieur atteint 340 000 €.
DifficultésInjonction de payer : la requête, le coût et le délai d’obtentionAprès suppression d’un dépôt sous-utilisé et renégociation des achats, l’exploitation dégage une capacité annuelle de 55 000 €. Le projet prévoit le remboursement de 340 000 € sur 8 ans, avec une première échéance inférieure pour préserver le besoin en fonds de roulement. Le plan reste crédible si la société règle aussi ses cotisations sociales, sa TVA sur les déclarations CA3, son impôt sur les sociétés via la déclaration 2065 et toutes les charges postérieures.
Durée, échéances et consultation des créanciers
La durée d’un plan de redressement ne dépasse normalement pas 10 ans. Elle atteint 15 ans pour un agriculteur. Le premier paiement intervient au plus tard un an après le jugement arrêtant le plan. Au-delà de la deuxième année, chaque annuité représente en principe au moins 5 % du passif admis, sauf règles particulières applicables aux activités agricoles.
Les créanciers sont consultés sur les délais et remises proposés. Hors mécanisme de classes de parties affectées, une remise de dette suppose leur accord. Le tribunal dispose néanmoins de pouvoirs pour imposer des délais uniformes dans les limites légales. Le plan peut aussi prévoir une réduction d’activité, la vente de certains actifs, une modification du capital ou des licenciements économiques précisément identifiés.
Coût et délais du redressement judiciaire en 2026
La déclaration de cessation des paiements ne donne pas lieu à une annonce légale choisie et payée directement par l’entreprise. Le jugement fait l’objet de publicités légales organisées par le greffe, notamment au BODACC. Les frais de procédure et la rémunération des professionnels désignés sont supportés par la procédure selon un tarif réglementé et selon les fonds disponibles.
| Étape ou dépense | Montant ou délai | Observation |
|---|---|---|
| Dépôt de la déclaration | Sans frais de dépôt significatifs | Aucune annonce légale forfaitaire à commander par le dirigeant |
| Délai légal de déclaration | 45 jours calendaires | À compter de la cessation des paiements, sauf conciliation |
| Audience d’ouverture | Souvent sous 5 à 15 jours ouvrés | Délai pratique variable selon le tribunal et l’urgence |
| Période d’observation | 6 mois, renouvelable | Jusqu’à 18 mois dans un cas exceptionnel |
| Déclaration des créances | 2 mois | À compter de la publication au BODACC |
| Plan de redressement | Jusqu’à 10 ans | 15 ans pour un agriculteur |
| Administrateur et mandataire | Tarif réglementé variable | Calcul lié aux diligences, au chiffre d’affaires, aux salariés et au passif |
| Avocat et expert-comptable | Honoraires libres | Budget à prévoir selon la complexité du dossier |
Le coût global ne se résume donc pas à un forfait de greffe. Il dépend de la taille de l’entreprise, du nombre de créanciers, des contestations de créances, des cessions d’actifs et de la durée de l’observation. Le dirigeant doit également budgéter l’assistance comptable, la préparation des prévisions et, selon le dossier, les honoraires d’avocat.
Fin de la procédure, pièges et cas particuliers
Les quatre issues envisageables
- Adoption d’un plan de redressement : l’activité continue et le passif est réglé selon l’échéancier fixé par le tribunal.
- Plan de cession : tout ou partie de l’activité, des actifs et des contrats est repris par un tiers, avec un objectif de maintien des emplois.
- Liquidation judiciaire : elle est prononcée lorsque le redressement devient manifestement impossible.
- Fin anticipée : la procédure prend fin si l’entreprise dispose des sommes suffisantes pour payer les créanciers et les frais.
Après l’adoption du plan, un commissaire à l’exécution du plan contrôle les paiements et le respect des engagements. Une échéance impayée doit être traitée immédiatement. En cas de cessation des paiements pendant l’exécution, le tribunal prononce la résolution du plan et ouvre en principe une liquidation judiciaire.
La période suspecte et la responsabilité du dirigeant
La période comprise entre la date de cessation des paiements et le jugement d’ouverture est appelée période suspecte. Certains actes accomplis durant cette période sont annulés de plein droit ou sur décision du tribunal. Sont notamment visés les paiements de dettes non échues, les libéralités et certaines garanties constituées pour des dettes antérieures.
Le dépôt tardif expose le dirigeant à une interdiction de gérer si ce retard est volontaire. Une faute de gestion ayant contribué à l’insuffisance d’actif peut aussi entraîner une action en responsabilité pour insuffisance d’actif. Le simple échec économique ne suffit pas : une faute, un préjudice et un lien entre les deux doivent être établis.
Les erreurs qui compromettent le redressement
- Payer un fournisseur antérieur au jugement sans autorisation alors que les autres créanciers restent gelés.
- Omettre une dette fiscale, sociale ou bancaire dans l’état du passif.
- Présenter un prévisionnel fondé sur un chiffre d’affaires non contractualisé.
- Créer de nouvelles dettes de TVA, d’URSSAF ou de salaires pendant l’observation.
- Vendre un actif significatif sans respecter les pouvoirs de l’administrateur et du juge-commissaire.
L’ouverture d’un redressement ne suspend pas les obligations comptables et fiscales courantes. Une société soumise à l’impôt sur les sociétés continue notamment à déposer sa déclaration 2065. Son bénéfice reste soumis au taux normal de 25 %, avec un taux réduit de 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice si les conditions tenant au chiffre d’affaires et au capital sont remplies.
Ce qu’il faut retenir
- La cessation des paiements doit être déclarée sous 45 jours calendaires.
- La période d’observation dure 6 mois, renouvelable jusqu’à 18 mois dans un cas exceptionnel.
- Les créanciers disposent normalement de 2 mois pour déclarer leur créance.
- Le plan de redressement s’étend sur 10 ans maximum, ou 15 ans pour un agriculteur.
- Les annuités représentent en principe au moins 5 % du passif à partir de la troisième année.
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